Loiret : arrivée de mineurs non accompagnés, un problème majeur pris très au sérieux

Au 31 octobre dernier, 298 mineurs non accompagnés (MNA) sont pris en charge dans le Loiret (sur 642 arrivés depuis le 1er janvier). Ils étaient 192 en 2016, 100 en 2015, 84 en 2014. Avec la fin de l’état d’urgence et l’ouverture des « zones tampons » notamment à la frontière italienne, ce chiffre pourrait doubler dans les semaines qui viennent. Il faut trouver rapidement des solutions, notamment d’hébergement. Le Département et les partenaires de l’action sociale et éducative sont sur le grill.

D’abord tordre le coup aux rumeurs qui voudraient laisser croire que ces mineurs non accompagnés sont des délinquants qui grappillent les aides sociales tout en détroussant les Orléanais dans les rues, par désœuvrement : les 298 jeunes accueillis dans le Loiret depuis le début de l’année sont des migrants économiques de type mandataires. Ils viennent, au nom de leurs familles et par loyauté vis-à-vis d’elles, tenter de s’insérer professionnellement et socialement, afin de les aider, là bas, au pays. Lequel ne ressemble pas à un « paradis fiscal » où il fait bon vivre : Côte-d’Ivoire (64 mineurs), Guinée (91), Mali (48). Mais aussi Afghanistan, Albanie, Angola, Congo ou Pakistan. En tout 22 filles et 276 garçons, hébergés en hôtels (228), à la Maison de l’enfance à caractère social (dont les 41 places sont saturées), au Foyer des jeunes travailleurs, en Foyer d’accueil, et seulement un en Centre éducatif fermé dans la Sarthe (sur décision de justice). « Ils sont pour la plupart très investis sur le plan scolaire, ils ont de vrais projets », explique Sonia Pallin, magistrate coordinatrice au tribunal pour enfants d’Orléans.

Marchandisation par les filières de passeurs

Alexandrine Leclerc (1ère à d.), la magistrate Sonia Pallin, et Olivier Coindeau (1er en partant de la g.).

Mercredi 8 novembre, 93 élus du Département et partenaires de l’action sociale et éducative ont participé à une « journée de politique publique concernant les MNA, mineurs non accompagnés, au Conseil départemental du Loiret (1). Un succès, estime Alexandrine Leclerc, présidente de la commission Enfance, Personnes âgées et Handicap. Il faut dire que le sujet préoccupe, pas seulement par le nombre de mineurs qui sont déjà là et qui vont encore arriver. Mais aussi parce que s’ils arrivent là, justement, c’est par l’intermédiaire de réseaux de passeurs, avec toutes les conséquences qu’on peut imaginer sur la « marchandisation » de ce passage… « Un problème qui était conjoncturel devient structurel », précise-t-elle.

“Nous devons gérer les urgences”

Lorsqu’ils arrivent, les mineurs non accompagnés ont cinq jours pour prouver qu’ils sont bien mineurs, et qu’ils sont bien non accompagnés. Pendant ce temps-là, il faut qu’ils soient mis à l’abri. S’ils sont bien mineurs et seuls, ils sont ensuite dirigés vers la plateforme nationale pilotée par le ministère de la Justice, pour être orientés vers un département via le parquet local. C’est à ce moment-là l’aide sociale à l’enfance qui s’occupe d’eux, de les loger, nourrir et trouver une scolarité, pour ceux qui parlent et écrivent le français, voire s’orienter pour les plus âgés vers un centre de formation pour apprentis, par exemple. Pour quel budget ? 5,2 M€ en 2017, contre près de 3M€ en 2016 ; mais, selon Olivier Coindeau, directeur du service Enfance famille (qui regroupe la PMI, Protection maternelle et infantile et la Protection de l’enfance), « ça n’est pas un problème de finances pures. Nous devons d’abord gérer les urgences ».

Lors de la dernière Assemblée des départements de France, à Marseille, les Départements ont été missionnés par le Premier ministre Édouard Philippe pour faire remonter des propositions qui devront être remises au 15 décembre. Courant janvier, une réunion interministérielle se déroulera pour prendre un certains nombres de mesures. Chacun comprend que le problème ne peut être réglé uniquement dans l’hexagone : il dépasse largement les frontières.

« Les moins de 16 ans sont automatiquement en foyer », explique encore la magistrate Sonia Pallin, « l’article 375 du Code civil s’applique à tous » (2). Un pic d’arrivées a été atteint en août dernier – dans tous les départements de France – provoquant même une grève des personnels de la Maison de l’enfance à caractère social du Loiret, saturée.

La majorité des mineurs non accompagnés ont entre 16 et 17 ans (116) ; 29 ont moins de 15 ans ; 55 ont entre 15 et 16 ans ; 98 entre 17 et 18 ans.

F.Sabourin.

(1) Avec le président par intérim Marc Gaudet, Alexandrine Leclerc présidente de la commission Enfance, Personnes âgées et Handicap, et Viviane Jehannet, présidente de la commission Logement et Insertion.
(2) « Si la santé, la sécurité ou la moralité d’un mineur non émancipé sont en danger, ou si les conditions de son éducation ou de son développement physique, affectif, intellectuel et social sont gravement compromises, des mesures d’assistance éducative peuvent être ordonnées par justice à la requête des père et mère conjointement, ou de l’un d’eux, de la personne ou du service à qui l’enfant a été confié ou du tuteur, du mineur lui-même ou du ministère public. Dans les cas où le ministère public a été avisé par le président du conseil départemental, il s’assure que la situation du mineur entre dans le champ d’application de l’article L. 226-4 du code de l’action sociale et des familles. Le juge peut se saisir d’office à titre exceptionnel ».

Commentaires

Toutes les réactions sous forme de commentaires sont soumises à validation de la rédaction de Magcentre avant leur publication sur le site. Conformément à l'article 10 du décret du 29 octobre 2009, les internautes peuvent signaler tout contenu illicite à l'adresse redaction@magcentre.fr qui s'engage à mettre en oeuvre les moyens nécessaires à la suppression des dits contenus.

  1. Est-ce qu’une famille française peut envoyer ses enfants mineurs aux USA de la même manière ( sans un sou en poche, sans contact universitaire, sans visa etc) et espérer qu’ils se retrouveront étudiant à Harvard? Ou devons-nous plus sagement envisager de les assumer jusqu’à la fin de leurs études en France?…Il y a des écoles et des universités partout en Afrique, les bonnes âmes qui sont prêtes à accueillir ces mineurs sont sacrément racistes pour penser qu’un africain n’a pas d’avenir en Afrique. Sacrément racistes également pour penser que le délaissement de mineur est est une pratique ordinaire des parents africains..

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Code de sécurité *






Recevez chaque jour les nouveaux articles par e-mail

Votre e-mail ne sera communiqué à aucun tiers et servira uniquement à vous envoyer les titres chaque jour par e-mail