Inégalités salariales entre femmes et hommes : y a du boulot !

Dans le cadre du tour de France de l’Égalité entre les femmes et les hommes (lancé le 5 octobre dernier par le Premier ministre Édouard Philippe et Marlène Schiappa, Secrétaire d’État chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes), la directrice régionale aux droits des femmes et à l’égalité Nadia Bensrhayar a réuni le 7 novembre à Orléans les déléguées de la région sur les inégalités salariales entre les femmes et les hommes. L’objectif est bien de les réduire, avec l’aide de la Direccte (1). Il y a du boulot !


19 %. C’est, en région Centre-Val de Loire, l’écart moyen de rémunération entre les femmes et les hommes. Le 7 novembre n’a pas été choisi par hasard pour évoquer le sujet avec les déléguées des autres départements pour l’égalité et le droit des femmes. C’est, symboliquement, le moment où il est considéré que les femmes commencent à travailler gratuitement, en raison de l’écart de rémunération avec les hommes… En 2010 ce pourcentage était de 23 %, on constate donc une légère amélioration mais il y a encore du chemin à faire pour réduire ces inégalités salariales.

L’impact de la maternité sur les inégalités salariales

Les causes sont multiples et – hélas – connues depuis longtemps : les femmes travaillent notamment dans des métiers moins rémunérateurs que les hommes ; à diplôme égal, les femmes se voient moins proposer d’évolutions de carrières ; le management, souvent très masculin, n’arrange pas les choses, etc. Et, comme si cela ne suffisait pas, l’impact de la maternité joue beaucoup sur ces inégalités. Une femme qui part en congé maternité a statistiquement beaucoup moins de perspectives à son retour !

On pourrait penser qu’une gouvernance féminine (beaucoup de DRH sont des femmes) arrangerait les choses. En région Centre-Val de Loire, 30 % des cadres sont des femmes, ce qui n’est pas si mal au regard de la moyenne nationale. Mais là encore, ces gouvernances féminines ne sont pas forcément des accélérateurs de la réduction des inégalités salariales.

Autocensure

Nadia Bensrhayar.

Autour de la table, les exemples se multiplient pourtant de la part des déléguées départementales aux Droits des femmes et à l’égalité (étaient présentes celles de l’Indre, du Loiret, d’Indre-et-Loire) et de deux membres de l’Aract Centre (Association régionale pour l’amélioration des conditions de travail), pour constater que les entreprises qui font volontairement des efforts d’amélioration de ces conditions en prenant vraiment en compte la présence féminine est un gain pour toute l’entreprise. C’est-à-dire aussi pour les hommes ! Comme ce fabricant de moteurs de tracteurs dans le Loiret qui, ayant développé des aimants pour porter aussi des charges plus ou moins lourdes en améliorant donc le travail des femmes, avait réduit de 20 % les arrêts maladie chez les hommes… « C’est tout un ensemble de déterminants », explique Nadia Bensrhayar. « Un tiers de l’écart de rémunération s’explique par des effets de structure, et bien souvent les femmes ne négocient pas leurs salaires autant qu’elles le devraient, à niveau de diplôme égal ». Une sorte d’autocensure très dommageable.

Travailler sur les stéréotypes

Pour essayer de dépasser les constats et trouver des solutions qui portent en elles des améliorations, la Direccte a pour mission de contrôler positivement les entreprises de plus de 50 salariés. « Elles ont l’obligation de négocier un accord dans l’entreprise sur le sujet de l’égalité salariale », explique Alain Lagarde, responsable adjoint du Pôle travail de la Direccte, « à défaut, un plan d’actions doit être mis en place, pouvant aller jusqu’à des mesures coercitives de l’ordre de 1% de la masse salariale ».

« Nous devons travailler sur les stéréotypes, même si nous sommes bien conscientes qu’on ne va pas changer le monde comme ça », disent-elles avec réalisme mais néanmoins déterminées à faire avancer la cause. « Il faut montrer aux entreprises que si dans un premier temps cela peut éventuellement engendrer des dépenses à court terme, ensuite cela peut être un gain pour toute l’entreprise, en matière de conditions de travail mais aussi de productivité ».

Écriture inclusive ou féminisation des noms de métiers ?

Dans l’Indre, 36 % des créateurs d’entreprises sont des créatrices… Faut-il dès lors pousser pour que l’écriture inclusive soit de mise afin de faire bouger les mentalités ? On sait le débat ardent actuellement sur le sujet. « Féminisons déjà les noms de métiers qui peuvent l’être », lance la déléguée de l’Indre, Valérie Durand. « Dire agricultrice au lieu de femme dans l’agriculture par exemple ». Ça changerait vraiment la donne ? « Il y a seulement 2 % de sage-femme qui sont des hommes. À Châteauroux, l’un d’eux vient de durablement s’installer ». Le changement de mentalité passe aussi par la maïeutique, cet art hellénistique philosophique d’accoucher les esprits…

F.Sabourin.

(1) Direccte ; Direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l’emploi.






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