Les promesses n’engagent que ceux qui les croient

Alors que la campagne présidentielle 2017 entre dans sa phase finale et que se profile déjà celle des législatives, que l’électeur moyen pour ne citer que celui-là ne sait trop à quel saint se vouer, il n’est pas inutile de mettre un peu d’humour dans l’avalanche de considérations dont nous abreuvent les candidats à travers meetings, media et communiqués.

Allez faire votre marché sans revenir chargé de manifestes généreusement distribués par toutes les tendances ! Et que dire de nos boîtes aux lettres, elles débordent de programmes. Alors, pour échapper, ne fut-ce qu’un instant, à ce gavage plein de bonnes intentions et prendre quelques distances avec lui sans oublier les échéances, rien de tel que le livre de Bruno Fuligni qui passe en revue les promesses électorales de 1848 à nos jours. Historien, maître de conférences à Sciences Po, il en dresse un panorama qui vaut son pesant de bulletins de vote.

Il attaque fort, « se baigner dans la Seine, réduire la fracture sociale, combattre la finance », que ne promet-on pas aux Français depuis bientôt 200 ans au fil des élections. Bon public, l’électeur encaisse, se marre à l’occasion mais n’est pas dupe. Il décide et tranche dans le secret de l’isoloir.

Séduire le plus possible

Pourtant nos candidats se démènent comme de beaux diables pout convaincre et séduire. Ainsi Jacques Raphaël-Leygues candidat gaulliste aux législatives de 1958 déclarait : « Je ferai peut-être plus que je n’ai promis ; en tout cas, je ne ferai pas moins que je dis ». En 1881, Horace Boutrant, natif du Berry, publiciste et membre de cinq sociétés savantes, candidat républicain, radical, intransigeant et légitimiste universel écrivait, « peuple, mon frère, que veux-tu ? Être heureux ! Qu’est-ce que je veux-moi ? Ton bonheur… Jusqu’à ce moment, tu n’as eu qu’un os à ronger. Mais ton sort va changer, car tu vas nommer ton député l’homme de génie qui a nom Boudrant, que tout le monde connaît et dont la puissante parole bouleversera la Chambre et le monde ! Foudre et paratonnerre ! La France est sauvée ! Vive le bonheur ! ». Beaucoup plus prudent, la même année Léon Gambetta répliquait : « des voies et des moyens, ni les unes ni les autres nous ne sommes maîtres ». Il est vrai qu’il avait pris de l’altitude sans trop savoir où son dirigeable le déposerait.

Il arrive que le dévouement s’accompagne de considérations personnelles. « J’ai été trop malheureux en ménage pour ne pas être heureux en politique », constatait Jean-Baptiste Lamiral, candidat de la Seine en 1848. Pensait-il s’attirer des sympathies en reconnaissant publiquement ce que  d’autres dans cette situation s’évertuent à cacher.  Nombreux  font valoir leur entregent. Ainsi  André Laignel, maire d’Issoudun, candidat aux législatives de 1981 étalait-il son accès direct à l’Elysée : « Ami de François Mitterrand depuis quinze ans, je pourrai, si vous le souhaitez, être le porte-parole du Berry auprès du chef de l’État », glissait-il en serrant les mains.

Coups de griffe aux adversaires

François Mitterand

En la matière François Mitterrand demeure un des maîtres. A la présidentielle de 1974, il lâche, mine de rien « la seule idée de la droite est de garder le pouvoir. Mon premier projet de vous le rendre ». Et Michel Rocard en 1978, candidat socialiste dans les Yvelines, « La majorité sortante, représentée par un député inconnu de la plupart des électeurs, laisse dans ce coin des Yvelines un héritage accablant ». A la même élection dans le Maine-et-Loire, Jean-Narquin, père de Roselyne Bachelot : « On sait ce que l’on perd, on ne sait pas ce que l’on trouve, dit le bon sens populaire. C’est vrai. Où est-il  le bonheur dans les pays qui ont essayé des recettes miracles ? » Et tous en cœur d’appeler à ne pas s’abstenir « Allons aux urnes comme on va à l’incendie. L’immeuble menacé c’est notre bien à tous, c’est la France », ce qu’Alain Peyrefitte dit autrement en 1973 « Pour déjouer les manœuvres d’un second tour, n’égarez pas votre voix ».

Grandes réformes en vue

« Il faut enfin donner à chacun le moyen d’exceller en quelque chose », s’écrie Michel Rocard en 1972 sans préciser qu’il faudra donner un temps indéterminé sinon infini à cette belle idée tandis que, dès 1974 François Mitterrand veut « réduire les inégalités, assurer à chacun ressource et emploi » et Lionel Jospin candidat à la présidentielle en 2002 préconise, « en favorisant la croissance et en modernisant l’économie nous irons vers le plein emploi : je fixe comme nouvelle étape 900 000 chômeurs de moins en 2017 » et Jacques Chirac la même année “La baisse des charges sur les salaires moyens et modestes y contribuera fortement. Vous devez pouvoir travailler”

Feuilleter un extrait

D’autres mettent en avant des potentialités insoupçonnées tel Abel Géromini candidat en Seine-et-Marne aux législatives de 1956, « Donnez-moi un siège à l’Assemblée, je ferai jaillir le pétrole du Gâtinais » s’exclame-t-il, tandis que Nicolas Dupont-Aignan, candidat souverainiste à la présidentielle de 2012  comme à celle de 2017, envisage de « taxer les marchandises importées qui sont fabriquées à partir de l’esclavage humain ». François Hollande vainqueur de la présidentielle en 2012 avait promis  de « redresser les finances publiques, de ramener le déficit public à 3% du produit intérieur brut en 2013. Je rétablirai l’équilibre budgétaire en fin de mandat. Pour atteindre cet objectif je reviendrai sur les cadeaux fiscaux et les multiples niches fiscales accordées depuis dix ans aux familles les  plus aisées et aux plus grosses entreprises ».  Valérie Giscard d’Estaing, vainqueur en 1974 avait des accents lyriques “J’organiserai le changement sans le risque. Nous conduirons le progrès social, dans un pays qui retrouvera le souffle de la fraternité”  

La vérité en faisant rire

Certains candidats, tel Philippe Poutou savent qu’ils ne seront pas élus mais veulent faire entendre la vox populi en faisant rire. « Saint-Just a dit, vous avez renversé l’aristocratie, mais vous avez créé la bureaucratie », disait l’un. Un autre prônait que « les valeurs morales soient cotées en bourse ». Marlène Mourreau, candidate du Parti de la Liberté et de l’Amour à la présidentielle de 1995 réclamait “la gratuité des préservatifs et l’institution d’une journée de l’amour”.

A  chaque élection, la dérision s’en donne à cœur joie « Le jour où un vélo écrasera une auto, il y aura vraiment du nouveau » et le candidat Coluche à la présidentielle de 1981 de conclure « avant moi, la France était coupée en deux, avec moi, elle sera pliée en quatre ».

F.C. 

Histoire amusée des promesses électorales de 1848 à nos jours
Bruno Fuligni, Tallandier  284 pages 19,90 euros

 

Commentaires

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  1. Le meilleur en la matière, jamais égalé depuis plus d’un demi-siècle, est le “Je vous ai compris” du Général de Gaulle !

  2. “ne fusse qu’un instant” ! ! !
    Il faudrait, peut-être réviser la langue française, ne fut-ce (eh, oui ! c’est ainsi que cela s’orthographie !) que de temps en temps !

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