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Sweeta, afghane : “soit j’arrête le sport, soit ils me tuent… être un garçon était une meilleure solution pour moi”

L’Afghanistan demeure, envers et contre tout, l’un des pires endroits de la planète pour naître quand on est une fille. Comme me le suggérait Zhala, la troisième petite reine de Kaboul : « quand on nait fille, on peut avoir l’impression d’être une erreur… »

La tradition des bacha posh (en dari, habillée comme un garçon) qui en vient à déconstruire l’identité de genre des petites filles, pour des raisons directement liées au statut d’infériorité sociale des femmes, demeure relativement peu connu en Occident. Les bacha posh dans la tradition afghane et plus particulièrement pachtoune sont des petites filles qu’on habille, coiffe et élève comme des garçons, soit pour compenser, dans une famille, la honte de ne pas avoir de garçon, soit, sous la période des talibans, pour permettre à une fille d’aider son père à l’atelier ou au magasin, c’est-à-dire participer à des activités interdites aux filles. Les bacha posh pratiquent les mêmes activités que les garçons, elles jouent au football, font du vélo. Elles pourront aussi accompagner une sœur dans l’espace public, dans la rue, au marché, là ou des filles ne sont pas autorisées à sortir seules sans un membre masculin de leur famille.

La difficulté vient à la puberté quand on demande aux bacha posh de redevenir des filles, avec le statut social qui y est lié et souvent de se marier avec un homme qu’elles n’auront pas choisi et alors qu’elles seront incapables d’accomplir les tâches ménagères,  qui sont censées leur incomber et qu’elles n’auront jamais apprises. Cette pratique pourrait illustrer le « gender trouble » de Judith Butler qui fait du genre une performance sociale apprise, répétée et exécutée. Judith Butler opère une distinction entre le sexe extérieur et biologique et le genre intérieur pour caractériser le genre comme « choix volontaire et quotidien »

J’ai reçu une lettre de Sweeta, une jeune femme afghane de 24 ans, demeurée bacha posh au-delà de l’âge requis parce qu’elle refuse de réintégrer le statut auquel elle est assignée, elle est menacée de mort par ses frères, son père lui demande de quitter l’Afghanistan. Je vous confie ses mots :

« Je m’appelle Sweeta et j’ai 24 ans, on m’a habillée et coiffée comme un garçon depuis que je suis toute petite. Je ne me rappelle pas quand cela a commencé mais aussi loin dans le temps que je puisse me souvenir de moi et m’identifier comme être humain, je me vois toujours comme un garçon. Ma mère me disait tout le temps quand j’étais petite et qu’elle récupérait des vêtements de mon père qu’il ne portait plus, qu’on allait les faire recouper chez le tailleur pour en faire des vêtements de garçon pour moi. Elle me disait que cela m’allait bien et que j’étais très élégante.

Quand j’ai grandi, mes parents ont voulu que je porte des vêtements féminins comme les autres filles, malheureusement ce fut le moment où les talibans ont pris le contrôle de la capitale et de presque toutes les provinces d’Afghanistan. J’avais trois frères qui se sont enfuis au Pakistan. Alors il a fallu que je travaille avec mon père pour nourrir la famille et je ne pouvais le faire qu’habillée en garçon. A cette époque je vendais des pommes de terre et j’ai aussi pris l’habitude d’aller aux matchs de football pour vendre des tasses de thé. C’est là que j’ai commencé à prendre goût au sport et souhaiter devenir un jour une athlète. Le sport que je préférais, c’était le football, j’avais pris l’habitude d’y jouer avec les garçons dans les rues. 

Après cette longue période, quand les talibans sont partis et que mes frères sont revenus, ils ont voulu que je m’habille à nouveau en fille et que je ne sorte pas de la maison. Mais je jouais au football à l’école et j’avais gagné plusieurs médailles. J’ai fini par être sélectionnée dans l’une des équipes et je remportais chaque année le titre de meilleure athlète dans notre école. 

Finalement mes frères ont fini par apprendre que je pratiquais le sport, je leur ai montré mes médailles, alors ils m’ont battu et m’ont dit que je ne pouvais plus jouer au football parce que j’étais une fille. J’ai pleuré abondamment. Mes frères me demandaient tout le temps de m’habiller en fille, j’ai accepté mais à condition qu’ils me laissent faire du sport et ils ont donné leur accord.

Mais un mollah a voulu m’épouser, et mes frères ont accepté mais moi je leur ai dit que je ne voulais pas, que je voulais poursuivre mes études et faire du sport. A partir de ce moment j’ai continué à faire du sport mais en le dissimulant à mes frères. J’ai intégré un club dénommé « social health » ou je pratique toujours le football, le volley-ball, le basket et le cyclisme.  Mais des images de moi sont parues dans un magazine et des voisins sont venus voir mes frères, ils ont montré les photos et leur ont dit « votre sœur est une fille de mauvaise vie puisqu’on voit son image dans des magazines »

Mes frères sont revenus à la maison et ils m’ont à nouveau battue ils m’ont laissé deux options : soit j’arrête le sport, soit ils me tuent. J’ai discuté avec mes frères, je leur ai dit que j’étais prête à mourir mais que je n’arrêterai pas le sport, j’ai commencé à me recouper les cheveux courts et j’ai dit à mon père qu’être un garçon était une meilleure solution pour moi. Alors mes frères sont venus régulièrement me battre, ils m’ont laissé sans nourriture pendant plusieurs jours pour me faire changer d’avis. A la fin j’ai eu une nouvelle discussion avec mon père.

Je lui ai dit : « Papa, je ne fais rien de mal et je ne fréquente pas les mauvais lieux, si tu me vois faire de mauvaises actions, tue-moi, mais laisse-moi faire du sport parce que je peux pas vivre sans. » Mon père a accepté mais à condition que je m’habille en fille, c’est-à-dire en portant de longues robes et le voile, j’ai accepté.

Mes frères ignorent que j’ai un compte facebook et je continue à m’habiller en garçon parce que si je m’habille en fille, ils vont me forcer à me marier et cela détruira tous mes rêves.

Je veux quitter l’Afghanistan et montrer les capacités que j’ai acquises à mon peuple et à ma famille, je veux montrer que les filles peuvent aussi avoir des droits humains. Je veux aider les autres filles qui connaissent la même situation et démontrer que l’égalité des genres est possible. »

J’avoue que cette lettre me désespère, Sweeta m’a demandé de l’aider à quitter le pays et je n’ai pas de solution à lui proposer. Si elle sollicite un visa au consulat de France, c’est une certitude, il sera refusé. L’ambassade ne consentira à se mettre en mouvement que si elle reçoit des instructions du gouvernement.

Alors je vous laisse cet article en espérant qu’il ne reste pas à l’état de cri désespéré. Plutôt que de voir mourir Sweeta, sous la violence des coups de ses frères ou parce qu’elle aura préféré accomplir la sinistre besogne elle-même, vous pouvez envoyer une copie de tout ça à vos candidats aux élections législatives, aux ministres, au président de la république, à la première dame, aux journalistes, à France télévision, au président de la fédération française de football, aux dirigeants du foot féminin. Il en sortira peut-être quelque chose de bon.

Faites circuler sur les réseaux sociaux. C’est une bouteille à la mer.
Merci à vous.

 

Patrick Communal.

 

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