Procès Merah : il ne peut y avoir d’accommodement avec le terrorisme

Quand le verdict est tombé, ce jeudi 2 novembre à 19  heures, Abdelkader Merah, 35 ans, a souri pour la première fois depuis le début des débats. Il avait pris vingt ans et non la perpétuité demandée par l’avocat général. Abdelkader Merah a souri et les familles des victimes ont pleuré : la douleur qu’elles portent à jamais n’avait pas reçu le baume qu’elles espéraient.

Même si ce verdict demeure insatisfaisant pour la défense comme pour les parties civiles, les juges ont opté pour la seule décision qui donne un sens à ce procès où les preuves manquent: Ils ont retenu l’association de malfaiteurs.

Il était impensable qu’Abdelkader Merah ne soit pas condamné mais  aucune preuve tangible n’est venue établir la complicité du prévenu avec son tueur de frère.  Restait l’intime conviction mais les juges ne se sont pas laissé entraîner dans l’ambiance du prétoire pendant les cinq semaines des débats. Ils  ont respecté le droit tel qu’il est  et ne l’ont pas interprété.

Bancal, ce procès nous interpelle sur la capacité de notre société à s’interroger sur l’environnement et les bases arrière qui conduisent un ou des tueurs  terroristes à passer à l’acte. Ce basculement vers l’horreur si éloignée de notre conception du monde a frappé de stupeur les démocraties occidentales en 2012. Les attentats de Montauban et Toulouse étaient les premiers du genre auxquels nous étions confrontés. Ils sont aussi les premiers à arriver devant les tribunaux et en l’absence du meurtrier décédé. Même si les verdicts prononcés par la cour d’assises spéciale à l’encontre Abdelkader Merah et Fettah Malki (20 et 14  ans de réclusion) retentissent comme un sérieux avertissement dans les cités où vivent des petits délinquants tentés par le terrorisme, notre justice n’a pas disposé des moyens de s’attaquer frontalement au terrorisme.

Semer la haine au nom d’un dieu fantasmé

S’en prendre sans cesse aux lois de la République, vouloir détruire les sociétés occidentales,  semer la haine au nom d’un dieu fantasmé aux prétendues exigences aberrantes, s’employer à un bourrage de crâne qui conduit à faire régner la terreur, manipuler des cerveaux fragiles pour les endoctriner jusqu’à ce qu’ils préfèrent la mort à la vie, en un mot l’endoctrinement au radicalisme islamiste n’est pas considéré par notre droit comme une forme de complicité avec les crimes perpétrés au nom de cette idéologie sanguinaire. Comme on aurait aimé voir comparaître dans ce procès « l’émir blanc » d’Artigat, Olivier (Abdulilah) Corel, proche de Mohammed Merah et de sa famille, des frères Clain et de la filière toulousaine qui a fourni des combattants à Daech !

Après l’énoncé du verdict, Latifa Ibn Ziaten, mère du premier militaire assassiné par Mohammed Merah à Toulouse, a souligné  « la naïveté », de son point de vue, de ce jugement et implicitement  de toute notre société. Cependant, confiante, cette musulmane pratiquante qui œuvre sans relâche, au nom de son fils « qui ne s’est pas mis à genoux » depuis cinq ans auprès des jeunes espère encore et toujours dans notre pays et dans le second procès qui aura lieu fin 2018 puisque le parquet qui avait demandé la perpétuité pour le principal accusé a fait appel. Avant aura eu lieu les procès de Charlie Hebdo et du Bataclan avec cette fois l’un des artisans de l’attaque insensée dans le box des accusés.

Prendre notre courage à deux mains

Avons-nous peur d’être accusés d’islamophobie, pensons-nous que nous sommes en train de payer la juste facture de la colonisation, ce qui nous conduirait à nous parer de tous les reproches possibles, d’abandon des banlieues, d’une jeunesse que nous avons laissée en déshérence ? Il ne faut  pas  passer nos fautes sous silence mais que nous prenions notre courage à deux mains pour être pleinement ce que nous sommes au quotidien dans le respect de nos règles et que l’Etat se dote d’instruments juridiques et politiques nous permettant de refuser et de punir, sans arrogance et sans violence gratuite, ces agressions qui vont de l’injure à l’absurdité des crimes gratuits. C’est à cet ensemble de choses que fait allusion Latifa Ibn Ziaten lorsqu’elle évoque notre naïveté et son espoir. Il ne peut y avoir d’accommodement avec le terrorisme.

F.C.






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