Les couleurs de l’Aube

Choisissez votre palette. Au choix : l’ocre, voire les teintes bigarrées, des maisons à pans de bois de Troyes ; les bleus des trois lacs de la Forêt d’Orient ; les dégradés de vert des vignes champenoises de la côte des Bars et des versants boisés ; ou encore les bronzes chers à Camille Claudel du côté de Nogent-sur-Seine.

Les typiques maisons à pans de bois dans le centre historique de Troyes © YH

À Troyes, la ville chef-lieu du département de l’Aube, de superbes maisons à pans de bois invitent à la déambulation. Le bel ocre traditionnel règne en maître dans le cœur historique, mais – surprise – à proximité, il est concurrencé, rue Emile Zola, par des couleurs relevées qui donnent un air de fête à la cité.

Il faut pousser une discrète porte de l’artère commerciale pour dénicher un petit trésor architectural, la cour de l’hôtel du Lion noir orné d’un rare escalier extérieur en bois et en colimaçon datant du XVIe siècle et restauré avec soin.

La balade se poursuit dans le quartier Saint-Jean. Nous saluons la pittoresque et étroite ruelle des Chats, que les félins traversaient en sautant d’un toit à l’autre, avant de rejoindre l’église de la Madeleine. La plus ancienne église de la ville donne le loisir d’admirer un spectaculaire jubé, mêlant les styles renaissance et gothique flamboyant, réalisé par Jean Gailde entre 1508 et 1515. Les vitraux du chœur aux couleurs éclatantes retiennent également l’attention.

Plus loin, un cœur géant de 3,5 mètres de hauteur s’expose comme le nouvel emblème de Troyes. À la nuit tombée, il s’habille de lumières rouges. Comme si  la capitale de l’Aube voulait retenir les adeptes du shopping. Qu’on se le dise, les magasins de marque ne constituent pas le seul patrimoine local !

Bleu, blond, gris

Thierry Lacombe, moniteur de pêche, sur le lac d’Amance © YH

Changement de décor, le lendemain. Nous nous initions à la pêche au leurre sur le lac d’Amance, l’un des lacs-réservoirs du département destinés à réguler le cours de la Seine, en compagnie d’un expert, Thierry Lacombe. L’ancien garde mobile a démarré une seconde vie nettement plus paisible de moniteur de pêche. Nous avons mis toutes les chances de notre côté puisque notre petite embarcation est équipée d’un échosondeur capable de détecter les bancs de poissons. « Il y a des sandres et des perches dans le coin », assure notre guide. Mais pas de chance, ça ne se décide pas à mordre. Nous replions bientôt tous piteusement nos cannes.

Le moulin à vent de Dosches ©YH

C’est finalement une novice, Marine, l’attachée de presse, qui sort le gros lot, un brochet de plus d’un mètre de long. À faire pâlir de jalousie les pros de la presse halieutique !  On se doit d’arroser dignement l’événement, forcément avec une coupe de champagne de la côte des Bars, la partie méridionale et auboise du fameux vignoble.

L’Aube ressuscite aussi son patrimoine méconnu : par exemple, celui de ses anciens moulins à vent. Au 18e siècle, le département en comptait quelque 140. À Dosches, le moulin a été reconstruit sur pivot, selon les techniques ancestrales. Erwin Schriver, d’origine hollandaise, et son épouse Evelyne animent l’association qui gère les lieux. Leur démarche se veut surtout didactique : « Nous fabriquons du pain à la manière d’antan et les enfants des écoles repartent de leur visite avec la miche qu’ils ont confectionnée. » Manière aussi d’évoquer le rôle du meunier, personnage central de la vie rurale de jadis.

Le village de Longsols vaut pour son étonnante église à pans de bois au charme certain. L’abondance des forêts a permis la construction de ces édifices religieux typiques. Ils ont été si bien bien préservés qu’un circuit touristique de découverte leur est consacré. Autre curiosité, toujours à Longsols, l’héliciculture.

L’église à pans de bois de Longsols © YH

Pascale et Dominique Allot, se sont en effet pris de passion pour les 50 nuances de Gros Gris. En clair, ils élèvent des escargots. « Le Gros Gris est plus fin que l’escargot de Bourgogne », confient-ils. On savait que cette espèce hermaphrodite appréciait les embrassades « baveuses » parmi les préludes amoureux. Mais on apprend chez nos spécialistes que les escargots ont aussi la faculté de réparer leur coquille en cas de bris. Ces capacités auto-régénératrices font actuellement l’objet de recherches médicales pointues. Ainsi, les gastéropodes tiennent bien leur rang dans la course aux connaissances.

