Pour les présidentielles, les jeux sont-ils faits ?

Bertrand Hauchecorne, ancien professeur de mathématiques en prépa, auteur d’ouvrage reconnu sur la discipline et maire de Mareau-aux-Prés (Loiret) était réputé au Parti socialiste pour être un spécialiste reconnu des élections et des sondages. Bertrand Hauchecorne a démissionné du PS pour suivre Emmanuel Macron à En Marche. Il nous livre son analyse sur les consultations récentes à douze jours du premier tour de la Présidentielle.

Si on en croit les sondages, c’est le cas : l’écart entre Macron et Le Pen d’une part, crédités de 23 à 24 % chacun des intentions de votes, et Fillon et Mélenchon d’autre part qui se situent entre 18 et 19%, est supérieur aux marges théoriques d’erreur de ± 2 points (soit 4 points au total). Quant au second tour, un affrontement Macron-Le Pen semble totalement acquis à l’ancien ministre puisque les sondages lui donnent vingt points d’avance.

Cependant deux raisons permettent encore de s’interroger. La première serait une erreur systématique, on appelle ça un biais, de la part de la totalité des instituts de sondages. En effet, ceux-ci opèrent des redressements, c’est-à-dire modifient le résultat réel du sondage, pour tenir compte des réponses sciemment fausses de la part de certaines personnes sondées. En effet, on ose plus facilement dire qu’on a l’intention de glisser dans l’urne un bulletin Emmanuel Macron qu’avouer qu’on va donner sa confiance à Marine Le Pen. La seconde serait un réflexe de dernière minute d’une partie des électeurs qui, au dernier moment, peut-être même dans l’isoloir, modifieraient leur intention première. Diverses raisons peuvent être invoquées : retour à la fidélité vers un vote traditionnel ou au contraire transgression de dernière minute ; à moins que ce soit le souci de renoncer à son choix de cœur et se tourner vers un vote utile, sachant que le premier tour sera sans doute décisif.  Tout peut se concevoir ; cependant, pour que ces gestes de dernière minute modifient sensiblement le résultat, encore faut-il qu’il aillent majoritairement dans la même direction, faute de quoi ils s’annulent les uns les autres.

La confiance dans les sondages s’est émoussée au point que certains doutent totalement de leur pertinence. On répète en boucle qu’ils n’avaient ni prévu le Brexit, ni la victoire de Trump. Qu’en est-il réellement ? Pour le Brexit, c’est faux : la plupart des sondages effectuées en juin 2016 donnaient la victoire au leave. Cela paraissait tellement incroyable qu’on s’est totalement voilé la face sur leurs prédictions. Pour Trump, les derniers sondages donnaient 3 points d’avance à Clinton ; elle n’a eu que 1,5 point de plus que son concurrent ; c’est en dessous de la marge d’erreur. La victoire de ce dernier est due au scrutin par état qui avantage le candidat républicain dont les points forts se situent dans les états peu peuplés.

Une fois l’élection faite, on oublie totalement les sondages, sauf pour les vilipender en cas d’erreur manifeste ou supposée. Qu’avaient-ils prédit au premier tour de 2012 ?

Analysons le dernier sondage des huit instituts principaux effectués entre le 12 et le 17 avril 2012. Le score de François Hollande variait de 27 à 30 % des intentions de votes avec une moyenne de 28,2 % : il obtint 28,6 %. Pour Nicolas Sarkozy les sondages s’étalaient de 24 à 28 % avec une moyenne de 26,8% ; il obtint 27,2%. Dans les deux cas, les résultats sont excellents. Pour Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon, c’est nettement plus mauvais. La première était donnée à une moyenne de 15,8% d’intentions de vote pour un résultat réel de 17,9% soit une erreur de 2,1 points. Le second fut au contraire surestimé à 14,2% pour se retrouver à 11,1% le soir du vote. François Bayrou, pour sa part, fut surestimé d’un point à 10,2 % alors qu’il obtint 9,13% des voix. Ainsi, la moyenne des sondages prévoyait une avance de Marine Le Pen sur Jean-Luc Mélenchon de 1,7 points ; elle fut de 6,8 points soit environ 5 points de différence. C’est beaucoup et sensiblement égal aux écarts, enregistrés dans la moyenne des sept derniers sondages, entre les deux favoris (Le Pen 23,9 % et Macron 23,5%) et leurs deux poursuivants (Fillon 18,7% et Mélenchon 17,8%). Ces derniers peuvent donc encore caresser un petit espoir d’atteindre le second tour mais il faudrait que s’ajoutent une poussée en leur faveur de dernière minute et un biais systématique des instituts de sondage.

B.H

 

 

 

Commentaires

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  1. donc si je comprend bien , ne nous prenons pas la tête avec les sondages qui servent surtout à faire du business et à donner des impressions impressionnistes , et si nous en avons envie votons pour qui on veut !(même si après coup on se mordra les doigts).
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