Faire du vélo en ville à Blois : le salaire de la peur ?

Adopter des modes de déplacement doux : bonne idée, mais c’est dur. Comme le vélo. À Blois, ça ne l’est pas seulement à cause des côtes. Petit tour de bicyclette en ville, sans Paulette mais caméra embarquée, entre voitures et bus qui circulent parfois à grande vitesse, les changements de côté de bandes cyclables, voire l’arrêt brutal de celles-ci… À tomber de sa selle.

À la Ville de Blois, on le dit et on le répète sur tous les tons : ici, il n’y a pas de problèmes de circulation, et les Blésois sont incités à utiliser les modes de déplacements « doux ». Mais ceux-ci peuvent s’avérer un brin risqués, selon l’heure à laquelle on enfourche sa bicyclette, et encore plus si on est accompagné d’enfants… Parfois, il vaut mieux être à bord d’un bus qu’en vélo sur la voie… des bus (justement), qui doivent se partager l’espace, aux risques et périls des cyclistes la plupart du temps. Bien sûr, il y a les berges très sécurisées de la « Loire à Vélo » – où à priori aucun autre véhicule n’y circule ; la promotion en est largement faite par les élus de l’agglo et de la Région qui en connaissent un rayon sur le sujet. Mais qu’en est-il du quotidien cycliste dans la cité blésoise ? On s’est posé la question, et on a testé pour vous… Petite revue de quelques endroits « risqués » de la ville (liste non exhaustive), et tentative de décryptage avec d’autres cyclistes.

 

Traverser l’avenue Gambetta : pour l’amour du risque.

Entrée et sortie de la gare (voir la vidéo ci-dessus) : Prendre la rampe qui longe l’îlot Decoux (Pôle Emploi) permet ensuite de se retrouver à un feu, après avoir partagé la route avec la voie des bus. Au feu vert, avant de tourner à droite il peu être prudent de faire son signe de croix avant de s’engager. Le flux de véhicules remontant rapidement du boulevard Daniel-Dupuis ne permet pas d’attraper la bande cyclable située… à gauche de la chaussée, sur le pont. Attendre que le flux cesse est illusoire : c’est ensuite l’avenue Gambetta (feu devant l’IUT) qui prend le relais. La situation peut se compliquer en présence d’un bus qui tourne à droite : le cycliste est alors serré contre le rebord du trottoir… Seule solution : grimper sur le trottoir, justement.

Boulevard Daniel-Dupuis.

Boulevards Daniel-Dupuis et Eugène-Riffault : deux « pénétrantes » fondamentales à Blois, particulièrement le boulevard Daniel-Dupuis qui remonte du Pont François-Mitterrand et des pistes cyclables des bords de Loire. La circulation des voitures, camionnettes de chantiers ou d’artisans, est rarement respectueuse des 50 km/h, les deux voies montantes n’y encouragent pas. Sans être le col du Tourmalet, l’avenue offre une belle pente. À droite en montant : les voitures sont garées à moitié sur la chaussées offrant un supplément d’adrénaline au cycliste, une portière pouvant à tout moment s’ouvrir sur lui (ou elle). Boulevard Eugène-Riffaud : préférer, dans le sens de la montée, rouler sur le trottoir. C’est interdit, mais beaucoup plus sécurisant que d’être frôlé à 30 cm par des véhicules visiblement pressés de déverser leurs fonctionnaires dans la cité administrative…

Avenue Maunoury : C’est la « roulette russe » de Blois, surtout après le feu du carrefour menant au centre hospitalier. Avant c’est pas mal non plus : on peut frôler l’accrochage avec des bus, sans compter les véhicules stationnés sur la bande cyclable, et le stop de la rue Carnot (où un motard est d’ailleurs décédé en 2017). La dernière portion, pénétrant à la Chaussée-Saint-Victor, offre la possibilité aux cyclistes de se faire prendre en tenaille, ou sandwich (c’est comme on préfère) par les véhicules qui arrivent de sa droite et de sa gauche, près du Carrefour Market. Être sous la protection d’un bon ange gardien est un plus… Alternative possible (et recommandée) pour la partie entre le carrefour de l’hôpital et le centre-ville (ou l’inverse) : le Mail Pierre-Charlot.

 

Rue d’Auvergne : Une « zone 30 », c’est-à-dire que les véhicules ne doivent pas dépasser 30 km/h. En théorie ! Car en pratique, la signalisation de ces zones 30 est plutôt indigente (pas qu’à Blois) : une fois passé le marquage au sol à l’angle de l’avenue Maunoury, accompagné d’un minuscule panneau « zone 30 », plus aucune signalisation vient rappeler à l’ordre les voitures qui prennent leur élan sur deux voies pour aller bien souvent… stopper net au feu devant le lycée Dessaigne. Aucune piste cyclable, aucune bande cyclable matérialisée au sol : dommage, il y a pourtant de la place, et le quartier est très fréquenté par les administrations, écoles, lycées, zone pavillonnaire… En attendant, ici comme ailleurs : serrez les fesses !

