Un Gouvernement diversifié et sans précédent

Après deux jours d’attente dus à la vérification de la situation fiscale de chacun et de l’absence de conflit d’intérêt, Emmanuel Macron a nommé mercredi à 15 heures le premier gouvernement de son quinquennat, une équipe resserrée et paritaire de 22 membres dont trois ministres d’État, le centriste François Bayrou à la Justice, l’ex-animateur de télévision Nicolas Hulot à la Transition écologique et le sénateur-maire (PS) de Lyon, Gérard Collomb à l’Intérieur.

Jean-Yves Le Drian

François Bayrou

Les quatre ministères régaliens ont été dévolus à deux socialistes, Jean-Yves Le Drian, un rescapé du quinquennat Hollande qui, contre toute attente passe de la Défense à l’Europe et aux Affaires étrangères,  Gérard Collomb, « marcheur » de la  première heure qui abandonne sa mairie de Lyon à l’Intérieur et à deux centristes, François Bayrou à la Justice et l’Euro-députée Sylvie Goulard aux Armées. Elle formera un tandem solide, très calculé et surement efficace avec Le Drian auquel la Modem Marielle de Sarnez, ministre des Affaires européennes apportera son aide.

Des politiques de droite et de gauche

Bruno le Maire

Avec Bruno Le Maire à l’Economie et Gérald Darmanin à l’Action et aux Comptes publics Emmanuel Macron et son Premier ministre Edouard Philippe débauchent dans les rangs Républicains de plus en plus fractionnés. François Baroin, leur chef de file pour les législatives a « regretté à titre personnel  sans que ça remette en cause les liens d’amitié que j’ai eu avec eux » l’entrée de ces deux  compagnons de parti dans le gouvernement. « Ils sont partis, c’est leur choix, ça leur appartient. Je ne déchire pas pour ma part plusieurs années de combat que j’ai partagées avec eux » a-t-il dit en déplacement à Toul pour soutenir des candidats de son parti aux législatives.   

Richard Ferrand

L’entrée dans ce gouvernement d’un nombre important de socialistes dont Richard Ferrand, l’un des premiers soutiens d’En Marche à la Cohésion territoriale ; Annick Girardin, rescapée de la Hollandie aux Outre-Mer et Christophe Castaner chargé des relations avec le parlement et porte-parole du Gouvernement a encore affaibli leur parti. Le Premier secrétaire du PS, Jean-Christophe Cambadélis a fulminé dans un tweet, « Nouveau gouvernement, mais pas gouvernement du renouveau. Cautions de gauche mais Matignon et Bercy à droite ».

Autre caution de gauche, le Radical PRG Jacques Mézard, sénateur du Cantal, département rural, qui entame à 69 ans une carrière ministérielle à l’Agriculture. Président du groupe RDSE  au Sénat depuis 2011, il  est récompensé  d’avoir été dans les premiers soutiens  d’Emmanuel Macron.

Des personnalités de la société civile

A ces nominations il faut ajouter plusieurs personnalités de la société civile,  des experts qui ont déjà apporté la preuve de leur compétence : Agnès Buzyn professeure des universités et praticienne hospitalière, présidente du Collège de la Haute Autorité de Santé se voit attribuer le ministère des Solidarités et de la Santé.

Laura Flessel

L’éditrice Françoise Nyssen (Acte Sud), va rue de Valois au ministère de la Culture, Muriel Pénicaud, dirigeante d’entreprise, au ministère du Travail, le directeur de l’Essec depuis 2013, fin connaisseur du monde de l’Education, Jean-Michel Blanquer, au ministère de l’Education nationale, Frédérique Vidal, professeur des Universités à l’Enseignement supérieur, l’épéiste Laura Flessel aux Sports, Sophie Cluzel présidente d’une association d’enfants handicapés, au secrétariat d’Etat aux personnes handicapées, Marlène Schiappa auteure du blog à succès « Maman travaille » au secrétariat d’Etat à l’égalité des femmes et des hommes, Mounir Mahjoubi, conseiller numérique d’Emmanuel Macron  au  secrétariat d’Etat chargé du Numérique, Elisabeth Borne,  ancienne présidente de la RATP ministre de la transition écologique chargée des transports

La prise de guerre, Nicolas Hulot

Nicolas Hulot

Jusqu’à présent, plusieurs fois sollicité par Hollande, Chirac et Sarkozy, Nicolas Hulot avait décliné toutes les offres présidentielles. A 62 ans, l’ancien animateur « d’Ushuia, le magazine de l’extrême » prend la tête d’un grand ministère de la transition écologique et solidaire auquel Ségolène Royal se serait bien vue reconduite.

En acceptant d’assumer cette fonction Nicolas Hulot relève  l’un de ses plus grands défis. Nouveau ministre, il va devoir veiller à la mise en œuvre de la loi de transition énergétique, notamment de la réduction de la part du nucléaire dans la production électrique à l’horizon 2025. D’autres épineux dossiers sont également sur son bureau, le transfert de l’aéroport nantais à une vingtaine de kilomètres plus au nord, à Notre-Dame-des-Landes; la fermeture de la centrale de Fessenheim, les énergies renouvelables, le resserrement de la taxation entre l’essence et le gazole, ainsi que la disparition programmée des avantages aux flottes  de véhicules diesel. Il devra également lancer des Etat généraux de l’alimentation rassemblant le monde agricole, les industries agroalimentaires, les associations de consommateurs, les ONG et les professionnels de la santé. Jean-Luc Mélenchon, le patron des Insoumis, a déclaré après avoir déposé son dossier de candidature aux législatives à la préfecture des Bouches-du-Rhône, « un gouvernement de droite, Bercy aux mains de la droite. La nomination de Nicolas Hulot, un crève-cœur ».

