Jean-Yves Le Drian, le glaive du président

Journaliste, directeur de l’information au journal Le Télégramme, président de TéléBretagneouest (Tébéo), Hubert Coudurier vient de publier « Jean-Yves Le Drian, le glaive du président ». Il y dresse le portrait du ministre de la Défense, socialiste breton engagé, à travers son histoire, son parcours politique, ses réseaux. Pour Magcentre, il livre son analyse du succès de celui-ci à l’Hôtel de Brienne et les raisons de son ralliement à Emmanuel Macron.

Avez-vous été étonné par le ralliement de Jean-Yves Le Drian à Emmanuel Macron ?

Hubert Coudurier

Hubert Coudurier : Non car c’est un pragmatique qui lorsqu’il était maire de Lorient (Morbihan) a su se rapprocher des milieux économiques pour sauver sa ville ce qu’il a fait en devenant  son  véritable VRP. En tant que président de Région, il a su faire évoluer la Bretagne. Il a su s’affranchir des écologistes les plus intransigeants et passer un compromis historiques avec les communistes.  Après avoir  triomphé de Pierre Méhaignerie (démocrate social), il a fait taire les socialistes  de la première gauche, les vieux caciques bretons, Charles Josselin, Louis Le Pensec, Marylise Lebranchu, et  fait vivre en Bretagne  la social-démocratie, évolution logique  pour laquelle François Hollande a manqué d’audace et vers laquelle notre pays se dirige 20 ans après  d’autres pays comme l’Allemagne où Shröder l’a imposée.

Bien que Jean-Yves Le Drian ait déclaré rester socialiste, il ne soutient pas Benoît Hamon, le candidat de socialistes et Breton comme lui…

H.C. : Jean-Yves Le Drian connaît bien Benoît Hamon pour lequel Lionel Jospin en son temps lui avait demandé de trouver une circonscription en Bretagne, celle d’Auray (Morbihan) qu’il n’a pas gagnée avant de repartir aussitôt à Paris. Benoît Hamon reste un apparatchik dont il trouve le projet utopique.

Comment expliquez-vous le succès de Jean-Yves Le Drian au ministère de la Défense ?

Jean-Yves le Drian avec les forces spéciales à Bricy lors d’un déplacement dans le Loiret.

H.C. : La Défense l’a toujours intéressé. À peine arrivé à l’Assemblée nationale, il s’est investi dans la commission Défense. Dès lors, avec d’autres comme Cédric Lewandowski qu’il a ensuite pris comme directeur de cabinet civil et militaire à l’Hôtel de Brienne, il a réfléchi aux problèmes de défense et à l’adaptation de l’outil militaire. À son arrivée en fonction au ministère il était crédible pour les militaires ce qui a beaucoup compté car il a eu à gérer  le retrait des troupes françaises d’Afghanistan, l’intervention française au Mali et l’opération Barkhane au Sahel.

Le Drian

Dans la loi de programmation militaire 2014-2019 il indiquait que l’exportation de l’avion de combat français Rafale devait prendre le relais des ventes à l’export afin de libérer des marges de manœuvre pour le budget de la Défense. Un pari qui paraissait insensé puisque jusqu’ici aucun contrat  concernant cet avion n’avait été passé à l’étranger. Et il a réussi là où jusqu’ici tous les présidents et gouvernements précédents avaient échoué. Il faut reconnaître qu’il a été aidé par le retrait américain du Moyen-Orient et d’Afghanistan. L’Égypte, le Qatar, l’Inde ont trouvé une réassurance auprès des Français. Ces pays ont été obligés de se prendre en main et donc d’acquérir du matériel militaire.  La situation est identique en Asie, avec la montée des périls en mer de Chine d’où l’achat de frégates de taille intermédiaire marché sur lequel les Français sont très compétitifs.

Jean-Yves Le Drian est-il, selon vous, intéressé par le poste de Premier ministre sous un quinquennat Macron ?

Jean-Yves Le Drian et Emmanuel Macron

H.C. : Ce sont des convergences programmatiques qui lui ont fait rallier Emmanuel Macron  mais il n’est pas pour autant devenu membre d’ « En Marche ». Il reste proche de François Hollande et ne veut pas apparaître comme une caution d’Emmanuel Macron dont il y a six mois encore il considérait la démarche comme une bulle. Jean-Yves Le Drian ne veut surtout pas être instrumentalisé par les Macroniens qui ont fait filtrer l’hypothèse de Matignon. À 70 ans, il ne veut pas s’investir au plus haut niveau du gouvernement dans une période qui va surement se révéler difficile. Il va mettre le cap sur la Bretagne et devenir enfin président de Région à temps plein.

Propos recueillis par Françoise Cariès.

Jean-Yves Le Drian, le glaive du président
Hubert Coudurier, Editions Plon, 256 pages 14,90 euros

Commentaires

Toutes les réactions sous forme de commentaires sont soumises à validation de la rédaction de Magcentre avant leur publication sur le site. Conformément à l'article 10 du décret du 29 octobre 2009, les internautes peuvent signaler tout contenu illicite à l'adresse redaction@magcentre.fr qui s'engage à mettre en oeuvre les moyens nécessaires à la suppression des dits contenus.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Code de sécurité *






Recevez chaque jour les nouveaux articles par e-mail

Votre e-mail ne sera communiqué à aucun tiers et servira uniquement à vous envoyer les titres chaque jour par e-mail