Elections legislatives - Les resultats en temps reel

En avant, marche !

« Ne sous-estimez jamais le courage des Français : n’oubliez pas que ce sont eux qui ont découvert que les escargots étaient comestibles ». Le meilleur compliment qu’on ait pu nous faire vient des Anglais, paradoxalement.

Hier soir, dimanche 7 mai, les Français ont fait montre d’un courage à toute épreuve : ils ont élu à la Présidence de la République une tête bien faite et bien pleine de 39 ans. Une tête jeune, surtout. Ce qui paraissait impossible, le nouveau Président Macron l’a fait : exit les partis traditionnels et leurs têtes chenues, et cette fichue bipolarisation de la vie politique française, maladie chronique dont on semble ne jamais pouvoir guérir – qui remonte bien avant la fondation de la Ve République.

Bien sûr, il faut nuancer un peu l’élan de la victoire : avec certes 20,7 millions de voix sur 47,4 millions d’électeurs inscrits (66,06 % des exprimés), il devra composer avec le fait, tenace, têtu, que beaucoup de Français ne lui ont pas confié un vote d’adhésion (comme Jacques Chirac en 2002), et il ne pourra pas se satisfaire d’un Front national à 10,6 millions de voix. Tout comme il ne pourra se satisfaire des 4,06 millions de bulletins blancs ou nuls, ni des 12 millions d’abstentionnistes. L’avantage, s’il déçoit, c’est qu’il décevra moins de monde…

En attendant, place aux jeunes ! Place au neuf ! Des nouvelles têtes, vite ! De l’air ! De l’air ! De l’air ! Pour celui qui a gravi quatre à quatre les marches qui l’ont conduit au pouvoir, quasiment inconnu il y a encore trois ans : seulement deux minutes d’état de grâce, pas une de plus. La somme des espoirs et des attentes, la somme des souffrances et des inquiétudes des Français, la somme des divisions d’un pays clivé, fracturé, en miettes sociales ne lui laissera pas un instant de répits. Pour réussir, il lui faudra faire comme son ascension : vite. Cinq ans, c’est court, et ça commence aujourd’hui.

Pendant la soirée festive – sans ivresse – du Président Emmanuel Macron au Louvre à Paris. (c) L. Leuleu.

L’homme qui se mit au service de Paul Ricœur durant deux ans – dont on peut espérer qu’il n’en reste que du bon – devra réussir à décloisonner la société française, à la rassembler, mais pas seulement. Il devra : se coltiner et résister aux centrales syndicales, qui, malgré leurs maigres rangs, lui promettent déjà naturellement des lendemains qui déchantent. Il devra se coltiner et résister aux multiples blocages des professions réglementées, qu’il avait mises dans la rue en 2015, avec le résultat que l’on sait. Il devra résister et passer outre les innombrables « mammouths » historiques de la France : fonctionnaires, régimes spéciaux de la SNCF (entre autres !), enseignants, retraités des Trente glorieuses gavés jusqu’aux amygdales, actionnaires des grandes entreprises, agriculteurs subventionnés et en apnée sociale, cartel des taxis et des routiers capables de paralyser tout un pays juste en mettant le frein à main, etc. ; la liste et longue des entraves à la remise en marche du pays. N’oublions pas tous ceux qui vont rapidement lui tapoter sur l’épaule en lui rappelant : « qui t’a fait roi ? », dont une grande partie des frères du maire de Lyon et autres loges découvertes à marée basse.

L’impossible, il vient de le réaliser : parti de rien, sans notoriété, il a profité d’un trou de souris pour s’y engouffrer et faire main basse sur le grisbi. Inédit sous la Ve République. Mais ça n’est qu’une marche, pour le candidat En Marche depuis un an. Le vrai “impossible”, le vrai « Everest », c’est réussir, et c’est maintenant. Une course de fond qu’il devra paradoxalement gravir à grandes enjambées, et « en même temps » en « laissant du temps au temps ». C’est là la seule richesse qu’il ne possède pas : les Français, très impatients, veulent du résultat tout de suite. Pour réussir, on sait aussi qu’il aura besoin d’une majorité à l’Assemblée. On voit déjà ceux qui ont appelé au « front républicain » lui savonner la planche et renaître de leurs cendres encore tièdes : le PS et Les Républicains n’ont pas dit leur dernier mot ; les Insoumis ne se soumettront pas au jeune Macron, roi du Louvre ; le FN n’est pas mort… Cohabitation ? Peu probable, mais qui peut en jurer ? Majorité absolue ? Les législatives sont des scrutins locaux où le rural frontiste risque fort de se rappeler à son (bon) souvenir. Coalitions de circonstances en fonction des projets de loi ? Ce serait, de notre point de vue, une solution raisonnable, qui prouverait enfin que les Français peuvent le devenir, et veulent vraiment s’en sortir.

Il reste une dernière possibilité au jeune Macron : commencer à 39 ans une carrière de dictateur, et gouverner par ordonnances. En trois mois, faire passer son programme, plus l’impensable, l’inacceptable, la potion amère. « Déconne pas Manu », la France te regarde. Montre le chemin, mais ne nous laisse pas au bord de la route. Sans quoi le tweet de Bernard Pivot se révèlera une cruelle prophétie : “La jeunesse du nouveau Président est une qualité. Demain, elle sera une excuse, après-demain un blâme, plus tard un souvenir”.

F.Sabourin.

Commentaires

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  1. “exit les partis traditionnels et leurs têtes chenues” : Bayrou, Madelin, Hue, Dutreil, Collomb (à son sujet, je vous invite à consulter la page wikipedia correspondante, et à la lire jusqu’à la fin), et bientôt Lemaire ? Et pour premier ministre, on pronostique déjà Mme Lagarde, X. Bertrand, Bayrou, Borloo, Ferrand, le même Collomb, et aussi Le Drian… où est ce renouveau promis ?

  2. Et voilà :
    on a gagné :
    – davantage d’intégration européenne, cad davantage de transferts de souveraineté de Paris vers Bruxelles
    – la poursuite des transferts de souveraineté monétaire et é budgétaire à Francfort et Bruxelles
    – davantage d’intégration dans l’OTAN.
    – la poursuite de la politique libérale et d’austérité avec la recherche de la compétitivité par ma baisse des salaires et des charges qui financent la protection sociale
    – plus de de libre-échange avec peut-être la relance du TAFTA
    – la continuité dans les privatisations des services publics demandées par les directives européennes
    – la poursuite , voire l’accélération de notre folle politique migratoire

    …… les français ont choisi, mais comme pour Hollande, dans 1 an ou 2, plus personne n’aura voté Macron en 2017 .

  3. La “République en marche” pourrait choisir l’escargot comme symbole non pour sa réputation de lenteur mais comme symbole de renaissance, l’animal disparaissant et apparaissant au gré de ses humeurs et de ses besoins.
    3On dit toujours: lent comme un escargot ! C’est bête ! L’escargot ne marche-t -il pas ventre à terre : Alphonse Allais.

  4. Président non légitime avec 44% des voies au final, si l’on sait compter….

    “parti de rien, sans notoriété”.. Il avait quand même les hommes de l’ombre en soutien que sont messieurs Minq, Attali, Niel, Arnault… qui sont finalement les hommes de pouvoir dans cette douce dictature au jolie nom de démocratie.

    Tant que les citoyens auront de l’électricité pour allumer leur poste de télévision et de quoi manger dans le frigo, la France restera soumise aux puissances d’argent!

    upr.fr pour une vraie démocratie, le pouvoir au peuple!

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