Les expos parisiennes à ne pas rater

Paris est une ville où il fait bon flâner d’expositions en évènements. J’en ai choisi quelques-unes pour vous. Laissez-vous tenter.

par Bénédicte de Valicourt

Irving Penn, maitre de la matière

Irving Penn, star du magazine Vogue, aurait eu cent ans cette année. L’occasion de rendre hommage à ce perfectionniste à la rigueur légendaire, aussi à l’aise dans la mode que dans l’art capable de faire des images à couper le souffle avec rien ou pas grand-chose.

C’est à coup sûr l’un des plus grands photographes du XXe siècle et l’une des plus belles expositions de la rentrée. Tous  les tirages, plus de deux cent trente-cinq photographies, sont de sa main et forcément exceptionnels, car chez Irving Penn, formé en école d’art et qui se voulait peintre, il y a toujours une recherche de la matière, avec des effets de texture et volume. Ses fonds sont toujours travaillés, ses tirages précis, et son sens de la composition presque inné. Un regard absolu, celui d’un homme qui a travaillé toute sa vie en studio, de fortune ou pas, en posant un rouleau de tissu peint en gris en toile de fond.

Celui-ci usé et tâché est d’ailleurs  exposé en majesté, au bas du grand escalier du Grand Palais. Témoin peut-être le plus émouvant du travail de ce photographe pour qui disait-il en 1975, « le réalisme du monde réel est presque insupportable. Il y a trop de douleur accidentelle dedans ». Au risque de se tenir à l’écart du monde ? Pas vraiment si l’on en juge par les séries présentées comme celle réalisée à Lima qui met en scène des passants installés en lumière naturelle dans un petit studio de quartier. Autre série remarquable: celle sur les petits métiers de Paris, prise elle aussi en studio, avec Robert Doisneau dans le rôle du rabatteur rue Mouffetard. Et puis il y a aussi ces portraits de personnalités, ces nus ou ces natures mortes, telles des paysages. Ou ces photos de fleurs fanées, de cigarettes, consumées ou pas, peut-être les plus étonnantes et les plus abstraites de ses photos, si proches de la peinture. Le tout est sans le moindre artifice entre lui et son sujet. Parfait.

> Jusqu’au 29 janvier 2018, Grand Palais. www.grandpalais.fr

L’installation : « Braguino ou la communauté impossible »,
une plongée dans la Taïga

Passionnante installation, entre vidéo et photo, que celle imaginée par le photographe Clément Cogitore, gagnant du prix de la jeune création du Bal à Paris, un lieu d’exposition privé.

Avec lui et au travers d’écrans géants posés à même le sol, on approche l’histoire de Braguino, une localité de la Taïga profonde fondée au milieu des années 70 par Alexandre Braguine (dit Sacha), qui appartenait auparavant au groupe des Vieux-Croyants qui, au XVIIe siècle, ont refusé les réformes imposées dans le rite orthodoxe par le patriarche Nikon et trouvé refuge dans l’immensité sibérienne. En fondant cet endroit Sacha cherchait à s’affranchir du poids de l’histoire, tout en voulant créer un nouveau modèle sociétal. Mais il est rattrapé par l’histoire et surtout par une partie de la famille venue rejoindre le groupe tout en ayant choisi un autre modèle économique, plus destructeur. Du coup les deux communautés qui vivent côte à côte, se regardent en chien de faïence, comme on le découvre en se déplaçant dans l’espace, au gré des écrans, où les films de 2 à 3 minutes passent en boucle. Etonnante histoire,  gens non moins étranges mais bien réels, à découvrir sans tarder.

> Clément Cogitore, « Braguino ou la communauté impossible » au Bal, jusqu’au 23 décembre 2017. www.le-bal.fr

En vu : la Tunisie et l’Algérie   

Grand intérêt de la Biennale des photographes du monde arabe, en dehors des œuvres présentées ? La déambulation entre des galeries privées et de grands institutions muséales comme la MEP ou l’Institut du Monde arabe, de l’autre côté de la Seine.

