Antoine Bonneville : “L’usine du futur est une chance pour relancer l’industrie française”

Président de la CCI Centre-Val de Loire et président de l’entreprise Lenzi-lanternes de Paris (leader européen de la lanterne de style) PMI implantée à Argenton-sur-Creuse, Antoine Bonneville illustre par l’exemple que l’industrie française n’est pas condamnée. Elle a même de beaux jours devant elle si elle est sait s’adapter à son environnement notamment technologique et numérique et si le législateur lui donne de l’air.

Antoine Bonneville.

MagCentre : Comment êtes-vous arrivé aux commandes de Lenzi et de quelles façon avez-vous réussi à rester performant dans un contexte de forte concurrence ?

Antoine Bonneville : Je suis issu d’une famille d’entrepreneurs du Nord et de Picardie. J’ai repris cette pépite au groupe Philips en 2004 après un parcours de consultant puis de direction d’usine ; Lenzi, dont la marque est devenu un nom commun, comme l’est frigidaire par exemple, c’est le mélange de la tradition et de la modernité. Tradition car elle a vu le jour en 1933 et s’est développée sur le marché de l’éclairage public de style à partir de son expérience de remise en état des luminaires de la ville de Paris dans les années 50. Ce savoir-faire en chaudronnerie a été consacré en 2014 par l’obtention du label d’État « Entreprise du patrimoine vivant » (1). Nous sommes ainsi la première société du secteur de l’éclairage public à être reconnu EPV et l’une des dix de l’Indre. La modernité, c’est notre capacité à investir à la fois dans la recherche pour proposer des produits innovants sous la marque Lanternes de Paris, dans des machines de production modernes mais aussi dans le capital humain au travers la formation et la valorisation de nos collaborateurs. Le projet Usine 3D que nous lançons en est l’illustration.

M.C : De quoi s’agit-il concrètement ?

A.B : Nos lanternes éclairent des villes dans le monde entier. De Beyrouth à Macao en passant par Rio, New York, Athènes mais aussi plus localement Orléans, Bourges, et de nombreux villages de la Région, Lenzi est présent dans 50 pays et 20 capitales. L’ambition est de poursuivre cette croissance (+ 40 % en 2016) en l’appuyant sur 3 dimensions complémentaires, véritables leviers de notre compétitivité. Le numérique d’abord avec de nouvelles machines à commande numérique, l’organisation du site d’Argenton (qui date de 1993) ensuite qui va être revue pour optimiser les flux. Le capital humain, enfin et surtout, car du bureau d’études, aux opérateurs qualifiés en passant par notre réseau commercial, les 22 collaborateurs sont les acteurs principaux du développement de l’entreprise et de son ancrage dans l’industrie du futur. Je suis d’ailleurs très fier d’être entouré d’un staff entièrement féminin avec lequel je travaille en confiance et dans une excellente ambiance.

M.C : Le fait d’être situé loin des métropoles régionales dans la campagne berrichonne ne constitue-t-il pas un handicap pour une entreprise industrielle ?

A.B : Au contraire ! Vous savez les territoires n’attendent pas les grandes métropoles pour avancer sur le plan économique. Notre région ne se limite pas à la vallée de la Loire ! Il se passe beaucoup de chose dans les territoires. Etre située à Argenton-sur-Creuse n’empêche pas Lenzi d’exporter, d’innover avec le lancement d’une nouvelle gamme plus décorative en septembre et, au final, d’être reconnu par ses confères sur un marché mondial. Il faut faire confiance à l’intelligence des territoires et il faut soutenir avec force les PME-PMI qui s’y trouvent. Appréhender et valoriser le développement économique au travers des seules locomotives régionales que seraient Tours et Orléans est une erreur. Plus globalement, je crois que le concept d’usine du futur est une chance pour relancer l’industrie française et contrer la désertification.

M.C : Vous entreprise est le symbole du made in France. Pourquoi porter ce combat avec tant d’énergie ?

Antoine Bonneville.

A.B : Il en va de l’avenir économique de la France et de ses territoires. On peut en effet produire et acheter en Chine à bas coût mais c’est une vision à court terme. Salaires, charges, impôts ne sont alors pas payés en France. De même, les salariés « chinois » (peuple que par ailleurs j’apprécie pour sa grande culture) ne consomment pas en France et ne font donc pas marcher nos commerces. Produire en France, c’est créer et maintenir un tissu industriel dans nos territoires. Toutes ces PME-PMI ou ETI génèrent aussi de nombreuses activités et services créatrices d’emplois sur les bassins locaux. Lenzi privilégie quand elle le peut les circuits courts en faisant par exemple travailler des designers ou des sous traitants locaux. L’entreprise citoyenne cela a un sens, comme la collectivité citoyenne cela a aussi un sens. Il importe en effet de faire de la pédagogie auprès de nos collectivités locales et de leur faire prendre conscience qu’acheter français c’est créer des emplois en France, c’est donc un bon investissement. En tant que président de la CCI Centre, faire de la pédagogie est l’une de mes priorités.