Par contre, apprenant cette nomination, Daniel Cohn-Bendit, l’homme de 1968, l’ancien député européen EELV s’est écrié : « Hulot, c’est un coup de génie de la part de Macron ! Pour la première fois, un équilibre va devoir être trouvé entre écologie et économie dans un gouvernement. Nicolas Hulot ne peut pas être une feuille de vigne. Bruno Le Maire, ministre de l’Economie sait que si Macron a pris Hulot, il ne pourra lui passer dessus comme un rouleau compresseur ».

F.C.

Réactions

Hugues Saury, Président du Département du Loiret

Hugues Saury

Un nouveau gouvernement et des interrogations. Le Président et son Premier Ministre viennent de rendre public la composition du nouveau gouvernement. Il est à noter que ce gouvernement penche davantage à gauche puisque sur 23 ministres, la moitié est issue des rangs de la gauche et du centre-gauche alors que trois proviennent des rangs de la droite.

La première interrogation réside dans la cohérence pour un Premier Ministre et des ministres à défendre un programme et des candidats  auxquels ils étaient opposés jusqu’à hier. Le risque de créer l’incompréhension et la confusion chez nos concitoyens est fort. A cette annonce nationale, font également écho les difficultés au niveau local des investitures LREM.

Si l’idée de rassembler au-delà des partis, dans une démarche gaullienne, peut prendre tout son sens face aux maux de notre pays, vouloir à tout prix créer une seule force centrale me paraît antinomique du besoin de pluralisme que requiert notre démocratie.  Cela pourrait avoir pour conséquence dangereuse de laisser seule cette grande formation politique face aux extrêmes qui deviendraient la seule alternative.  C’est seulement à travers le débat politique que pourra se fonder une union pragmatique sur des projets à enjeu national.

Pour ma part, je continuerai à soutenir le projet LR/UDI porté par nos candidats dans les 6 circonscriptions du Loiret. Ce n’est qu’au lendemain du 2e tour des élections législatives, après que les Français auront exprimé leur choix de projet pour l’avenir, que nous pourrons légitimement réfléchir à construire la meilleure force pour redresser notre pays.

Les jeunes socialistes du Loiret

Les jeunes socialistes du Loiret saluent le choix à des ministères importants de personnalités de gauche tel que Jean-Yves Le Drian (ancien ministre socialiste de la Défense) et Nicolas Hulot (écologiste ayant porté avec François Hollande la COP 21). S’il s’agit d’un signal d’ouverture encourageant, notre famille politique doit désormais faire élire une large majorité de gauche aux élections législatives des 11 et 18 juin prochain afin d’orienter largement à gauche ce gouvernement.

Yann Chaillou

Yann Chaillou

Chacun jugera la dose de renouvellement ainsi que les compétences des ministres. À titre personnel je trouve très intéressante l’alliance de personnalités déjà très connues pour leur engagement politique, comme François Bayrou, Gérard Colomb, Nicolas Hulot, Jean-Yves Le Drian ou Bruno Le Maire, et d’autres plus connues pour leur engagement professionnel ou associatif, comme Elisabeth Borne, Laura Flessel, Mounir Mahjoubi ou Marlène Schiappa. Chacun jugera aussi des imperfections. Il y’en a.

Mais à l’évidence c’est surtout un gouvernement d’union nationale, avec des ministres issues d’un spectre large du champ politique, qui fait écho aux majorités de projets que souhaite construire le nouveau président de la République. Au delà des têtes, nouvelles ou pas, que nous découvrons aujourd’hui, c’est bien de l’intérêt général qu’il s’agit. Depuis le début de mon engagement j’aime relater ici les rencontres que je peux faire. Combien sommes-nous à ne pas comprendre pourquoi les alternances politiques qui se succèdent depuis 20 ans ne se limitent qu’à effacer ce qu’ont fait les majorités précédentes ? Combien sommes-nous à s’exaspérer des dogmatismes qui résistent dans tous les partis alors qu’il nous faut inventer le nouveau monde ? Combien sommes-nous à vouloir aller de l’avant, à être prêts à un dialogue positif, à écouter les contre arguments ?

Aujourd’hui nous ne savons pas comment le gouvernement fonctionnera demain. Nous n’avons pas la fin de l’Histoire. Mais je refuse que l’on ne participe pas à la reconstruction politique qui s’amorce : les socialistes doivent pouvoir participer à une majorité constructive, sans œillères mais toujours avec le progrès en ligne de mire. Aujourd’hui, comme de nombreux citoyens, j’espère.

Commentaires

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  1. L’expression “ramassis” n’a jamais été aussi parfaitement illustrée que par cette collection de recyclés de tous bords et de gamellards professionnels, dont le seul projet est de maintenir la tête du peuple français sous l’eau jusqu’à la noyade complète.Prions pour que ce dernier se ressaisisse les 11 et 18 juin prochains et envoie à la Chambre une majorité, disons “problématique” pour Macron.

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