Hommage national à un héros du quotidien

« Restons tous dignes », a recommandé Etienne Cardiles, le conjoint de Xavier Jugelé devant le cercueil de son compagnon. Il était 11 heures dans la cour de la Préfecture de police. Un vent glacial soufflait sur Paris et la nation était réunie pour un hommage à ce policier de 37 ans abattu en service la semaine dernière de deux balles dans la tête lors de l’attentat sur les Champs-Elysées.

Sa dépouille drapée de tricolore reposait au centre du vaste carré ceint de bâtiments chargés d’histoire. Ses collègues de la 32ème compagnie d’intervention de la direction de l’ordre public  et de la circulation (DOPC), un détachement de pompiers, un autre de militaires rendaient les honneurs.

L’association Flag de soutien et de défense des policiers et gendarmes LGBT dont Xavier Jugelé était membre, était  représentée par son président, tout comme l’association de victimes du 13 novembre 2015.

Les plus hautes instances de l’Etat étaient là au grand complet, tout le gouvernement, les présidents des deux assemblées, l’ancien président de la République, Nicolas Sarkozy, les anciens  premiers ministres, Jean-Pierre Raffarin, Jean-Marc Ayrault et Manuel Valls et l’ancien ministre de la Défense puis de l’Intérieur, Jean-Pierre Chevènement. Non loin d’eux, mais à distance l’un de l’autre  se tenaient les deux candidats à la présidentielle,  invités par le Président de la République.

« Je souffre sans haine »

Après une minute de silence  Etienne Carliles, silhouette pleine de chagrin, a gagné la tribune placée sous une tente blanche face au cercueil. D’une voix grave, pleine d’émotion, s’adressant autant à celui qui  partageait sa vie qu’à l’assistance recueillie il a évoqué  leurs  derniers instants passés   ensemble et la passion de ce dernier pour son métier. “Je souffre sans haine”, a-t-il ajouté,  faisant référence à Antoine Leiris, qui a perdu sa compagne  dans l’attentat du 13-Novembre au Bataclan et écrit « vous n’aurez pas ma haine ».

« Cette haine, Xavier, je ne l’ai pas parce qu’elle ne te ressemble pas, parce qu’elle ne correspond en rien à ce qui faisait battre ton cœur, ni à ce qui avait fait de toi un gendarme et un gardien de la paix… Je suis rentré le soir sans toi, avec une douleur extrême et profonde qui s’apaisera peut-être un jour. Cette douleur m’a donné le sentiment d’être plus proche que jamais de tes camarades qui souffrent, comme toi, silencieusement, comme moi silencieusement ».

Puis il a dépeint son  conjoint, « un policier par choix, mu par l’intérêt général, le service des autres et la protection de tous, dont la tolérance, le dialogue et la tempérance étaient les meilleures armes » mais aussi « un passionné de musique et de cinéma ». Il a conclu : « Tu vas rester dans mon cœur pour toujours. Je t’aime. Restons tous dignes, veillons à la paix et gardons la paix ». Il  a  ensuite rejoint sur sa droite la tente où se tenait la famille et  serré très fort le père de la victime, Michel Jugelé, un ancien de la base aérienne 273, à Pruniers-en-Sologne (41), actuel président de l’Association des médaillés militaires de Romorantin-Lanthenay dont  le maire, Jeanny Lorjoux,  était  à ses côtés.  C’est d’ailleurs dans le cimetière de cette  commune que Xavier Jugelé qui avait un frère et une soeur sera inhumé en fin d’après-midi.

Tué parce qu’il était policier


Après avoir élevé à titre posthume le policier au rang de capitaine et au rang de chevalier de la légion d’honneur, le président de la République  a pris la parole : « Xavier Jugelé défendait des valeurs, les lois républicaines. Elles ont guidé toute sa vie. C’est parce qu’il était policier qu’il a été frappé, et c’est en policier qu’il est tombé », a-t-il dit en  associant à cet hommage les deux policiers blessés dans le même attentat. « Les policiers sont devenus des cibles : en 2016, 8 policiers et 14 gendarmes sont morts dans l’exercice de leur fonction », a-t-il rappelé. « Le capitaine Jugelé était un héros du quotidien comme ses collègues qui étaient avec lui et ont eu face à eux un terroriste. Dans votre métier toutes les tâches sont importantes. Vous jouez un rôle indispensable pour préserver la paix civile. C’est ce qui rend odieux les actes de violence contre vous. Ils doivent être réprimés avec la plus grande sévérité. Votre chagrin est celui de la République », a-t-il ajouté.

Plus de moyens pour les forces de l’ordre

Peut-être parce que c’était la dernière fois qu’il présidait une cérémonie en tant que président de la République, François Hollande  a adressé un message politique aux deux candidats à la présidentielle dont le premier tour a été bouleversé par cet attentat. « Soutenez les policiers et les gendarmes. Ils ont droit à notre estime, notre solidarité, notre admiration face au danger. Il faut leur fournir les moyens d’agir encore plus efficacement. Ce qui est attendu, c’est de la constance, de la persévérance, de la cohérence plutôt que des surenchères et des ruptures. C’est un combat de longue haleine que la France conduit à l’intérieur et à l’extérieur. Ce combat sera long et difficile mais, j’en suis sûr, victorieux. Il exige  de l’unité et de la responsabilité ». 

F. C.

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