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« Visages, Villages », un savoureux documentaire à quatre mains

La cinéaste  Agnès Varda a 89 ans et les assume sans faiblir. Le street-artiste JR, natif de Montreuil (Seine-Saint-Denis) en a 39. Leur rencontre était improbable. Pourtant elle a eu lieu eta donné naissance à un film sorti en salle ce mercredi 28 juin. Mathieu Chedid  en a écrit la musique. C’est un voyage poétique présenté au festival de Cannes en mai dernier où il a obtenu l’oeil d’or du meilleur documentaire et où il a conquis le cœur de la critique.

Agnès Varda etJR ont une passion commune dévorante: l’image. L’une est cinéaste. L’autre est photographe.  Agnès Varda voit de plus en plus mal,  JR se cache  derrière ses  lunettes de soleil noires. Pourtant, ensemble, ils ont un seul regard et parcourent la France dans le laboratoire mobile du photographe, en quête de rencontres authentiques.

Il n’y a pas à dire, ces deux-là se sont bien trouvés,  le couple que séparent 55ans et une trentaine de centimètres fonctionne. JR au volant, Agnès sur le siège passager, roulent sur des routes vicinales de plusieurs régions, à l’aventure, avec pour seuls guides leur inventivité et leur imagination. Ils découvrent des anonymes pleins de poésie et des êtres du quotidien  avec qui ils nouent des relations très fortes. A la veille de la sortie  en salle de « ce bonbon délicieux », objet composite, fruit d’une réflexion décousue sur le regard et qui construit au fur et à mesure son scénario, nous les avons rencontrés et ils se sont montrés très bavards.

Interview

Mag’Centre : Comment est né ce film ?

JR : La fille d’Agnès, Rosalie, m’a fait savoir que ce serait bien qu’on se rencontre. Je suis allé voir Agnès rue Daguerre où elle habite. On s’est revu le lendemain et le surlendemain à l’heure du goûter.

Agnès Varda : J’ai fait quelques portraits de lui et j’ai vite compris qu’il n’enlèverait pas ses lunettes et que nous allions faire quelque chose ensemble bien que ni lui ni moi n’ayons jamais coréalisé un film. Il m’a semblé évident que sa pratique de représenter les gens agrandis sur les murs, valorisés par la taille et ma pratique de les écouter et de mettre leurs propos en valeur allait donner quelque chose.

Mag’Centre : JR était jusqu’ici un artiste urbain. Comment vous est venue l’idée d’explorer la campagne ?

A.V. : C’est moi qui ai voulu le sortir des villes parce que j’aime beaucoup la campagne. Très vite l’idée des villages est arrivée et on est parti avec son camion photographique et magique qui est le personnage central du film, l’acteur toujours en représentation.

Ce film est un voyage à travers la France. Aviez-vous déterminé un itinéraire ?

Agnès Varda

A.V. : Chacun de nous avait des contacts quelque part dans un village. Donc on allait voir. Comme toujours dans le documentaire, parce que j’en ai beaucoup fait, on a une idée, et très vite, le hasard, les rencontres, les contacts font que tout à coup, cela change. Nous avons engagé le hasard comme assistant.

JR : On engage aussi la vie puisque le film est l’histoire de notre rencontre, de notre travail en duo, de notre décision  de faire un long-métrage.

Vous voyagez à travers la France mais aussi  dans la mémoire intime et collective ?

A.V. : Dès qu’on rencontrait des gens JR imaginait tout de suite ce qu’on pouvait faire avec eux. J’aime sa rapidité.

JR : Agnès  sait interviewer les gens, les faire se révéler. Cela me captivait de la voir mener ces conversations. On a entendu des paroles fortes et les gens sont bienveillants. Tous  ceux que nous avons rencontrés nous ont appris quelque chose et c’est réciproque.  D’un personnage à l’autre, d’une idée à l’autre, le film est un collage.

Vous avez donné la parole aux femmes sur les docks du Havre. Etais-ce une idée commune ?

JR : C’était l’idée d’Agnès. Quand je lui ai  montré les photos des dockers du Havre, elle a dit, « mais où sont les femmes ? » Elles n’étaient jamais venues. Ce fut l’occasion.

A.V. : Ce sont trois femmes intéressantes qui avaient des choses à dire. Ca me faisait plaisir qu’elles se trouvent mises en valeur. On a été aidé par les dockers qui ont mis à disposition d’énormes containers comme un jeu de Lego pour créer des totems. Il faut les voir c’est mieux que d’en parler.

Votre film est apaisant.  A une actualité revigorante vous ajoutez des souvenirs et des hommages à des gens connus et que vous avez connus. Pourquoi ?

A.V. : Les évoquer  c’est les replacer  dans le présent. C’est le résultat qui est présent.

JR : On a tourné dans un village abandonné. Il y avait un passé dans ce lieu mais avec notre camion à images on a fait une fête avec les gens du coin. C’était le présent.

Comment s’est déroulé le tournage ?

A.V. : On faisait un ou deux déplacements et puis on s’arrêtait parce que je n’ai plus la force de tourner huit semaines d’affilée. On a tourné 2 à 4 jours par mois.

JR : Ca fonctionnait bien. Cela nous permettait de  décanter, de réfléchir, de voir où ça nous amenait. On commençait le montage. On parlait pendant des heures pour savoir où nous allions aller.

La fin est surprenante, en fait elle révèle le fils rouge du film, le scénario…

A.V. : C’est une surprise que nous avons vécu et que je ne souhaite pas commenter. On a regardé le Lac Léman  et c’est là qu’on a quitté le film.

Recueilli par F.C. à la fondation Cartier

« Visages, Villages » au Cinéma Les Cames

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