Karim El-Hayawan, Free ride, 2014 Biennale monde arabe

Soit 8 lieux différents, où sont exposés des artistes originaires ou pas du Monde arabe, qui ont tous travaillé sur l’Algérie et la Tunisie. Chacun avec ses obsessions. Ainsi Jaber Al Azmeh met en scène dans sa série Border-Lines (2016) les injustices du monde contemporain, tandis que Roger Grasas dans la série Min Turab parle d’étrangeté et  Bruno Hadjih dans « Nous n’irons pas nous promener » des réalités économiques du Sahara. On est bien loin des clichés touristiques, comme également dans ce témoignage du photojournaliste Michel Slomka, sur le sort de la communauté yézidie, victime en Irak de l’État islamique. A ne pas rater non plus, le panorama de la jeune photographie algérienne, réunissant 20 artistes à la Cité internationale des arts.

> Biennale des photographes du monde arabe contemporain jusqu’au 12 novembre 2017.www.biennalephotomondearabe.com

Yves Saint Laurent, Muses et musées YSL 

Quinze ans après son dernier défilé, deux musées phares consacrés à l’œuvre d’Yves Saint Laurent, ont ouvert à Paris et  Marrakech, deux villes étroitement liées à la vie du couturier.

A Paris, c’est dans l’ancienne maison de haute couture du 5 avenue Marceau, plus de quinze ans après sa fermeture, que la Fondation Pierre Bergé-Yves Saint Laurent, a imaginé un parcours rétrospectif de la carrière de celui qui fut l’un des grands couturiers du XXe siècle. Un plongeon au cœur du processus créatif sur plus de 450 m2, à partir d’une sélection d’une cinquantaine de modèles. Tandis qu’à Marrakech, où Yves Saint Laurent aimait trouver refuge, l’espace s’articule comme un centre culturel à part entière, avec un bâtiment inédit de 4000 m2 où viennent se loger des espaces d’exposition, un auditorium, une bibliothèque de recherche, une librairie et un café.

Comme un somptueux et dernier hommage à celui qui n’a eu de cesse de bouleverser l’image vestimentaire de la femme. Car rien n’aurait pu se faire sans le soutien sans faille de son compagnon et homme d’affaires Pierre Bergé, récemment disparu.

> https://museeyslparis.com

Clinquant pop art

Robert Rauschenberg, Jasper Johns, Claes Oldenburg, Tom Wesselmann, James Rosenquist, Alex Katz, Andy Warhol, bien sûr, sans qui… et des peintures de Jim Dine et de Roy Lichtenstein, et on en passe,  sont au musée Maillol à Paris.

Autant d’artistes du pop art américain, trop souvent réduit à un style rutilant et à quelques grands noms, mais pourtant bien plus incisif qu’il n’y parait. Démonstration au musée Maillol, avec 60 œuvres iconiques ou moins connues, trésors du Whitney Museum, grand collectionneur de cet art qui ne fut pas qu’américain contrairement à ce que pourrait laisser penser la collection. Autre découverte : une bonne partie des pièces présentées relèvent de l’estampe, rappelant que le pop art est aussi, et pour une large part un art de l’impression, de l’imprimé, de la reproduction en série, où les mêmes motifs sont dédoublés, triplés, démultipliés comme les produits s’alignant dans les rayons d’un supermarché. Avec, en fond de commerce de ce courant les comics, les magazines, les affiches de l’époque. Exciting ! 

> « Pop art- Icons That Matter », jusqu’au 21 janvier 2018 au musée Maillol. www.museemaillol.com

Et aussi

Marlène, tout simplement   

Obsession Marlène, sous-titre de l‘expo, c’est l’histoire particulière que Marlène Dietrich  a entretenu avec de grands photographes et proches qui l’ont côtoyée, comme Irving Penn, Richard Avedon ou Edward Steichen qui ont créé la légende. “Obsession Marlène. Pierre Passebon collectionneur”, jusqu’au 7 janvier à la MEP (Paris). www.mep-fr.org

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