Paris : les expos à ne pas manquer

Aux arts décoratifs : scandale en vue

Que celui qui ne s’est pas senti un jour complètement à côté de la plaque dans ses vêtements, lève le doigt. Car s’habiller est un acte social qui obéit à des codes bien précis et évidemment variables en fonction des époques comme le révèle à travers une série de pièces iconiques cette passionnante exposition du musée des Arts décoratifs.

 

Rappelez-vous: au procès de Jeanne d’Arc, le quatrième chef d’accusation était celui du port du vêtement d’homme. A l’Assemblée aussi, même récemment, il est parfois difficile d’arborer fièrement son vêtement favori. Cecile Duflot en a fait l’amère expérience le 17 juillet 2012 avec sa robe à fleur, sifflée par la droite de l’Hémicycle. Elle trône d’ailleurs en bonne place dans les vitrines à côté du costume Mao, griffé Thierry Mugler que portait Jack Lang à l’Assemblée en 1985, et qui a lui aussi fait beaucoup jaser, même dans son camp. Plus étrange encore peut-être : les pantalons larges sont un exemple parmi tant d’autres de ces vêtements qui ont toujours entraîné la controverse.Comme les  fûtes de zazous, les pattes d’eph des hippies et les baggys des années 90, ont eux aussi fait scandale en leur temps. Sans parler des cagoules, et autres vêtements déchirés, déjà à la mode au XIVe siècle – et déjà très décriés – qui ont fait leur retour dans nos rues au XXIe siècle. Qu’on se le dise : les interdits vestimentaires ne sont aujourd’hui pas moins nombreux qu’hier. Et quoi qu’on en dise, une morale vestimentaire plane encore sur notre époque. Raison de plus pour se plonger dans ce récit passionnant des interdits et des outrages qui démontre, mieux qu’un cours magistral, que la mode est toujours affaire de politique, de transgression… Et de créativité.

« Tenue correcte exigée, quand le vêtement fait scandale », jusqu’au 23 avril. Musée des Arts Décoratifs, Paris 1er www.lesartsdecoratifs.fr

A la Maison européenne de la photographie

En ce printemps, un détour par la Maison européenne de la photographie (MEP) s’impose. Notre conseil : commencer par les portraits XXL de Parisiens du quartier du Château d’eau de Vincent Perez, qui a travaillé pour la MEP sur l’identité.

Un thème cher à ce suisse, fils d’émigrés espagnols et allemands, marié avec une dakaroise elle-même fille d’une française et d’un père sénégalais. On passe ensuite voir la collection de photographes amis ou confrères débuté par Bernard Plossu dans les années 60 et dont il a fait don à la MEP en février 2016.

Et on achève ce tour passionnant par Gao Bo, un chinois qui est passé par la photographie avant de devenir un artiste accompli.  Il y a là une série de portraits des moines bouddhistes et du peuple tibétain qu’il a couvert d’encre, de peinture et de son propre sang. Comme pour dire la nécessité vitale pour Gao Bo qui a assisté au suicide sa mère, de faire œuvre personnelle. Depuis pour parvenir à aimer la vie, il utilise tous les moyens d’expression– photographie, peinture, sculpture, installation, performance. Ainsi de ces galets rapportés du Tibet dont il a fait le support de portraits photographiques d’êtres humains. Chacune porte un matricule numéroté de 0001 à 1000. Pour lui, c’est un hommage aux « pierres marnyi », instruments votifs du culte bouddhiste au Tibet, et une offrande au peuple tibétain, si cher à l’artiste. Elles sont exposées en tas dans le jardin à l’entrée du musée. Puissant. 

Mep 5 /7 rue de Fourcy, Paris 4e, jusqu’au 9 avril. www.mep-fr.org

A l’espace Niemeyer

Découvrir Rancillac, un artiste engagé qui a traité avec brio de tous les grands problèmes de la planète, procure un double plaisir. Celui de  visiter le siège du Parti communiste français, dessiné par le grand architecte brésilien Niemeyer devant lequel on est passé des milliers de fois sans jamais s’arrêter. Et celui de découvrir cet artiste de la Figuration narrative, un mouvement né à la fin des années 50 en rupture avec l’abstraction, avec la volonté de redonner à la peinture une fonction politique et critique. Et pour ceux que ce positionnement pourrait rebuter pas de panique. Le monsieur a suffisamment de créativité, d’humour et de recul pour que ce soit vraiment réjouissant.

Rancillac/rétrospective, une exposition du musée de la Poste, jusqu’au 7 juin. Espace Niemeyer, 2, place du Colonel Fabien, Paris 19e

Et aussi en avril le mois de la photo : www.moisdelaphotodugrandparis.com. Plus de 96 expositions dans 32 communes sur trois week-ends.






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