Blois : Événement musical à la Halle aux Grains

Ce fut bien un événement que l’accueil à la Halle aux Garins de Blois de l’Orchestre de Chambre de Salzbourg. Quatre premiers et quatre seconds violons, trois altos, deux violoncelles et une contrebasse constituent cet ensemble prestigieux dirigé depuis sa place par Lavard Skou-Larsen qui en fut aussi le fondateur en 1991. Ici, une pensée pour notre grande « régionale » Andrée Colson et son Ensemble du XVIIIe siècle, qu’elle dirigeait aussi depuis sa place, mais debout…

Les choix du programme ont de quoi susciter quelque regret : un petit Divertimento de Mozart dans sa ville, confronté à deux Concertos de Bach joués avec talent par Lisa Smirnova sur un instrument peu fait pour ce répertoire… Qu’un des deux soit conservé, soit, mais l’autre pouvait avantageusement être remplacé par les Divertimenti KV136 et 138 encadrant KV 137 programmé ce soir. Les originaux étant perdus, ces pièces doivent-elles être appelées quatuors ? divertimenti ? symphonies ? Elles suivent la coupe en trois mouvements vif-lent-vif de la symphonie italienne. Ce soir, le souci de ménager des nuances débouche sur une exagération : dans quelques passages, il faut vraiment prêter l’oreille pour percevoir la musique ! L’écriture est d’un Mozart de seize ans qui se cherche encore un peu…    

Dans les années 1730, Bach est à Leipzig. Il entreprend la composition de quatorze Concertos pour un à quatre clavecins. C’est à cette série qu’appartiennent BWV 1052 et 1056. Il s’agit toujours de la transcription d’œuvres antérieures, ici probablement des concertos pour violon, ou peut-être pour hautbois perdus dans leur forme originale. Ils adoptent la coupe du concerto italien mise au point par Vivaldi, deux mouvements vifs encadrant un lent. Des mouvements de ces concertos seront réutilisés comme ouvertures de cantates. On aimerait entendre l’excellente Lisa Smirnova jouer sur un instrument plus adapté !    

Le programme se termine sur la Symphonie de chambre op. 110A de Chostakovitch, qui n’est autre que la réutilisation amplifiée du Quatuor N°8 écrit en trois jours à Dresde, sous le choc de la découverte de cette ville martyre entièrement rasée en février 1945, occasionnant la mort de 135.000 victimes… Composé en juillet 1960, le quatuor à partir duquel elle a été développée porte la dédicace « à la mémoire des victimes du fascisme et de la guerre ». Le compositeur en fait aussi une œuvre dédiée à sa mémoire ! Il réutilise des thèmes d’œuvres antérieures, « une vraie salade », dit-il… Les mouvements lents, sombres et mystérieux, évoquent le style de Mahler et Schönberg. L’écriture se situe en-deçà des contemporains Stravinsky ou Messiaen, toujours la peur de la censure…    

Des applaudissements nourris sanctionnent la qualité de ce très beau concert. Les artistes tardent à leur répondre favorablement, pour rejouer chichement un petit fragment du Divertimento de Mozart. Ce n’est pas bien : il y avait là des gens venus de loin pour assister à ce concert, ils méritaient mieux. Nos musiciens ne devraient jamais oublier que c’est dans la présence de tous ces anonymes qu’ils trouvent leur seule raison d’exister. A méditer !

Roger Bouchard.






Recevez chaque jour les nouveaux articles par e-mail

Votre e-mail ne sera communiqué à aucun tiers et servira uniquement à vous envoyer les titres chaque jour par e-mail