Stéphanie Rist (LRM) en terre d’abstention

Le groupe de militants, une quinzaine, s’est retrouvé devant l’Indien, le totem de La Source au coeur du quartier. Tous les âges, certains sont venus à vélo d’Olivet, d’autre en tram, certains ont le tee shirt En Marche, d’autre non.

Dialogue avec le patron des Halles de l’Indien.

Une des leçons du premier tour, abstention record, surtout des classes populaires, dans “les quartiers”: Illustration à chercher dans les bureaux les plus populaires de La Source: à Romain Rolland 80% d’abstention, à Pauline Kergamard 1198 inscrits, 230 votants, Michel Ricoud (PC) y pointe même en

Retrouvaille à l’Indien.

tête. Stéphanie Rist, largement devant sur la 1ère circonscription au premier tour, qui a rejoint le groupe explique: “à l’origine nous devions faire un goûter à l’île Charlemagne, mais au vu de l’abstention, nous avons décidé d’aller au contact des électeurs.” L’abstention, l’épine dans le pied de cette majorité qui va déborder les bancs de l’Assemblée nationale. Pas de triomphalisme, aller traquer l’abstention consigne donnée depuis le “château”, Stéphanie Rist la joue modeste mais pugnace.

“Vous passez aux élections et après plus personne…”

A la rencontre des vrais gens à La Source.

Les abstentionnistes, ils sont aussi dans ce petit noyau qui, la veille, avait accueilli les militants de REM avec des quolibets provocateurs, “rien à foutre de vos papiers, nous on vend de la came”. Cette fois pour la forme, à l’écart du groupe, un  quadra à lunettes noires lance, agressif, “tous les mêmes, vous passez aux élections et après plus personne…”.

On voit votre nom sur les ordonnances

Visite à la boulangerie.

Un saut à la boulangerie au pied de la tour de “la dalle”, qu’on attend toujours de voir tomber, Stéphanie Rist remonte la file d’attente, se présente, grand sourire. A la pharmacie de l’autre côté de la ligne de Tram, face à la Maison de l’Emploi, rue Roman Rolland. Madame la rhumatologue de l’hôpital n’est pas étrangère ici. Bienveillantes, souriantes, les deux préparatrices confient, “oui on connait votre nom, on le voit sur les ordonnances et puis on a vu les affiches”. Echanges sur le désert médical, sur cette maison pluridisciplinaire qui ne suffit pas à soigner la population du quartier. “Avec notre projet d’autonomie sur la santé on va y arriver”. répond la candidate. 

“Le maire, le député, ils ne font pas attention à moi…”

Retrouvaille à l’Indien.

Retour vers l’Indien en passant par d’autres commerces. Sur un muret devant les deux cafés fermés, l’un des lanceurs de quolibets, qui a franchi la ligne de tram, survêtement, collier de barbe, interpelle la candidate. D’autres trentenaires rejoignent le groupe. Stéphanie Rist est flanquée de deux, “sherpas” du quartier. C’est tendu au départ, “je ne connais pas le maire le député, de toutes façons il fait pas attention à moi. Ici il n’y a pas d’animation, que des grillages”, dit-il en montrant la passerelle, harnachées de grilles contre les caillassages. “A part les bonhommes verts” (les agents de médiation), “et l’association Escale il n’y a rien pour nous ici”. Le théâtre Gérard Philippe? “Les spectateurs ne sont pas de la Source”.

“C’est quoi le changement pour vous Madame…?”

Campagne sur ordonnance.

