Les cimetières, une si longue histoire !

Les traditions ont la vie dure ce qui ne les empêche pas d’évoluer. Nous continuons à nous rendre dans les cimetières pour honorer nos morts, habitude qui se perd dans la nuit des temps. Nous y allons dans le  premier jour de novembre, Toussaint oblige.

 

Certes, mais quelle confusion ! Au VIIème  siècle l’église décrète que le 1er novembre sera la fête de tous les saints et le 2 celle des morts. Tous les morts étant par définition montés au ciel  et donc sanctifiés, les deux  célébrations ont été rassemblées en un jour ferié marqué par un florilège de chrysanthèmes.La modernité qui partout s’installe aimerait aussi entrer  dans les cimetières et voir installer, du moins dans les très grands ( grand cimetière d’Orléans 2 hectares et 28 000 places, cimetière Saint-Chéron de Chartres 13 hectares) à l’entrée, une borne  numérique et un GPS qui permettent une géolocalisation rapide des chers disparus.

Un lieu pour dormir 

Ethymologiquement, le cimetière, mot issu du bas latin, veut dire « lieu pour dormir ». Nos ancêtres étaient plein de bon sens et ne reculaient pas devant l’humour noir comme Tristan Maya, fondateur du prix de cette spécialité qui repose à jamais au grand cimetière d’Orléans. Le Moyen-Age qui aimait bien codifier et hiérarchiser les situations a mis  en place, du moins en France (nous n’avons pas considéré les autres pays) un arsenal réglementaire : lieu des tombes, disposition, modalités de mise en terre. Tout n’est pas bien respecté et  l’église qui à l’époque a la haute main sur tout ce qui relève de l’âme proclame en concile qu’il est interdit d’enterrer les morts « avec des nappes  et autres linges sacrés ». A partir du XI ième siècle, chaque évêque bénit les églises et leurs cimetières  qui généralement les jouxtent qui de ce fait deviennent territoire sacré  ce qui est loin d’être toujours respecté. Les archives  témoignent de jeux, danses, séchage de linge, marchés locaux et même maisons à louer  entre les tombes. A partir de 1634, protestants et juifs sont exclus du cimetière paroissial, discrimination que Napoléon Ier  efface d’un trait de plume en 1804.

Le campo Santo à Orléans.

 Au XVIIIème siècle les cimetière urbains débordent, celui des Innocents à Paris s’épanche dans les caves avoisinantes avec des odeurs pestilentielles. Les hygiénistes  pointent l’insalubrité et demandent le « transport des cimetières hors les murs ». Une ordonnance royale du 10 mars 1776 leur donne satisfaction. Désormais  les cimetières  doivent être  transportés hors de l’enceinte des villes ce qui occasionna de multiples réunions des conseils municipaux  de France et de Navarre. A Orléans le cimetière du Campo Santo est d’abord remplacé par  les cimetières Saint Jean et Saint Vincent qui seront transformés en parc après l’ouverture du grand cimetière inauguré en 1896 où quelques tombeaux anciens ont été transportés. A Bourges le nouveau cimetière des Capucins (2ha)  sera inauguré en 1792  avec des carrés spécifiques, un pour les religieux, un pour les grandes familles, un pour les  maires. A Tours la municipalité ne sera en règle avec la législation qu’en 1859 après des calculs de surfaces, de l’addition de celles des cimetières des quatorze paroisses de la ville et plusieurs évaluations de terres inondables.

 

Des vies  comme autant d’histoires 

La Révolution a transféré les cimetières des églises aux communes dont ils sont la propriété. Tout habitant d’une commune, toute personne qui est inscrite sur ses listes électorales, toute personne qui décède sur son territoire a le droit d’y être enterré. Lieux de mémoire, les cimetières  nous rappellent  ce que furent les sociétés qui ont précédé la nôtre. L’art funéraire nous montre leur  goût,leurs rites, leurs  croyances et nous dit d’où nous venons.

La tombe de Boileau à Tours.

 Au fil des allées des personnages réapparaissent. Bien sur , les gloires qui nous ont précédés et sont entrées dans l’Histoire  et puis de plus humbles qui, de l’au-delà, à leur manière, nous interpellent.Il y a, par exemple,  à Tours, François Boileau  mort en 1878 dont la tombe reproduit un accident  ferroviaire  avec force détails de wagons et de locomotives enchevêtres, à Châteauroux,  Sarah Caryth-Rancy (1897-1979), dresseuse de fauves et charmeuse de serpents, à Chartres, Raymond Isidore dit Picassiette (1900-1964), balayeur au cimetière St Chéron où il repose qui pendant 25 ans décora sa maison  de morceaux de faïence

Picassiette à Chartres.

de couleur (elle se visite), une des figures de l’art brut. A Orléans il ne faut pas oublier celle de Luc Laurent Barthélémy Bigot, ouvrier tonnelier qui périt à 30 ans le 21 octobre 1860 dans les eaux de la Loire en crue après avoir sauvé plusieurs personnes.

Au cimetière de Châtillon-Coligny André Fildier (1928-2001) défie l’éternité. Peintre et historien de la carte postale il a fait graver sur sa tombe « L’emmerdeur » suivi de sa profession de foi : « Seuls les emmerdeurs améliorent le monde. Je ne regrette rien ». Au bout de la dalle il a fait ajouter « Ici reposent mes pieds ».

 F.C.

 

Commentaires

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  1. et à la place des chrysanthèmes pourquoi ne pas mettre un téléphone portable…On ne sait jamais.

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