Conservatoire de Blois : récital de Chieko Hayashi et Satoshi Inagaki

Jeudi 8 juin dernier, Chieko Hayashi, mezzo soprano et Satochi Inagaki, pianiste ont donné au Conservatoire de Blois-Agglopolys un récital de très haute tenue, consacré pour l’essentiel à la musique d’Olivier Messiaen. En ouverture, le pianiste se lance seul dans La Mort d’Isolde, page finale de l’opéra de Wagner Tristan et Isolde (1856-1859) réalisée ici pour piano seul par Franz Liszt, composition fougueuse qui traite de l’amour impossible. Satoshi Inagaki se joue des pièges de virtuosité dont Liszt a truffé sa partition. Puis les deux artistes interprètent un des trois cycles de mélodies de Messiaen (1908-1992) qui va occuper le reste de la soirée. Harawi, vocable péruvien quéchua, qui signifie : chant d’amour et de mort (1945) constitue le premier volet de la Trilogie de Tristan, avant la Turangalila Symphonie (1946-48) et les Cinq Rechants (1949), inspirés également par la légende médiévale. En douze poèmes de sa plume, Messiaen conte les amours tragiques de la petite Péruvienne Piroutchka, qui figure Isolde ici. Il vient de vivre la captivité, le naufrage mental de son épouse, l’apparition dans sa vie de celle à qui ses convictions l’empêchent de s’unir : amour humain impossible, qui ne peut aboutir qu’à la mort, réveillant chez Messiaen le mythe médiéval. Le Pérou fournit au compositeur des images poétiques, des onomatopées : Doundou tchill (Pièce 4) est une onomatopée pour les cloches de chevilles des danseurs péruviens indiens. Messiaen emprunte au folklore un ton incantatoire fortement marqué par le surréalisme. Traité comme un orchestre, le piano intervient souvent seul, en partenaire à part entière de la voix et non comme un simple accompagnateur. La Pièce 12 Dans le noir est une évocation du début du cycle : le recueil se referme lentement, à bouche fermée, tout est dit.   

Le récital de ce soir constitue pour tous les auditeurs présents une totale découverte : répertoire entièrement inédit, donné par deux grands interprètes très complices, qui requiert une technique supérieure. À quand la prochaine soirée ?

Roger Bouchard.






Recevez chaque jour les nouveaux articles par e-mail

Votre e-mail ne sera communiqué à aucun tiers et servira uniquement à vous envoyer les titres chaque jour par e-mail