Orléans : Olivier Carré au milieu du gué

À mi-mandat, le maire d’Orléans Olivier Carré dressait face à la presse le bilan des trois premières années. Son objectif est de faire entrer Orléans parmi les 15 villes qui comptent en France. Le statut de Métropole, obtenu au printemps dernier, suscite tous les espoirs. Mais sera-ce suffisant ?

« Hisser Orléans parmi les 15 villes qui comptent ». Le leitmotiv d’Olivier Carré, maire d’Orléans et président de la Métropole, reste le même. Lundi 6 novembre, il faisait face à la presse pour le traditionnel bilan de mi-mandat, avant d’entamer la partie restante qui demeure copieuse, avec des projets et des investissements lourds qui doivent sortir de terre : la Co’Met, le centre aqualudique, le MOBE, la rue des Carmes, les anciennes Vinaigreries… « La maîtrise des charges de fonctionnement globales permet cette capacité d’investissement », insiste-t-il.

Mais avant les « grands projets », ce que réclament surtout les Orléanais, ce sont « les fondamentaux : une ville propre, sûre, accueillante, familiale et humaine ». Et à la fiscalité maîtrisée : « vingt ans que la fiscalité n’a pas augmentée » s’auto-félicite le premier magistrat d’Orléans. Ce qui n’est qu’à moitié vrai, car les bases augmentent chaque année (votées à l’Assemblée nationale) et l’intercommunalité a le don de généralement alourdir la facture… (mais pas dans l’Orléanais nous indique-t-on par voix du cabinet du maire).

 

 

Le paquet sur l’éducation et la culture

Le projet de grande salle de sports Co’Met (prévu pour 2020 ou 2021).

125 projets et 400 interventions de proximité avaient été listées et « promises » aux électeurs de mars 2014. « Deux tiers des engagements sont d’ores et déjà réalisés ou engagés », ajoute-t-il. Deux ont été abandonnés : le projet de parking boulevard Aristide-Briand face au théâtre, et le renforcement d’Orléanoïde, finalement abandonné.

Paradoxalement, les questions qui intéressent aussi fortement les habitants d’Orléans ne relèvent pas des compétences directes du maire et de son équipe : la présence médicale tout d’abord : « je reçois beaucoup de courriers me demandant comment faire pour trouver un médecin qui accepte des nouveaux patients : or je ne peux pas faire grand-chose à ce niveau-là », déplore-t-il. L’autre sujet de grande préoccupation : l’emploi. Le chiffre annoncé est éloquent autant qu’inquiétant : « 4.000 emplois sont à pourvoir sur l’aire urbaine. C’est une des clés de la croissance ». Difficile de s’ingérer dans le domaine, cela étant Olivier Carré estime qu’une aide « à la rencontre entre l’offre et la demande » est envisageable.

Sans surprise, Olivier Carré a relevé que c’est sur l’éducation (33 M€ y sont consacrés en 2017) et la culture que la ville a porté un effort particulier depuis le début du mandat il y a trois ans et demi. Pour cette dernière le budget aura en tout augmenté d’un million d’euros soit environ 15 % de plus que la précédente mandature (29 M€ en 2017). Une politique culturelle pas toujours bien comprise par les observateurs avisés (ou se considérant comme tels) dans l’Orléanais…

Quid de l’exonération de taxe d’habitation ?

Demeure, pour cette seconde partie de mandat, l’inconnue de la taxe d’habitation, dont le Président Macron et son gouvernement ont annoncé qu’un certain nombre de ménages – les plus modestes – en seraient dispensés. Quelles garanties l’État apporte-t-il aux maires, qui ont récemment grogné contre cette décision, craignant que la compensation promise ne leur passe sous le nez, comme c’est souvent le cas pour les collectivités ? « On va vers un dégrèvement, et non pas un dédommagement. L’avantage du dégrèvement, c’est qu’il engage l’État. Il se substitue au contribuable, l’État en est redevable. Alors qu’un dédommagement signifierait une compensation en échange pour le manque à gagner, dont on peut en effet craindre qu’elle ne soit pas de l’ordre de 100 % mais plus aux environs de 80 %. Des garanties nous ont été données », explique-t-il, tout en attendant la réalité de cette hypothèse.

F.Sabourin.

 

Qu’en pense l’opposition, de ce mi-mandat ?

 

Michel Ricoud

Michel Ricoud, élu PCF de l’opposition et militant associatif pour le droit au logement, regarde d’abord ce qu’il y a de positif dans ce mandat : la gratuité de la médiathèque, « c’était un de nos souhaits et nous revendiquons un certain nombre d’accès gratuits à Orléans pour ce type de structure ». À ce sujet, le « passe culture peut paraître anecdotique, mais ça ne l’est pas. On le souhaite pour le Zénith par exemple. Beaucoup de gens nous disent qu’ils iraient bien voir un concert mais c’est trop cher pour eux. C’est valable pour le Zénith mais aussi pour bien d’autres offres culturelles d’Orléans. Nous avons des discussions intéressantes avec Nathalie Kerrien (adjointe à la culture, Ndlr) ».

