L’écologiste, Jean-Sébastien Herpin répond… vertement à Jean-Pierre Sueur

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Jean-Sebastien Herpin

L’ancien secrétaire régional d’EELV, militant écologiste, Jean-Sébastien Herpin réagit à la tribune de Jean-Pierre Sueur (PS) publié ici même, il y a deux jours:

“Une proportionnelle tant promise et si souvent oubliée”

“Bonjour Jean-Pierre,

J’ai pu lire sur Magcentre ton plaidoyer pour la proportionnelle qui m’a profondément ému… Non, tu me connais, je suis taquin : cette lecture m’a profondément énervé, mis en colère car je ne la crois pas sincère, sauf sur sa conclusion.

Il faut arrêter de poser des pansements de ci de là sur la Vème République, et je devrais dire des rustines, car cela fuit de partout. Un quinquennat, une inversion du calendrier électoral, un bilan à la fois chiraquien comme jospiniste, on constate où cela nous a mené : l’accentuation de parlementaires godillots ou pire, des parlementaires qualifié-es de « Frondeurs », terme issu de l’Ancien Régime, s’ils et elles osaient faire leur mission de parlementaire : débattre et participer au deuxième pouvoir décrit par Montesquieu, et avant lui John Locke, le pouvoir législatif.

En 1964, dans le Coup d’Etat permanent, François Mitterrand théorisait la monarchie présidentielle mais l’oubliait en 1981, c’est encore un bilan bien triste qui allait devenir une ligne de conduite cynique pour ses héritiers.

Tu soulignes l’instauration de la proportionnelle de 1986, mais personne n’est dupe : elle le fut pour contrecarrer la droite en poussant le Front national, et non pas par Esprit des Lois. La proportionnelle a été, par la suite, de nombreuses fois promises par le Parti socialiste, puis courageusement oubliée, mise dans la même barque que le vote des étrangers. Les renoncements d’hier entraînent les malheurs d’aujourd’hui. Mais pour comprendre à long terme, il faut s’imprégner de cette culture que se forgent les écologistes : l’effet papillon, domino, mon action d’aujourd’hui va agir sur le surlendemain.

Mais n’avançons pas trop vite dans le temps, revenons à 1981.

En 1981, les écologistes, pourtant impossible à soupçonner d’héritiers de Mitterrand, inscrivaient dans leur programme présidentiel un passage à la 6ème République. Par la suite, ce projet évoluait à la lumière des travaux du constitutionnaliste Bastien François qui, lassé par un Montebourg dodelinant et un parti timoré, nous rejoignait.

Nous avons la 6ème chevillée au corps, nous l’avons dans notre ADN : une 6ème juste, fédérale, non jacobine, décentralisée, tournée vers le XXIème siècle, parlementaire, européenne et… écologiste. Nous n’avons pas besoin de bruits et de fureurs pour en parler, puisque nous sommes légitimes par la durée et la ténacité sur cette idée.

Je trouve assez dommageable que les faits et les actes des bilans passés contredisent les phrases volontaires et porteuses d’espoirs. D’espoirs déçus, il va s’en dire.

Alors faut-il soutenir les candidat-es d’En Marche ? Un parti qui serait qualifié par Mitterrand de ni-gauche, ni-gauche ? Un parti qui envisage de rogner sur le droit du travail que Mitterrand avait fait avancer (la cinquième semaine de congés payés, les 39 heures). Un parti qui conserve l’esprit bonapartiste tout en lançant des sucres au peuple comme la proportionnelle, mais se satisfaisant d’une Vème qui permet de concentrer le pouvoir, de légiférer par ordonnance comme par autoritarisme du 49-3, qui permet de nier Montesquieu et la séparation des pouvoirs ? « Le Centre, variété molle de la Droite. », tiens… Encore Mitterrand. Dois-je répondre ou les forces de l’esprit de mes questions ont suffi à orienter le lecteur vers ma pensée?

Ton texte, cher Jean-Pierre, est un symptôme de la maladie d’un vieux Parti socialiste molletiste : gardez-vous à droite, gardez-vous à gauche… Mais l’histoire a montré que c’est ainsi que la bataille se perd.

Je sais que nombre de militant-es socialistes ne sont plus dans cet esprit SFIO. J’ai débattu avec eux de leur évolution, et un humain qui évolue est un-e citoyen-ne qui avance. Ils sont peu, comme sont peu les militant-es dans tout parti ou toute association. Alors ne les décourage pas et rappelons-nous du meilleur de Mitterrand :

“Il existe dans notre pays une solide permanence du bonapartisme, où se rencontrent la vocation de la grandeur nationale, tradition monarchique, et la passion de l’unité nationale, tradition jacobine.”

“Face à la loi que votent les représentants du peuple se dresse désormais le « règlement autonome » qu’édicte le gouvernement, lui-même inspiré par le chef de l’État.”

Le Coup d’État permanent, François Mitterrand

C’est ce Mitterrand là que je veux retenir.

Quant aux écologistes, je profite de cette réponse pour donner leur position officielle :

Pendant les élections présidentielles et législatives, nous avons porté un projet écologiste, solidaire, démocratique et européen. Dans la logique de nos engagements nous appelons à soutenir, dans les circonscriptions où Europe Ecologie – Les Verts n’est pas présent au 2d tour, les candidatures qui s’engagent notamment pour la transition écologique, la défense des objectifs de l’Accord de Paris, du droit du travail et pour le respect de l’état de droit mis à mal par l’état d’urgence et ses tentatives d’intégration dans le droit commun.

EELV fait confiance à ses électeurs pour déterminer le meilleur choix pour le second tour et les invite à :

– soutenir les candidatures présentes au second tour que nous avons soutenu au premier tour,

– faire battre les candidatures de l’extrême droite,

– faire leur choix en privilégiant les candidatures qui prendront des engagements clairs et précis en faveur de l’écologie, la transition écologique et solidaire, et l’égalité des droits,

– permettre le pluralisme politique, qui est une nécessité démocratique. En contribuant à la présence de député-es écologistes et de gauche à l’Assemblée nationale.

Communication du Bureau exécutif d’Europe Ecologie – Les Verts.

Ce sera cette position qui est en accord avec mes valeurs que je tiendrai, que je diffuserai et dont je t’informe.”

Amicalement, cher Jean-Pierre,

Jean-Sébastien Herpin,

Ancien Secrétaire régional EELV Centre-Val de Loire et surtout militant

Commentaires

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  1. Les écologistes ont presque réussi à faire ce qu’il fallait pour que leur famille politique disparaisse. Une alliance électorale et de gouvernement avec le PS. Des dissensions internes à n’en plus finir, des affaires scabreuses et pour finir la Cop21, qui leur échappe totalement. Enfin, Nicolas Hulot leur porte le coup de grâce en posant son paramoteur dans la cour de l’Elysée. Rideau, toute la France est devenue plus ou moins écologiste (de façade). Il y a toujours autant de mégots jetés partout, les ventes de diésel vont bon train, les pesticides polluent nos sols, on continue à faire circuler nos aliments sur des milliers de kilomètres, etc.

    • Le sujet est l’avenir des gauches et des écologistes, les zig zag du sénateur et le manque de constance politique. La proportionnelle ressortie à chaque fois en promesse mais jamais faite. Les Tartufes. Vous êtes donc hors sujet.

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