“Au revoir la haut”, l’un des plus beaux monuments est à Vierzon

Alors que le film d’Albert Dupontel “Au revoir là haut” évoque la frénésie de construction de monuments aux morts qui s’empara de la France dans sa volonté de commémorer cette guerre dont les cimetières débordaient quand les vivants devaient enterrer les morts, ce 11 novembre est aussi l’occasion de rappeler que certaines communes, peu nombreuses il est vrai, gravèrent dans la pierre leur haine de la guerre. L’un des plus beaux exemples de ce devoir de mémoire pacifiste est en Région Centre-Val de Loire, à Vierzon avec cet extraordinaire Jardin de la Paix, inauguré le 11 novembre 1933, ironie de l’histoire, quelques mois après la prise de pouvoir de Hitler en Allemagne, mais dont le message garde toute sa gravité dans une Europe aujourd’hui pacifiée.

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En cette période de commémoration de la “Grande Guerre” 14-18, ne devrait-on pas rappeler que ceux qui la firent, l’appelèrent aussi la “der des ders”, dans un vain espoir pacifiste, puisque succéda à l’esprit revanchard français la logique revancharde allemande…

VierzonCommémorons donc la paix, dans un des rares lieux qui lui soit consacré en France, le Jardin de la Paix de Vierzon. Ce magnifique jardin, dans un pur style “Art déco”, se veut un lieu de promenade et de méditation sur le destin de l’humanité, au pied d’un monument, où entre deux tableaux en bas relief représentant la guerre et la paix, deux colosses essaient de refermer la lourde porte de pierre sur le glaive de la guerre…
Si on est loin de la puissance émotionnelle d’un “Guernica” (Picasso), cette statuaire  garde toute sa force “pédagogique” par le tragique qu’elle recèle, particulièrement pour nous qui savons ce qu’il advint de ce rêve de paix quelques années plus tard…

Un peu d’histoire:

vierzon jardin paixCe jardin extraordinaire est une œuvre du statuaire angevin Eugène-Henry KARCHER* qui avait le projet de créer un jardin de la paix, après les massacres de la Grande Guerre, jardin auquel il travailla huit ans . Il se situe sur un îlot entre le canal de Berry et l’Yèvre. Cet aménagement porte le nom de Square Lucien Beaufrère, Maire de Vierzon de 1929 à 1935. Mais c’est son prédécesseur Emile Péraudin qui lança le  concours pour la réalisation du jardin, Beaufrère ayant assuré le suivi des travaux.

DSCN2206Cette réalisation est un témoin de l’époque “Art Déco” de l’entre-deux guerre, caractérisé par les formes géométriques de l’Art déco et l’utilisation des dernières avancées technologiques  : l’électricité (Ce jardin fut le premier à être éclairé à l’électricité), le béton armée, la céramique, la ferronnerie…

La composition centrale du jardin décrit une demi-lune symbolisée par des colonnes surmontées d’un lanterneau en ferronnerie.
Son tracé est souligné d’ifs et de buis taillés, doublé d’une haie régulière de cotonéasters. Le jardin, le monument aux morts, l’auditorium, le kiosque à musique et le lavoir sont ceinturés par les “grilles de la paix” .

VierzonLe jardin est séparé par un tapis d’eau du monument aux morts, sculpture impressionnante dans la portée de son message : la nécessaire fraternité entre les peuples.

Ce monument aux morts est l’élément principal du square. Il a été inauguré le 11 Novembre 1933 et il est, avec l’ensemble du square, classé monument historique depuis 1996.

Le bassin après restauration. Cl Colette Robin

Le bassin après restauration. Cl Colette Robin

Symbole de la précarité de la paix (?), l’ensemble et notamment ses céramiques de mauvaise qualité et le bassin vont malheureusement se dégrader très vite avec le gel.

Un imposant travail de restauration, comprenant la reconstruction du bassin, a donc été nécessaire à la fin des années 90 pour sauver ce jardin d’une ruine irréversible…

Conduite par Colette Robin, la restauration des céramiques a nécessité un minutieux travail de reconstitution à l’identique que l’on peut admirer aujourd’hui, avec le regret que le plan d’eau si nécessaire à l’équilibre des formes soit définitivement vidé…

Gérard Poitou

*Eugène Henry Karcher 1881 – 1964
KarcherLe concepteur du jardin art déco de Vierzon est né en 1881 à Angers. Dessinateur affichiste pour la Société des amis des arts d’Angers, il est aussi l’architecte de la laiterie de Moyant où il laisse déjà entrevoir son goût des formes géométriques, des lignes droites épurées et des grands espaces dévolus aux ouvriers de la coopérative.

Le jardin art déco sera son chef-d’œuvre ; il lui aura fallu huit années pour le bâtir. Il revient à Vierzon en 1959, proposant une première restauration de son travail ainsi qu’un ajout à la mémoire de ceux de 39-45. Henry Karcher est décédé en 1964, en son domicile angevin.

 

Un grand merci à Colette Robin et Alain Leclerc pour leur aide précieuse.

A découvrir aussi: l’excellent site sur les monuments aux morts pacifistes en France

(Article publié le 9 novembre 2014)

Commentaires

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  1. Merci de nous avoir donné l’occasion de redécouvrir ces sites de mémoire pacifistes et/ou humanistes.
    Cela nous change des propos et attitudes bellicistes, donc dangereux, de trop de dirigeants actuels.

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