Rétro: “La cantatrice chauve” qui rit !

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Date initiale de publication: 3 décembre 2016

> Cette pièce d’Eugène Ionesco est une sorte de monument du théâtre français: mis en scène  une première fois par Nicolas Bataille en 1950, le public reçut fraichement  cet éloge de l’absurde (édité alors par le collège de Pataphysique) et la critique ne trouva pas ça drôle du tout avec ce commentaire sans appel « En attendant, ils font perdre des spectateurs au théâtre ! ». Après diverses tentatives, le même Nicolas Bataille remonta la pièce, grâce à l’aide du cinéaste Louis Malle, au printemps 1957 dans la petite salle du théâtre de la Huchette (une centaine de places) à Paris où la pièce… est toujours jouée après plus de 18.000 représentations…

cado

Romane Bohringer / Stéphan Wojtowicz “La Cantatrice chauve” CADO

Alors que reste-t-il de cette “anti-pièce” iconoclaste devenue symbole de la provocation théâtrale? La mise en scène de Pierre Pradinas pour le CADO choisit le parti d’en rire: en artificialisant le décor devenu une bonbonnière intemporelle, la pièce semble retrouver un théâtre de boulevard au second degré auquel s’ajoute la surenchère hystérisée du jeu d’une Mme Smith en nuisette (Romane Bohringer) et la pantomime Villeresque de son conjoint M. Smith. Alors on rit beaucoup de ce texte déjanté, même si M & Mme Martin ne sont pas vraiment à la hauteur de leurs interlocuteurs, les codes stéréotypés du vaudeville imposent un temps leur registre comique tant ils sont intégrés à notre culture scénique. On est ainsi très loin de la dramaturgie originale, froide et inquiétante qui nous percutait au Théâtre de la Huchette dans les années soixante (voir l’extrait INA).

Mais la force du texte de Ionesco finit par prendre le dessus, l’angoisse suscitée par cette implosion de la fonction langagière, par ces dialogues dont les mots devenus vides, n’ont plus qu’une fonction d’échange ritualisé, gagne le public dont le rire devient plus nerveux. L’apparition du pompier de service n’éteindra pas le feu de l’incommunicabilité envahissant les relations entre les personnages qui comme le temps de l’horloge, perdent le sens du récit, jusqu’à une apothéose verbale délirante où le son n’a plus de sens…

Alors, même si le public reste plutôt froid en fin de représentation, courez rendre visite à cette Cantatrice Chauve dont vous apprendrez qu’elle “se coiffe toujours de la même façon”, tant la pièce de Ionesco reste un monument surpassant cette mise en scène qui par ses excès même, rend  son propos jubilatoire et contemporain.

Gérard Poitou

La cantatrice chauve

d’Eugène Ionesco, mise en scène Pierre Pradinas
avec Romane Bohringer, Christophe Garcia / Thierry Gimenez, Julie Lerat-Gersant, Aliénor Marcadé-Séchan, Matthieu Rozé, Stéphan Wojtowicz

CADO Théâtre d’Orléans boulevard Pierre Ségelle 45000 Orléans 02 38 54 29 29

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