Terre d’escales et de création

L’Aube s’affirme également comme une terre de transit. Surtout pour les oiseaux, dixit Yohann Brouillard, guide ornithologue et naturaliste. Les lacs de la forêt d’Orient figurent parmi les sites d’accueil des migrateurs les plus réputés en Europe. Au total, les trois lacs accueilleraient jusqu’à 250 espèces d’oiseaux et quelque 60 000 volatiles. Des aigrettes, des hérons, des sternes mais aussi des foulques à crête ou un grand prédateur tel le pygargue à queue blanche. En tout cas, les oiseaux se sentent chez eux ici. À l’aide de la longue vue de Yohann, nous repérons un couple de grèbes huppés qui n’hésitent pas à plonger juste à côté d’un panneau indiquant « Baignade interdite » !  Non loin, le lac de Der, à cheval sur la Haute-Marne et la Marne est, lui, réputé comme lieu d’escale des grues cendrées entre la mi-octobre et la mi-mars.

Un ancien bateau-lavoir, amarré à Nogent-sur-Seine © YH

Pour ce qui nous concerne, nous migrons vers Nogent-sur-Seine, dans la partie occidentale de l’Aube. La centrale nucléaire se rappelle à notre bon souvenir par le biais d’envahissants panaches blancs dans le ciel.

Les Grands Moulins de Nogent-sur-Seine, aujourd’hui siège d’une entreprise céréalière © YH

Nous préférons nous attarder sur les berges du fleuve où un bateau-lavoir a été remis à flot. Il était utilisé au XIXe siècle par les lavandières du cru. Autres bâtiments « identitaires » du paysage nogentais : la jolie maison de « La Turque », évoquée par Gustave Flaubert dans « L’Education sentimentale » : un lieu de perdition qui était « l’obsession secrète de tous les adolescents » ; et, plus imposants et plus sages, les Grands Moulins, héritage majeur du patrimoine industriel du début du XXe siècle. Ils accueillent à présent les bureaux d’une entreprise céréalière, le Groupe Soufflet.

Sur les pas de Camille Claudel

La Valse, sculptures en bronze et en plâtre de Camille Claudel au musée de Nogent-sur-Seine © YH

Notre pèlerinage nous conduit sur les pas de Camille Claudel. C’est en effet à Nogent-sur-Marne que l’artiste, adolescente, rencontre le sculpteur Alfred Boucher qui lui prodigue ses conseils. 

Les causeuses de Camille Claudel. Musée de Nogent-sur-Seine © YH

Le musée Camille Claudel, inauguré le 26 mars 2017, retrace de manière très pédagogique son parcours artistique et notamment la rencontre décisive avec Auguste Rodin.

Le musée a pris l’intéressant parti de mettre en regard les œuvres des deux sculpteurs. Ainsi, le thème du couple enlacé montre à la fois leur communauté d’inspiration et des sensibilités différentes. Déjà, Camille Claudel excelle dans le travail tout en finesse du drapé. Plusieurs bronzes autour du thème de « La Valse » (1893) semblent retracer le tourbillon de la relation fusionnelle d’alors entre les deux sculpteurs. « Les Causeuses » (1895) privilégient les confidences entre femmes. Tandis que « L’Âge mûr » (1899) paraît vouloir conjurer l’éloignement et la séparation. Au passage, on retient que l’Aube accueille cette brillante mise en scène de l’âge d’or de la sculpture française.

Yves Hardy.

Pratique

° Y aller. Paris-Troyes en train : 1h 30 depuis la gare de l’Est. Nogent-sur-Seine-Paris en 1 heure.

° Y séjourner. Auberge du Lac au Mesnil-Saint-Père  www.auberge-du-lac.fr et un gîte de charme, « Le Jardin de la cathédrale », 12 place Saint-Pierre à Troyes : www.jardindelacathedrale.com

° Y déjeuner. Auberge du Cygne de la Croix à Nogent-sur-Seine  www.cygne-de-la-croix.fr

° À déguster. Un champagne de la côte des Bars de propriétaires récoltants, Jacques Defrance ou Maison Dumont : www.champagnejacquesdefrance.fr et  www.champagnedumont.fr

° À faire. S’initier à la pêche au leurre avec Thierry Lacombe (Tél : 06 89 99 03 18). Contacter aussi la Fédération départementale de pêche : www.federationpeche.fr/10

° À voir. Musée Camille Claudel à Nogent-sur-Seine. www.museecamilleclaudel.fr

° À lire. « Troyes, la ville aux mille couleurs » www.tourisme-troyes.com

° Guide. Le Routard Champagne-Ardenne (Hachette, 13,20 €).

° Renseignements. Aube en Champagne Tourisme  www.aube-champagne.com

 






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