Ambiance à l’Assemblée Nationale !

Le bizutage est d’autant plus cruel qu’il se déroule sous les feux de l’actualité et l’œil des média . « On se croirait dans une émission de téléréalité, ils suivent un chauffeur de salle qui leur dit d’applaudir quand quelqu’un de la majorité s’exprime » s’amusait mercredi l’élu FN, Gilbert Collard en parlant de ses collègues LREM. Le même jour le porte-parole des Républicains, Guillaume Larrivé, lui emboitait le pas : « Ce sont des députés parfois intéressants individuellement mais qui se fondent dans un collectif panurgique ».

Ambiance quand  Pierre-Henri Dumont (LR)  s’écrie : « A l’Assemblée, il y a des choses à savoir, la prise en compte de l’opposition en fait partie ». Ambiance encore quand Richard Ferrand, le patron des LREM apostrophe publiquement la présidente LREM de la commission des lois, Yaël Braun-Pivet : «  Ça flotte !  Quand tu ne sais pas quelle est la procédure, ne fais rien, tu ne peux pas faire n’importe quoi ! ».

Depuis lundi les incidents de ce type se multiplient, épinglés d’abord avec plaisir puis avec lassitude par l’opposition. Ce vendredi, voulant avancer, la socialiste Delphine Batho s’est écrié : « La majorité n’est pas dirigée. Où sont les chefs ? » 

Danielle Brulebois

Remarque prolongée par le député communiste André Chassaigne : « Le chef de file LREM n’intervient quasiment jamais en séance, alors que les occasions sont multiples. La mosaïque du groupe nécessiterait un timonier fixant le cap mais jouant aussi sur les vents contraires ». L’absence répétée, notamment jeudi de François de Rugy, ancien député Vert passé à LREM devenu président de l’Assemblée nationale a également été pointée. Une vice-présidente, Carole Bureau-Bonnard (LREM) qui le remplaçait mercredi, et une autre Danielle Brulebois (LREM) à qui un administrateur a dû murmurer à l’oreille mais pas à l’abri des micros ce qu’elle devait faire face à des parlementaires déchainés ont été copieusement brocardées.

Le désarroi monte au sein de LERM en même temps qu’un vent de fronde, encore un alizé mais qui, alimenté par de nouvelles polémiques, pourrait tourner à la fronde. L’examen de la réserve parlementaire d’environ 130 millions d’euros en a montré les prémices. Elle garde des partisans au groupe LREM, dont des jeunes élus  voient en elle un lien avec leur territoire. Une autre faille dans la majorité est  apparue mardi lors d’un vote pour ouvrir partiellement le « verrou de Bercy ». Contre l’avis de la ministre et de la rapporteure (LREM) Yaël Braun-Pivet, 12 députés LREM ont voté pour et 10 se sont abstenus. Les MoDem se sont aussi prononcés pour, faisant entendre leur voix comme sur d’autres sujets chers à l’ex-garde des Sceaux François Bayrou.

Sous le couvert de l’anonymat un élu LREM, transfuge du PS s’est aventuré à dire « il y en a qui ne s’attendaient pas du tout à ce qu’ils ont découverts ». La soirée de jeudi a été particulièrement houleuse après le décompte d’un vote à main levé contesté qui a provoqué  le départ des Insoumis  dans le sillage de Jean-Luc Mélenchon, puis une confusion générale après que la majorité ait supprimé par erreur un article pour élargir les vérifications fiscales des membres du gouvernement, mesure pourtant validée en commission. Les LR ont donné de la voix et pointé eux aussi me

Difficile consensus

Au bout d’une semaine chaotique dans l’hémicycle, l’Assemblée nationale doit théoriquement achever vendredi l’examen des projets de loi de moralisation de la vie publique. Cahin-caha, l’examen du texte a repris grâce à des appels des responsables de groupes à  «  l’apaisement » pour éviter  « ridicule et mauvaise image».

Christophe Castaner

Signe d’une volonté gouvernementale de reprendre le contrôle sur ces réformes de début du quinquennat d’Emmanuel Macron, voulus emblématiques, le secrétaire d’Etat aux Relations avec le Parlement, Christophe Castaner, a fait une apparition au Palais Bourbon au côté de la garde des Sceaux Nicole Belloubet.

Plus de 900 amendements ont été déposés, dont la moitié restait à examiner vendredi. Les principales mesures ont peu évolué par rapport à la version initiale du gouvernement. Après l’interdiction de l’emploi de collaborateurs familiaux et la fin de l’enveloppe pour frais de mandat, déjà votées, les députés vont débattre des incompatibilités du mandat parlementaire avec l’activité de conseil, et de la suppression de la réserve allouée aux députés et sénateurs pour des subventions.

Muriel Pénicaud

« Confiance dans la vie publique », titre des projets de loi, n’a pas avancé « d’un seul mètre » constate Jean-Luc Mélenchon. Olivier Faure, président du groupe Nouvelle Gauche,  juge  le bilan  de ces débats « très décevant. Cette majorité est devenue le principal frein au changement avec un double langage ».La gauche de la gauche  estime aussi contradictoires l’objectif de moralisation et les révélations sur la ministre du Travail Muriel Pénicaud et sa plus-value boursière de plus d’un million d’euros lorsqu’elle était DRH de Danone, après l’annonce de centaines de suppressions d’emplois.

Les deux projets de loi (ordinaire et organique) doivent être validés dans la foulée de cette première lecture, sans vote solennel. Assemblée et Sénat tenteront mardi de s’accorder sur une version commune, ce qui permettrait une adoption définitive avant la fin de la session jeudi soir, comme le souhaitait l’exécutif. Sinon, ces textes reviendront en session ordinaire, en octobre.

F.C.

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