Stéphanie Rist, écoute, attentive, relance, ça tchache, décousu, ça part dans tous les sens, mais les messages passent: “nous on veut bien voter pour quelqu’un mais il faut le changement. Pas un candidat qui passe et qui ne revient plus…C’est quoi le changement pour vous madame?“. Stéphanie Rist, pas froid aux yeux la dame, plante ses yeux dans ceux du garçon au polo Lacoste. “C’est par exemple quinze milliards pour la formation”. En aparté, elle dit, “vous savez j’ai exercé dans les quartiers les plus défavorisés de Colombes, alors…”

En même temps, l’homme sur le muret parle de son BEP d’électromécanicien qui ne lui “sert à rien, il n’ a pas de boulot ici, je fais aussi coiffeur…”. Séduit, un autre jeune homme se lance, “moi je vais voter pour vous…”. Soudain, le mot passe de bouche en bouche, “descente, descente”, de l’autre côté de la ligne de tram, quatre motards de la police municipale passent sans broncher. Le dialogue est rompu, dommage. 

“Nous sommes des acteurs économiques”

Trois pas plus loin, devant les Halles de l’Indien, une épicerie refaite à neuf, accueillante, scintillante, le patron, trentenaire, élégant, dit clairement, sans hostilité mais ferme: “oui on veut du changement, nous sommes des acteurs économiques, on n’est ni consultés, ni entendus…”. A quelques pas de là c’est Yves Rocher, le Crédit Mutuel, d’autre boutiques qui ont plié bagage.

M. El Harjani, le patron des Halles lance à la médecin de l’hôpital, “j’espère que vous tiendrez vos engagements pas comme des Serge Grouard qui nous disait “on tiendra des réunions”, on n’a rien vu venir”. Stéphanie Rist ne reprend pas au vol. Ne comptez pas sur elle non plus pour commenter en marge de sa visite, l’attitude de telle qui la soutient ou d’un autre qui ne dit pas clairement qu’il se désiste en sa faveur. C’est aux électeurs qu’elle s’adresse pas aux vieux partis…

Et l’ubérisation…?

Sa camionnette floquée à ses couleurs est devant l’auto-école. Stéphanie Rist dialogue avec le gérant qui lui souhaite “plein succès”, ne cache pas qu’il a fait partie de la première équipe de Jean-Pierre Sueur (PS) aux municipales. Là non plus, lorsqu’il se dit “sidéré des propos d’un candidat dimanche soir sur France 3” (Charles-Eric Lemaignen) “choqué qu’une inconnue puisse le battre”, Stéphanie Rist ne reprend pas au bond ce “caviar”. Pour autant, il n’oublie pas de s’inquiéter de l’ubérisation, concurrence déloyale, lui a des frais de gestion, une boutique, l’administratif…“On arrive à des excès, il va falloir cadrer”, admet la candidate Macron. 

En campagne depuis huit heures ce matin, porte à porte, boitage et visite de commerçants, En Marche… forcée dans sa circonscription, la journée se fait longue. En soirée, avec son équipe, elle joindra l’utile à l’agréable, “on va dîner à la guinguette à Baule, ce sera sympa aussi”.  Alors, nouvelle façon de faire de la politique, contact direct avec les citoyens ou visite unique d’une candidate “couillue” en quartier de femmes, voilées ou pas, qui se gardent  bien de parler avec elle…?

Ceux du quartier légendaire, comptent bien que si elle est élue dimanche au Palais Bourbon, Stéphanie Rist, la rhumatologue, fera très vite son retour à …la Source.

Ch.B

 

Commentaires

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  1. C’est fou comme certains s’intéressent aux citoyens à quelques jours du second tour des législatives ! Pour une candidate du renouveau démocratique, cela fait un peu, beaucoup “politique politicienne”

    Michel RICOUD

  2. Bonjour Monsieur Ricoud. Bien qu’étant d’un bord opposé mais pas extrémiste, je partage votre avis. Pour des candidats qui se veulent différents au sein d’un mouvement, soit disant, moderne et de renouveau, la pratique est vraiment très “traditionnelle” ! Ces personnes là donnent des leçons, et c’est agaçant. Je suis curieux (s’ils sont élus) de les voir au travail, partout, à l’assemblée et sur le terrain ! Bonne continuation Monsieur Ricoud.

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