Orléans Jazz à l’évêché: le coeur sur la main

L’Andalousie et Cuba, du rock et de la poésie. Cette deuxième soirée de l’Evêché jeudi soir décline pour un public venu en nombre la musique du monde et ses relations profondes avec les battements du cœur. Emotions garanties.

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UOCM ©Patrice Delatouche

United Colors of Méditerranée, mené par le violoniste Guillaume Dettmar, a transporté le public dans cette grande contrée où est née la musique arabo-andalouse. Le quintet (Guillaume Dettmar au violon, Philippe Draï aux percussions, Pierre Bluteau à la guitare et instruments à cordes pincées du monde, Brahim Haiouani à la contrebasse et Jean-Jacques Taïb aux saxophones, clarinette et taragote) démarre sur un cliché, dans “Sahara ” par exemple. 

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Jason Marsalis, sous l’objectif de Christophe Enault. D’autres photos sur son “Jazzbook”

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Et puis leur grande maîtrise musicale entraîne le chameau dans des palabres intérieurs pour parcourir une musique énergique et inventive, évocatrice, pleine d’un riche héritage réapproprié, réinventé, où l’improvisation mène au cœur du jazz. Et leur invité, Jason Marsalis, qui vient, lui, de la Nouvelle Orléans, entre directement dans cette même musique, sans aucun effort apparent. Comme pour bien signifier que la musique n’a pas de frontières à condition qu’elle soit véridique, qu’elle sorte du cœur et passe par des mains expertes. Ô jazz en est si persuadé qu’il va produire leur premier album*.

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Led Bellies (photo CE)

Dans la caravane, un puissant riff de guitare très rock a ensuite retenti. Après Mop’Meuchine qu’ô jazz avait programmé il y a plusieurs années, le quartet de Pascal Maupeu et Nicolas Le Moullec propose un autre revival, celui de Leadbelly. Un revival comme ils savent le faire, fidèle mais en même temps recherché, travaillé, personnalisé. Le batteur Colin Neveux n’y est pas pour rien. Magnifique évocation intelligente et très physique à la fois.

Et puis plus tard, sur la grande scène, Omar Sosa a commencé tout seul à triturer ses claviers. Une sono difficile ne l’aidait pas à démarrer, mais ses trois comparses ont arrangé l’affaire. Et la chaleur de Cuba s’est installée, Leandro Saint-Hill aux saxos, flûte et voix a modulé ses chansons chaloupées, des tcha tcha repris par le public. Ils sont au point, ils ont une énergie d’enfer, Omar ne peut s’empêcher de se lever et de danser, danser dans son grand vêtement blanc, silhouette magnifique qui brandit la musique comme élixir de jouvence. Et ça marche, c’est tellement évident. Parce que là aussi, la musique sort du cœur et se propage dans tout le corps au rythme de ses battements.

Et puis un vibraphone a clôturé la soirée, pas celui de Jason, mais celui de Renaud Detruit. Avec son ami Sepchat à l’accordéon, eux-aussi habitués d’ô’jazz, ce duo Fines lames confronte les deux instruments dans un duo très au point et rare, la puissance du frappé contre ou avec celle du soufflé. Belle conclusion pour une soirée de voyages musicaux.

L’Evêché voit vraiment passer des flamands roses, cette année !

Bernard Cassat

* Bon se souscription pour l’album – qui sortira en avril 2018 – sur le stand d’ô jazz ! à l’Evêché, à côté de la caravane.

Le programme complet de Jazz à l’Evêché, aujourd’hui et les jours suivants est consultable ici.

 

Commentaires

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  1. On en a vu effectivement de toutes les couleurs…musicales, avec néanmoins une baisse de température par rapport à la veille ! C’est vrai que la fête de la musique attire un public un peu plus “caliente” que celui des traditionnelles chaises longues de Jazz à l’évêché !
    United Colors of Méditerranée a l’art de conjuguer le jazz et la world et la fusion des deux est séduisante même si je ne suis pas sûr que Jason Marsalis soit indispensable à l’ensemble ! Ce dernier possède un énorme talent mais, comme ses frères, il serait mieux à sa place dans des formations plus “orthodoxes”.
    Led Bellies était pour moi inaudible mais il faut bien des interludes pour ceux que cette expression du blues ne rebute pas.
    Omar Sosa n’a pas soulevé la foule, comme Bonga la veille, mais sa musique est devenue si sophistiquée et la surcharge de sons qu’il déploie aux dépends de ses musiciens n’invitait pas à la danse ! Le public orléanais coincé dans ses chaises longues lui a fait une accueil a minima, comme sa prestation, alors que son potentiel est énorme et ses musiciens bourrés de talents ! Si tout avait du même tonneau que le dernier morceau de rappel, le concert aurait été magnifique et un peu moins racoleur (tcha, tcha,tcha…).
    Les Fines Lames ont été tout simplement formidables et le public, encore nombreux, ne s’est pas trompé jusqu’à ne pas voir minuit sonner…comme pour se nettoyer les oreilles avec des notes simples, chatoyantes, dans un répertoire sans œillères qui n’a pas besoin d’en rajouter pour plaire au public !

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