Deux points demeurent pour autant selon lui important, et sous-estimés : « 10.000 familles vivent à Orléans en dessous du seuil de pauvreté (moins de 900 €/mois, Ndlr) : elles ne sont pas assez prises en compte. Orléans a évolué, personne ne peut le nier, et c’est très bien. Mais elle ne doit laisser personne au bord du chemin. Je le vois ici à La Source, où je tiens une permanence où viennent beaucoup de gens en grandes difficultés pour payer le gaz, l’électricité, qui ont des problèmes avec les aides au logement etc. C’est notre leitmotiv. l’autre sujet, c’est l’inégalité fiscale de l’immobilier à La Source : la taxe foncière y est 30 % plus chères, alors que les loyers sont 30 % moins chers ».

 

Corinne_Leveleux-Teixeira

Corine Leveleux-Teixeira (élue PS) : “il y a un climat beaucoup plus apaisé qu’à l’époque de S. Grouard. Olivier Carré faut montre de réelles qualités d’écoute et de dialogue avec ses partenaires, comme avec ses adversaires politiques. D’où des réussites incontestables dans la mise en place de la métropole. On note aussi un réchauffement sensible des relations avec la Région et le Département. Pour autant, cette pacification du climat n’a pas empêché la survenue de couacs dans la majorité municipale, du côté des fidèles de l’ancien maire (M. Grivot) comme des partisans du nouveau Président de la République (N. Kerrien).
-une ambition réelle pour Orléans, qui se traduit notamment par un soutien marqué à la culture (gratuité des médiathèques, renouvellement en cours de l’offre muséale) même si des incertitudes demeurent sur certains points : devenir du conservatoire, place du festival de jazz, projet pour la salle G. Philippe, prise en compte insuffisante de l’art contemporain, absence d’un événement à rayonnement national…

Du côté plus négatif :
– une politique sociale minimaliste, qui fait peu de cas des besoins des plus fragiles (personnes âgées, familles monoparentales ou modestes, jeunes en difficultés, personnes en situation de handicap) et des attentes des associations. Ce point est à mettre en comparaison avec, à l’inverse, la complaisance à l’égard de grands groupes privés comme Casino. On est là dans une politique libérale classique.
– un manque de vision d’ensemble qui ne permet pas de dégager un projet de territoire (mis a part “on veut être dans les 15 plus grosses métropoles” : qu’est ce que ça signifie ?) et qui conduit à une trop grande sectorisation des politiques ou des projets. Exemple : le Lab’O, traité essentiellement d’un point de vue économique (incubateur de start ups numériques) alors qu’il faudrait en faire aussi un lieu culturel, un espace d’innovation sociale et de démocratie participative, un lieu touristique (restaurant…): cf le modèle du projet Darwin à Bordeaux.
– beaucoup d’effets d’annonces mais des projets qui peinent à sortir (prison, HPM, politique touristique), a se dessiner (Vinaigrerie Dessaux) ou à se pérenniser (rue des Halles, Charpenterie).

En conclusion : une bonne méthode, une volonté politique incontestable mais un projet qui se cherche encore”.

 Orléans en chiffres :

– 118.601 habitants.
– 1.850 €/m², prix médian pour un appartement (2.050 €/m² moyenne nationale).
– 8,2 % de taux de chômage au 1er semestre 2017 (9,6% moyenne nationale).
– 10e rang des villes les plus prisées pour emménager (baromètre 2017 Movinga).
– 923 € : endettement par habitant (1176 € moyenne nationale pour les villes de mêmes strates).
– 45,6 M€ de moyenne pour l’investissement (2014-2017).
– 10.295 élèves scolarisés dans les écoles orléanaises en 2017 (+1.681 élèves en 9 ans, soit l’équivalent de 12 écoles élémentaires).
– 479.000 € de travaux réalisés pour l’accessibilité des établissements recevant du public).
– 72 points de connexions wi-fi public. 186.000 connexions/mois.
– 1.900 abonnés au service Vélo+ (+ 7% depuis début 2017).

 

 

Commentaires

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  1. J’ai entendu, ce matin sur France Bleu, que Mr Carré envisageait de mettre nouvelle prison “fin de peines” aux Groues. Je lui propose de rénover l’ancienne prison et d’installer le futur centre Aqualudique aux Groues avec le parc boisé autour. Cela conviendrait sûrement mieux aux riverains, et plomberait moins les finances de la ville.

    • C’est une bonne idée Joëlle, comme cela chacun assume des responsabilités. L’état pour avoir laissé se dégrader la maison d’arrêt, bénéficierait néanmoins de toutes commodités de transport en commun pour les détenus en fin de peine ou en semi-liberté.
      Le centre aqua-ludique pourrait enfin permettre le démarrage de l’aménagement du terrain des Groues, en panne depuis tant d’années. On pourrait regarder utilement la construction d’une troisième ligne de tram reliant Fleury-les-Aubrais à Saran et peut-être jusqu’à l’établissement pénitentiaire de Saran.

  2. Vu que P. Briant veut hisser Tours dans le Top 15 des villes françaises, il y aura une déconvenue pour l’une des deux.
    Mais actuellement, la métropole Tourangelle est bien plus peuplée, gagne plus d’habitants chaque année et est considérée comme plus attractive. Mais d’un autre côté, faire mieux qu’Orléans, ce n’est pas bien difficile…

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