Orléans : les passions s’exacerbent autour de la halle Charpenterie

La ville rachète pour 7,5 millions d’euros le bâtiment de verre de la place de Loire : certains y voient un cadeau au promoteur Casino et un grand gâchis financier.

La Charpenterie, plombée par la fermeture de Passion culture.

Depuis plusieurs semaines, les spéculations allaient bon train sur l’avenir de l’ancienne librairie Passion Culture fermée en août 2016 : salle de sports, restaurant, activité culturelle ? La réponse n’est pas encore apportée même si la décision de la ville de racheter cette halle de 10.000 m² va permettre d’éviter que cette « friche » ne soit ouverte à une enseigne « mal intentionnée »…

C’est discrètement au cours du dernier conseil municipal le 16 octobre, et au détour d’une banale communication financière, que la ville a annoncé sa décision. Pas un rachat direct mais indirect via une augmentation de capital de 600.000 euros à la SEMPAT (Société d’économie mixte patrimoniale) qui va racheter (pour environ 7,5 millions) la halle qui outre la friche Passion culture accueille encore trois enseignes de restauration : Garden Ice, Délirium café et O terroir !.

Cabu (ici à Orléans à Passion culture) était venu signer à Passion culture comme bon nombre d’écrivains et d’artistes.

Il s’agit presque d’un retour aux sources puisque c’est la ville du temps de Jean-Pierre Sueur qui a construit cette halle pour 3 millions d’euros avant de la revendre pour 1,4 million, il y a juste 10 ans. L’opposition s’est naturellement emparée de cette affaire s’étonnant que l’on municipalise les affaires en panne. « Un fiasco financier, une décision incompréhensible » s’est exclamée Corinne Leveleux-Texeira, la cheffe de file des socialistes. « Mais s’il y a fiasco financier c’est plutôt à l’origine du projet », rappelle le maire Olivier Carré qui renvoie ainsi la balle dans les pieds de son prédécesseur Jean-Pierre Sueur. L’ancien maire socialiste avait en effet construit cette halle pour loger le marché alimentaire qui était accueilli sous les « champignons » et sous une dalle. Le temps des travaux, les maraîchers avaient été, à contrecœur, transplantés Quai du Roi. Mais après avoir joué la fine bouche, ils déclaraient finalement être confortablement installés le site ligérien et ne voulaient plus revenir en centre ville.

Jean-Pierre Sueur

Ce renvoi de balle n’a pas été apprécié par Jean Pierre Sueur qui dénonce des « affirmations strictement contraires à la vérité » et « des contrevérités grossières », en rappelant que « ce bâtiment a été conçu en lien très étroit avec les usagers des halles et leur président (…) à l’époque les usagers des halles étaient unanimement hostiles à un déplacement du marché au Quai du Roi et qu’ils voulaient que ce déplacement fût le plus court possible afin de revenir rapidement sur le carreau de la Charpenterie (…)”

Une opération rentable ?

Sylvie Champagne.

Pas de fiasco financier pour la ville mais une opération commerciale classique et qui plus est permettra de choisir une enseigne attractive sans qu’elle soit imposée par un promoteur. Le prix de vente de la halle aurait été fixé en tenant compte des travaux intérieurs réalisés par Casino mais aussi par Passion Culture et sur une prévision de rentabilité de 5% par an (400.000 euros/an de loyers) permettant un amortissement de l’investissement sur 15 ans. Les trois restaurants continuent en effet leur activité tandis qu’une nouvelle enseigne du « secteur culturel marchand » (Cultura Leclerc ?) est annoncée après que la ville a refusé qu’une salle de sports s’installe. La nouvelle enseigne bénéficiera cependant d’un loyer modéré à son installation pour permettre un démarrage en douceur. C’est ce qui avait été aussi promis à Sylvie Champagne la gérante de la librairie Passion Culture qui à l’issue d’un long bras de fer avec le groupe Casino fermait ses portes le 30 août 2016 malgré une pétition signée par 10 000 personnes…

Sylvie Champagne avait pourtant créé une vraie entreprise avec 12 salariés, et avait investi 900.000 euros dans 1.600 m² de surface ce qui en faisait une des plus grandes librairies indépendantes de France. Mais même avec cette taille, impossible d’absorber un loyer annuel de 242.000 euros.

Geoffroy Guicharrd, le fondateur du groupe Casino, dans les vestiaire du stade éponyme.

Dans cette affaire, certains s’interrogent sur l’attitude du groupe Casino – plus promoteur que commerçant – et sur sa conception de l’intérêt général (promotion immobilière et intérêt général : un oxymore ?) en appliquant des loyers jugés prohibitifs par l’ancienne gérante de Passion Culture comme par les autres commerçants de la rue des Halles. Certains dénonçant ces loyers prohibitifs sont déjà partis, d’autres sont en difficultés, tous attendent une véritable relance. Celle ci viendra-t-elle d’une nouvelle « locomotive culturelle » capable de tirer cette rue des Halles vantée lors de son lancement « comme le renouveau commercial du centre historique d’Orléans » ?

 J-J.T.

 

 

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