Loir-et-Cher : qui prendra l’ascenseur pour l’échafaud ?

Ça chauffe en Loir-et-Cher ! Par médias interposés – presse quotidienne et réseaux sociaux – on n’en finit plus de solder les comptes et résultats des élections sénatoriales dans le département. Surtout à gauche. 

Pour mémoire – car bien peu de gens ont suivi les affaires, peut-être un peu « lassés » de la politique cette année ? – dimanche 24 septembre dernier Jacqueline Gourault sénatrice sortante a été réélue au premier tour. Au second, c’est Jean-Marie Janssens (UDI), ex-maire de Montrichard et conseiller départemental qui l’a emporté sur Jeanny Lorgeoux, sénateur-maire de Romorantin. Ce dernier s’était initialement présenté sous l’étiquette PS, avec l’investiture officielle, avant, fin juillet, d’annoncer son ralliement à La République en Marche, qui lui a apporté son soutien. Sanction immédiate des progressistes-humanistes du PS départemental : exclu du parti, voué aux gémonies. Dans l’entre-deux tour des sénatoriales, le maintien des candidatures de Marylène de Rul (candidate PS investie en quatrième vitesse) et de Gildas Vieira (candidat indépendant, un temps En Marche ! et membre de la majorité municipale de Marc Gricourt) a probablement / sûrement / certainement (rayez les mentions inutiles selon votre choix) pris des voix au sénateur Lorgeoux, entrainant son inexorable défaite, de 30 voix.

J. Lorgeoux et M. Gricourt, lors des sénatoriales en septembre 2011, du temps où ils étaient amis. Mais ça, c’était avant.

De là à ce que le seigneur du Romorantinais se répande chez nos confrères de la Nouvelle République, il n’y avait qu’un pas, franchi mardi 10 octobre : « J’ai fait l’objet d’une double vengeance » crie-t-il, animal blessé, visant notamment Maurice Leroy qu’il avait battu 7 ans auparavant, et qui se serait vengé en faisant élire son poulain Janssens. Comme chacun sait, c’est quand les grands fauves sont blessés qu’ils sont le plus dangereux. En matière de safari, on peut faire confiance à l’ex sénateur de Loir-et-Cher qui en connaît un rayon. Quand la NR lui demande s’il « regrette le soutien de LREM », il rétorque : « Non, je ne le regrette pas. Je remarque que M. Gricourt a M. Gildas Vieira comme maire adjoint et qu’il se réclamait du macronisme. L’a-t-il dégagé pour manque de loyauté ? Il a des adjoints communistes, écologistes. Tout ça a été une exécution préméditée. Mais j’ai observé dans l’histoire que les exécuteurs finissaient toujours sur l’échafaud ». Et un peu plus loin : « M. le Maire de Blois a laissé trois de ses composantes se présenter contre moi : pour, au premier tour, m’affaiblir et, au deuxième tour, m’exécuter en les maintenant. La gauche est prioritairement coupable de mon exécution politique. C’est bien une préméditation ». Ambiance. Comme disait le grand penseur Thierry Rolland : « Ils ne passeront pas leurs vacances ensemble ».

Un nouveau monde ?

Il n’en fallait pas plus pour que Marc Gricourt, qui a dû ruminer ces histoires pas très gaies d’exécution et d’échafaud toute la nuit, se fende au petit matin blême du mercredi 11 octobre (mais bien après le passage du bourreau, généralement avant l’aube…), d’un communiqué vengeur. Morceaux choisis : « Promettre l’échafaud à un collègue maire quand on a soutenu le président Mitterrand et le sénateur ancien Garde des Sceaux Badinter révèle une amertume qui se transforme en aigreur et le besoin de trouver des boucs émissaires qui sont toujours plus faciles à désigner qu’un long travail d’introspection sur les causes de sa défaite. (…) M. Lorgeoux me prête des habitudes qui sont peut-être les siennes mais je n’instrumentalise ni ne manipule les femmes et les hommes qui m’entourent au sein de mon conseil municipal et qui sont tous en mesure d’exprimer leur liberté dès lors qu’elle ne porte pas atteinte au contrat de majorité municipale qui nous lie. (…) M. Lorgeoux considérait donc représenter les socialistes, les communistes, enfin tout le monde ? Et cela aurait justifié un renoncement de tous à concourir sous leur étiquette ? Étrange conception de la démocratie, mais c’est peut-être cela le nouveau monde… ». C’est toujours l’effet que ça fait quand on découvre que d’autres mondes sont possibles…

“Il faut que tout change pour que rien ne change”

En matière d’ascenseur, le maire de Blois s’y connait, mais lui son truc c’est plutôt l’ascenseur social, en témoigne la table ronde à laquelle il a participé sur ce thème lors des Rendez-vous de l’histoire de Blois, dimanche 8 octobre dernier, avec une autre spécialiste de ce type de monte-charge, l’ex ministre de l’Éducation nationale Najat Vallaud-Belkacem. Cette dernière a désormais du temps libre pour écrire, elle est l’auteur d’un livre sorti récemment : La vie a plus d’imagination que toi chez Grasset.

Plus d’imagination, c’est ce que les citoyens aimeraient voir désormais dans le « monde politique », qui vient, rappelons-le, de prendre un sacré coup de pied où l’on pense en mai et juin dernier, mais semble-t-il ils n’ont pas encore compris la leçon. La joute verbale entre le marquis de Patatras et le baron de Noblecourt laisse à penser qu’il faut que « tout change pour que rien ne change », hélas ! Trois fois hélas ! Pour notre part, nous nous garderons bien d’en donner – les médias ne sont pas en odeur de sainteté, ni auprès des politiques, ni auprès des citoyens, ni entre eux-mêmes parfois, et il est hautement probable que la charge ci-devant suscite des commentaires acides des duellistes… Nous ferons donc appel à François-René de Châteaubriand, dont nous méditons souvent cette petite phrase, tout en écoutant Miles Davis en bande-son d’Ascenseur pour l’échafaud, de Louis Malle. « En ces temps difficiles, il convient d’accorder notre mépris avec parcimonie, tant sont nombreux les nécessiteux ». Messieurs les bretteurs, vous avez quatre heures, et autant de feuilles de brouillon que vous voudrez !

 Lucien Jondrette.

 

Commentaires

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  1. C’est proprement excellent et cet article vient encore du Petit Solognot! Où allez vous chercher ces « Plumes » ?
    Vous êtes de très fins observateurs et analystes dont nombre de vos confrères devraient prendre exemple.
    Encore une fois excellent… pour le fun, peut-être pourriez vous faure le même exercice sur la Droite (en général) local… il y a matière aussi.

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