M.C :  Justement, comment se passe votre début de mandat à la tête de la CCI Centre ?

A.B : Après quelques mois passés sur le terrain pour bien connaître tous les partenaires du réseau consulaire, la mandature est aujourd’hui lancée. Dans le cadre de la mise en œuvre de la loi NOTRe et de la nouvelle compétence régionale, qui constitue à mes yeux une véritable révolution, j’ai posé les bases d’une nouvelle organisation plus collective pour que les six CCI territoriales et la CCI régionale avancent et travaillent ensemble. Chacun des six présidents de CCI territoriale est ainsi chef de file d’une commission touchant l’un de nos principaux domaines de compétences : apprentissage, transmission-financement, industrie du futur, commerce-tourisme, innovation, transitions, international et gestion des équipements. Ces commissions doivent nous permettre de dépasser les frontières géographiques et hiérarchiques pour être plus efficaces collectivement. La CCIR ne sera pas « hors sol » mais au service de cette dynamique. J’en profite pour saluer la qualité du travail de nos 420 collaborateurs dont les compétences sont amenées à devenir encore plus pointues avec la construction d’une offre de services numérique CCI Store.

Propos recueillis par J-L. V.

(1) Le 24 juin 2014, c’est Emmanuel Macron alors Ministre de l’Économie, de l’Industrie et du Numérique qui a signé le parchemin officiel.

 Lenzi référence mondiale de l’éclairage public

À la pointe des technologies, l’entreprise Lenzi possède une notoriété internationale depuis les années 60. Un temps fleuron du groupe Philips (1990-2005), dont l’ensemble de la gamme de luminaires intègre la technologie led FastFlex, Lenzi affirme fièrement son identité française et un savoir-faire incomparable.    
Le marché de l’éclairage puisse ses racines sous le règne de Louis XIV qui, faisant le choix d’adopter une politique sécuritaire, s’intéresse à l’éclairage des villes la nuit. Dès 1667, Nicolas de la Reynie, lieutenant-général de la police, applique le mot d’ordre « netteté, clarté, sécurité ». Il ordonne alors la mise en place d’un éclairage des rues pour la période du 1er novembre au 1er mars, « y compris les soirs de pleine lune ». Cet éclairage doit être réalisé par des lanternes à bougies uniformisées, marquées du blason du roi. L’éclairage public passe alors à la charge de l’État moyennant une redevance par habitant. L’éclairage public est né !
Il va évoluer grâce à plusieurs sauts technologiques. En 1759, les chandelles à mèche charbonnée sont remplacées par l’éclairage à l’huile. Puis un ingénieur, Bourgeois de Châteaublanc propose la lanterne utilisant le principe du réverbère qu’il a inventé 20 ans plus tôt. Adopté en 1796, l’éclairage fourni par la lanterne de Châteaublanc est jugé équivalent à 30 chandelles.
Composée d’une armature, d’un bec à huile et de réflecteurs métalliques qui réverbèrent la flamme produite, elle sera la première à être posée en série à Paris. Entre 1769 et 1782 1.200 réverbères de Châteaublanc à huile sont installés dans les rues de Paris. Ces lanternes étaient constituées d’une à quatre mèches dépendant de l’endroit à éclairer : les lanternes posées au fond d’un cul de sac comportaient une mèche, celles le long d’une rue deux mèches, celles  au- dessus d’un carrefour à trois branches trois mèches et enfin celles  au-dessus d’un carrefour à quatre branches  quatre mèches.
L’éclairage au gaz apparait au début du XIXe à Londres puis à Paris (1829). Début XXe, c’est la révolution de l’électricité et les sources électriques vont alors supplanter  le gaz progressivement, avec l’invention de l’ampoule à filament et des sources à décharge.
Dans les années 2000, ce sera l’éclairage à leds qui présente l’avantage de requérir une très faible consommation. Maîtrisant parfaitement l’intégration de cette technologie sur ses modèles de style ancien ou plus contemporain, Lenzi travaille actuellement sur l’éclairage intelligent ou autonome  (lampadaires solaires par exemple).

www.lenzi.fr

 

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