Lorient, au passé présent

Depuis le 3 juillet, Lorient n’est plus qu’à 3h de Paris. De quoi propulser la ville en destination culturelle phare. Il fait bon y arpenter la rade et l’ancienne base de sous-marins allemands transformée en une très active cité de la voile. Un lieu unique où histoire avec un grand H, course au grand large et technologies de pointe font bon ménage.

La cité de la voile ®y.zedda

Par Bénédicte de Valicourt

Devoir de mémoire à l’ancienne base des sous-marins allemands

Les 3 gigantesques blocs se dressent encore immuables et gigantesques au bord du fleuve Scorff, sous leurs tonnes de béton armé délavé par la pluie. Témoins impressionnants et plus que jamais debout d’un passé révolu qui a vu Lorient devenir l’un des points clés de la bataille de l’Atlantique. De 18 à 20 mètres de haut et de 120 à 138 mètres de long, ils pouvaient accueillir plus de vingt-cinq sous-marins. Une ville dans la ville, construite en un temps record, sur l’ordre du vice-amiral Dönitz, à la tête de la flotte sous-marine allemande. Il avait choisi Lorient pour édifier l’une des plus grands bases de la Côte Atlantique, en lieu et place de l’arsenal sur la pointe de Keroman. 

Aujourd’hui, de loin, ils semblent bien vides. Et pourtant un pôle course au large et plus de 200 entreprises liées au nautisme et à la mer se sont installées dans les bunkers, depuis le départ en 1995 de la Marine Nationale qui a occupé le site dès 1945. Tout ce petit monde cohabite en bon entendement avec les touristes qui viennent visiter ce lieu patrimonial d’envergure internationale où il n’est pas rare non plus de croiser l’un des 90 skippers de renom des équipes internationales qui sont sur place, comme la  Volvo Océan Race. Il y aussi trois musées et des pontons sur lesquels sont amarrées les « formules 1 » de la mer du pôle de course au large. A côté presque modeste, amarré en face de la cité de la voile Eric Tabarly, son premier Pen Duick.

La base des sous-marins ©BDV

Mais le plus impressionnant ici reste la visite du bloc K3, le plus vaste des 3 blocs, doté de sept bassins à flot pouvant accueillir treize sous-marins. Ses portes de six mètres de large et de douze mètres de haut  se ferment en 20 minutes avec un moteur électrique. En 1943, il a été bombardé quotidiennement sans le moindre dommage grâce à sa double toiture de 7,50 m en béton armé, munie de poutres anti-déflagration. Une rue transversale dont on ne distingue dans la nuit épaisse ni le bout, ni le plafond à 20 mètres de hauteur, dessert les ateliers et les trois étages où s’était installée l’administration de la base allemande. En face, des alvéoles dans lesquelles sont amarrés des bateaux. On ne sait pas très bien où l’on est tellement c’est sombre et immense. Le guide pousse une porte pour nous montrer un atelier de batterie. Puis nous grimpons des escaliers en béton jusqu’au toit, avant de passer sur une terrasse par des couloirs déglingués. De ce point insolite, vue imprenable sur le port de pêche tout proche. Mais il faut redescendre au rez-de-chaussée ou sur terre on ne sait plus très bien, sonnés par cette curieuse plongée dans l’histoire qui se court-circuite avec celles de ces entreprises qui se sont coulés dans ces lieux chargés d’histoire, qui bizarrement n’ont jamais été abandonnés. 

La tête sous l’eau

®Y.Zedda

Un peu plus loin sur la jetée face aux pontons, un sous-marin noir digne des meilleurs films de la guerre froide, brille au soleil et nous tend les bras. 

Le Flore ®y.zedda

Il sort du bloc K2, sept alvéoles sur 120 mètres de long fermés par un toit de béton de 3,5 mètres qui servait aux allemands de garage pour les sous-marins. Il a été transformé en un impressionnant musée interactif qui retrace l’histoire de Lorient et de la vie à bord d’un Vulcain. On passe de la salle de propulsion aux centrales opérations, plongés dans les profondeurs de l’Océan. Et on achève la visite dans le Flore, un sous-marin de la Marine nationale type daphné de 800 tonnes. « La France en a eu 11 de ce type, qui ont servi de 1964 et 1989, d’outil de

Le Flore ®y.zedda

renseignement, explique le guide.  50 à 60 personnes vivaient à bord pour des missions d’un mois ». Inimaginable au vu de  l’étroitesse des lieux où seul le commandant et son second bénéficiaient d’une minuscule cabine. Les autres devaient partager leurs couchettes avec deux autres comparses tous les 8 heures. Il n’y avait pas non plus de dessalinisateur ce qui obligeait à charger à bord 14 tonnes d’eau douce. « Les marins avaient à peine un demi litre d’eau par jour pour leur toilette, ajoute le guide. Avec au menu pâté Henaff, crème Mont blanc, légumes et viandes ». A tester lors des diners pour 16 convives organisés trois fois par an sur réservation dans le Flore, en compagnie d’authentiques anciens sous-mariniers.

