Sébastien Destremau, dernier du Vendée Globe : récit d’un voyage intérieur

Dans  « Seul au monde »  Sébastien Destremau, ne relate pas seulement l’histoire d’un type «plus régatier que marin», arrivé le 11 mars 2017 aux Sables- d’Olonne, après 124 jours de solitude en mer, le dernier du Vendée Globe. C’est surtout et avant tout, le récit d’une vie,  celle d’un homme à fleur de peau qui fut un enfant élevé à la dure  en conflit avec un père très, trop rigoureux,  d’un révolté contre l’injustice. Il a fait escale à Paris chez son éditeur XO le temps de l’interview qu’il nous a accordée.

Mag’Centre : Pourquoi vous être lancé dans le Vendée Globe  alors que  jusque- là vous  vous définissiez comme un régatier ?

Sébastien Destremau : Le moment était venu de me lancer ce défi. J’étais un régatier, un sprinter, quelqu’un de très connu dans ce domaine  mais pas un marin. J’ai arrêté ma carrière de sportif de haut niveau en 2010. Je  n’avais pas de problème pour amener un bateau d’un point A à un point B mais  jusque-là je n’avais jamais traversé l’Atlantique. C’était un moment de ma vie, le moment où je devais le tenter. Je sentais  le désir de cette aventure en moi et je suis très heureux, très fier de l’avoir menée jusqu’au bout, de ne pas, comme tant de gens  avoir une idée, un désir et de l’enterrer aussitôt par peur d’oser, des difficultés à le réaliser.

Certes mais pourquoi se dépouiller de tout comme vous le dites dans le livre ? Était-il nécessaire d’aller aussi loin et pas seulement dans la distance.

S.B. : J’ai 52 ans, cinq enfants et un bateau avec lequel j’ai fait le tour du monde. Pour participer à l’aventure du Vendée Globe, j’ai tour cédé, tout sacrifié, tout vendu. Aujourd’hui, je ne possède rien, ni carrière, ni chez-moi mais j’ai conquis le bien le plus précieux, du moins à mes yeux, ma liberté et je n’ai pas mis mes rêves de côté.

Pour conquérir sa liberté est-on pas obligé de faire le tour du monde ?

S.D. : Je l’ai fait pour l’énormité que le challenge représentait pour moi. J’ai le vertige mais je suis capable de me mettre au sommet d’une tour, face au vide, juste pour voir comment je réagis. J’ai toujours et encore peur de tomber à l’eau, peur de l’eau et j’étais au milieu de l’eau. Ma participation au Vendée Globe, c’était ça. Est-ce que je suis capable ? La préparation est loin d’avoir été un long fleuve tranquille.  Quatre ans de boulot, mais on a tout fait à l’arrache. Ça m’a fait marrer et ça continue à me faire marrer.

Pourtant  pendant ce périple vous ne vous êtes pas marré tous les jours ce fut même parfois le contraire…

S.B. : Les côtes cassées, les provisions qui s’épuisent ce n’est pas le plus dur. Ma terreur pendant ces 124 jours, 12heures et 38 minutes fut de ne pas terminer, de ne pas pouvoir terminer. Cette épée de Damoclès était sans cesse  suspendue au-dessus de ma tête.  On est seul en mer. Si vous vous retournez, vous n’êtes pas sûr qu’on vienne vous rechercher. Il n’y a pas d’équivalent sur terre du Vendée Globe sinon, peut-être, à venir,  un voyage dans l’espace en solitaire.  Dans les moments les plus durs, j’ai été aidé et même soutenu par la faculté que j’ai de me  dédoubler. Je me regarde faire, je prends une distance par rapport à l’avatar.

Enfant vous disiez aux vôtres. « Quand je serai grand, je vous épaterai, je vous en mettrai plein la gueule ». C’est fait, ce tour  du monde l’a fait ?

S.D. : Dans chaque famille, il y a des hauts et des bas. Mon histoire est celle d’un petit garçon, un chieur fini qui, parce qu’il est chieur prend des baffes et qui, parce qu’il prend des baffes, devient de plus en plus chieur. Et le petit gamin est tellement désolé de l’injustice qu’il ressent, qu’il se dit  oui,  « Vous verrez, quand je serai grand, je vous épaterai, je vous en mettrai plein la gueule ».  Mais de là-haut, je suis sûr que mon père, avec qui ce fut si difficile quand j’étais petit, me regarde. Peut-être même qu’il est étonné….  Et ma mère qui, à 85 ans, est venu m’accueillir aux Sables. « Fière ! Putain de merde !Fière », qu’elle m’a dit.  Et mon frère Hugues  « Bravo, frangin. Bon retour parmi les terreux ».

Pourtant comme vous approchiez des Sables-d’Olonne vous avez eu la tentation soudaine de continuer, de ne pas regagner le port. Pourquoi ?

S.D. : Après le cap Horn on rentre dans la civilisation, on n’est plus  seul. J’étais bien et un peu le roi du monde. Pour une fois j’étais bien quelque part et mon côté provoc reprenait le dessus. Cela n’a pas duré très longtemps, je ne suis jamais bien quelque part très longtemps.

Et maintenant, l’après Vendée globe ?

S.B. : C’est tout frais  même si le Vendée Globe est derrière moi. Je ne recommencerai pas. Je n’ai pas concouru pour gagner. Mon bateau ne pouvait pas. Je voulais terminer. Nous sommes partis 29. 18 sont arrivés. Ce qui serait beau c’est que les quatre frères Destremau, ensembles  s’attèlent à cette aventure.

Recueilli par Françoise Cariès

« Seul au monde », Sébastien Destremeau
Editions XO 260 pages 19,90 euros

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Le Vendée Globe

En mer, Destremau n’a pourtant pas ri tous les jours. «Soixante jours tout seul dans le Grand Sud, ce n’est pas une blague, tu n’es pas à côté de la maison, tu ne peux pas appeler maman comme ça !» plaisante-t-il. L’homme est un original, parti en mer sans musique, sans livre, sans photo, sans assez de nourriture (il avait prévu de boucler son périple en 110 jours)… mais avec des tongs. «Ça peut surprendre, mais j’avais oublié mes chaussures…» Il a, en revanche, pensé à remplir des cahiers. «Pas forcément pour en faire un bouquin, mais pour garder une trace de cette aventure, pour mes petits-enfants plus tard…» La famille, encore.

Une famille ressoudée ? 

En pleine mer, il pense à l’anniversaire de sa fille, Thiphaine, il lui écrit. «Tu sais peut-être que je fais le Vendée Globe […]. N’attends pas que je sois mort pour retrouver ton papa.» La magie a opéré. «C’est tellement grand un Vendée Globe que ça recolle des liens. Aujourd’hui, j’ai la satisfaction de me dire que mon aîné, qui refuse de me voir depuis douze ans, a suivi le Vendée Globe, a regardé, certaines nuits, où était son papa… Les relations ne sont pas encore normales mais on avance, une fête se prépare à Noël, mes enfants ont dit qu’ils viendraient. Si le résultat du tour du monde n’était que ça, ça valait largement le coup d’y aller !» Ses yeux brillent désormais. «Et quelle couche de fierté j’ai ajouté à l’histoire de ma famille (NDLR : son oncle est l’ancien tennisman Bernard Destremau, demi-finaliste à Roland-Garros en 1937). Désormais chez les Destremau, on peut se dire : Tiens j’ai un frère, un oncle, un cousin qui a fait le Vendée Globe.» Un papa, aussi.

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