Plongée dans le grand large

La cité de la mer Eric Tabarly ®Y.Zedda

Mais il est temps de rejoindre la Cité de la voile Eric Tabarly, sise dans un bâtiment contemporain,  à l’entrée de la base. Une plongée dans la course au large, au cours de laquelle on peut tester ses capacités de « voileux » et son pied marin à la barre d’un bateau de compétition dans le simulateur, avec embruns en prime. Ici, on peut également manœuvrer des bateaux miniatures sur un grand bassin ou visiter en se baissant une reproduction de l’intérieur du Pen Duick d’Eric Tabarly. En face de la table à carte, une selle de Harvey Davidson, servait de siège à ce grand marin, dont le génie a consisté à construire un des bateaux les plus légers de l’époque (1964).

Et aussi

Grande histoire à la citadelle de Port Louis

La Citadelle Port Louis ©LBST

Port Louis, à quelques encablures de Lorient, c’est un ancien  port de pêche de 2980 habitants, à la plage fort appréciée, sur lequel se dresse une citadelle (1590-1637) qui commandait l’entrée de la rade de Lorient. Imposante avec son plan rectangulaire bastionné aux angles, elle abrite aujourd’hui le passionnant musée de la Compagnie des Indes, à qui l’on doit la fondation de Lorient. Pour s’y rendre, on prend le bateau bus qui relie le centre de Lorient à Locmiquélic en un quart d’heure au tarif imbattable de 1,45 euros. Au passage vue imprenable sur la rade. Pour en savoir plus sur la Compagnie des Indes, il est également possible de visiter l’ancien enclos de la Compagnie des Indes où l’hôtel des ventes, dessiné par Gabriel en 1740 a été reconstruit dans le style original. C’est au centre-ville.   

Poissons à la criée

Lorient, 65 000 habitants et 130 bateaux de pêche, dont la flotte d’Intermarché, est bien plus qu’une ville reconstruite après la guerre. Il suffit pour s’en persuader de trainer le matin très tôt dans l’immense criée, plus de 600 mètres de long, du port de pêche, numéro deux français après Boulogne et  premier port de pêche français en valeur, à deux pas de la base des sous-marins de Keroman. Mieux vaut pour y comprendre quelque chose être initié, ou accompagné par un guide lors des visites guidées.

Parfum de grand large sur l’île de Groix

L’enthousiasme de Jean-Louis Fargeot, restaurateur à Loctudy (le bourg) et Patrick Saigot, des fumaisons de l’île de Groix, une nouvelle entreprise qui s’est installé à port Tudy en face de l’arrivée des ferries (4 à 8 rotations quotidiennes), fait plaisir à voir. Comme les mulets et autres poissons de roche fumés pêchés à Groix ou par les bateaux de pêche des ports des environs qu’ils servent sur leur terrasse en bois au-dessus de l’entreprise. Mais il est temps de repartir pour une balade sur les 50 kilomètres de sentiers qui font le tour de l’île. Direction Port Lay, la pointe des chats et la réserve naturelle de François-Le Bail, créé pour protéger les 60 espèces de minéraux de l’île, une richesse exceptionnelle à découvrir avec un guide à la Maison de la réserve. Bien aussi : une pause sur la plage des Grands-sables, unique plage convexe d’Europe, avec sa forme d’éperon qui s’avance dans la mer.

Sans faire de vague au centre nautique de Kerguelen (CNK)

Ici, depuis 1991, entre la plage de Kerguelen et les coureaux de Groix, des flopés d’enfants et d’adultes viennent tirer leurs premiers bords  à la voile, en kayak de mer, en paddle ou planche à voile. On peut aussi s’y initier à la marche nautique ou à d’autres sports aquatiques. Que du bonheur. 

Burger de la mer aux Mouettes

Sur la plage de Kerguelen, attablé à la terrasse de l’hôtel des Mouettes, une ancienne épicerie-camping  créé par la grand-mère de l’actuel propriétaire, on est à peine à 5 kilomètres de Lorient, mais déjà ailleurs. Au menu burger de la mer au homard ou pêche locale au jus de viande. Et pour le dessert balade sous le cri des mouettes, sur les 20 kilomètres de plage en direction de la villa Margaret sur le port de plaisance de Kernevel, un paisible bistrot établi dans une splendide maison de la fin du 18e siècle.

Bénédicte de Valicourt

Pratique

Y aller

TGV Paris/Lorient à partir de 45 euros

Y dormir

-Best western plus, Les rives du Ter. A Larmor plage ; www.lesrivesduter.com

-Hôtel l’Escale à port Tudy à Groix. Tél. : 02 97 86 80 04

Y manger

-La Base : terrasse plein ouest avec vue sur les pontons pour ce bar restaurant très couru en plein cœur de la base des sous-marins. www.labase-lorient.com

-Hôtel-restaurant des Mouettes Larmor plage. Tél. :02 97 65 50 30.

-Henri et Joseph : restaurant une étoile à Lorient www.henrietjoseph.fr

  www.lorientbretagnesudtourisme.fr

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