Carrefour de la Résistance : Entièrement refait dans le cadre des travaux ACVL (Aménagement cœur de ville Loire), on ne peut nier les progrès en comparaison avec l’ex carrefour qui ressemblait un peu à une roulette russe pour cycliste, surtout aux heures de pointes ! Le témoignage de Mélissa, cycliste régulière et convaincue à Blois – elle n’a plus de voiture, par choix dit-elle – permet quand même de noter que tout n’est pas (encore) parfait : « J’étais sur la piste cyclable arrêtée au feu rouge, à côté d’une voiture. Le feu est passé au vert, la voiture a déboîtée sur la droite, poussant mon vélo et manquant de me faire tomber. Le problème est toujours le même, les conducteurs ne font pas attention et ne regarde pas dans leur rétro ». Elle reconnaît quand même « qu’on circule très bien en vélo sur la commune de Blois ». Précision : elle a environ trente ans, le goût du risque n’est pas le même à mesure qu’on avance en âge…

Quartier Vienne, avenue Wilson : Les travaux de réfection de l’avenue Wilson vont débuter le 15 janvier prochain. Ici comme ailleurs, il faudra faire cohabiter voitures, places de parking pour desservir les commerces, piétons, vélos, la végétation, et… le bon vouloir des riverains et commerçants locaux, assez chatouilleux sur le sujet de l’accessibilité à leur cher quartier. Pour l’heure, ce que le cycliste peut craindre le plus sur et axe, ce sont les portières des voitures qui s’ouvrent en grand, au dernier moment. Un écart à vélo peut s’avérer mortel, les véhicules n’étant bien souvent pas loin derrière, prêts à déboiter pour doubler les indigents à deux roues…

Rue Galois : Aucune bande cyclable ni dans le sens de la descente ni dans le sens de la montée, sur un axe très passant et rapide : dommage, là encore, sans être d’une difficulté alpine, la pente n’est pas négligeable, et le cycliste est frôlé par les véhicules et surtout les bus. Ça se complexifie sérieusement au carrefour devant la boulangerie et la pizzeria, rue du Bourg-Neuf ou rue Trouessard : le goulet d’étranglement scotche au mieux les véhicules derrière les vélos, au pire ils se font frôler à 30 cm. Fortement déconseillé avec des enfants…

Vidéo : la remontée de la rue Pierre-de-Ronsard.

Rond-point Médicis – rue Pierre-de-Ronsard : Symptomatique des bandes et pistes cyclables à l’approche des carrefours et ronds-points : elles s’arrêtent au moment où cela devient le plus dangereux. Le flux et la vitesse des véhicules obligent les cyclistes à prendre leur courage à deux mains – en cramponnant le guidon ! – et prier pour que tout se passe bien…

F.Sabourin.

“Il y a risque ressenti et risque réel”

Lanceur d’alerte bien connu à Blois, Jean-Luc Carl, correspondant local de la Ligue contre la violence routière du 41, et membre du conseil d’administration au niveau national, fait bien la différence entre « le risque ressenti, et le risque réel. Le risque il est surtout sur les grands axes – avenues Maunoury, de Vendôme, de Châteaudun, Wilson etc. – et davantage en périphérie que dans le centre-ville », explique-t-il, cycliste lui-même. « Mais tout est lié à la vitesse… » déplore-t-il. Lui et l’association ont alerté de nombreuses fois les services concernés à la Ville et à l’Agglo, « ils sont conscients du problème, mais il faudrait que le dialogue soit affiné. Je suis conscient que les budgets sont contraints, qu’il faut toujours faire plus avec moins… », regrette-t-il.

La manière de passer le permis de conduire serait-elle aussi en cause ? Chez nos voisins Allemands par exemple, on sait qu’un conducteur apprend à conduire d’abord et avant tout « au milieu des autres », en France on est plus sur les aspects techniques de la conduite. « Il y a eu des efforts de faits en la matière », ajoute-t-il. « Mais au niveau de la cohabitation véhicules – vélos – piétons il reste encore beaucoup de choses à faire… ». Il demeure catégorique sur un point : « Si on parle du risque réel, le levier sur lequel on peut vraiment agir, c’est la vitesse. Réduire la vitesse, c’est réduire les conflits. Ça demande beaucoup de rigueur, de compétences, et pas forcément beaucoup de moyens ». Il constate également la « forte demande des cyclistes sur les routes départementales. Par exemple, entre le rond-point de la Patte-d’Oie et Cellettes. On nous avait promis une piste cyclable sur les bas-côtés, et puis… rien ». Avant de conclure : « Il faut améliorer les infrastructures, mais aussi le comportement des usagers ».

Le blog associatif de la Ligue contre la violence routière 41 : Bougez autrement à Blois.

Mortalité cycliste en Loir-et-Cher : les chiffres

En 2017, sur les 8 premiers mois, on dénombre 8 accidents impliquant des vélos ; 7 blessés ; 1 tué.
En 2016 : 7 accidents ; 6 blessés ; 1 tué.
En 2015 : 7 accidents ; 6 blessés ; 1 tué.
(source : services de la Préfecture de Loir-et-Cher)

Pistes cyclables, bandes cyclables, contre-sens cyclables, etc. :

10,39 km de pistes cyclables (exclusivement cycles).
18,80 km de bandes cyclables (marquage au sol sur la chaussée pour les cyclistes).
14,26 contre-sens cyclables (les vélos peuvent prendre les rues en contre-sens de la circulation).
2,91 km d’aire piétons-vélos (les piétons et les vélos se partagent une voie sur le trottoir).
14,76 km de zone 20 ou 30 km/h.
1,3 km de voies de bus (les vélos doivent partager la voie avec les bus).

 

Commentaires

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  1. De quoi vous plaignez vous ! venez à Orléans parce que dans cette ville le vélo n’a d’intérét (pour la municipalité) que pour le nombre de mètres qui peuvent être qualifiés de ”pistes cyclables” quand aux cyclistes tant qu’ils ne paieront pas pour stationner ils ne sont pas intéressants. A quand l’attribution d’un prix de la ville du Centre la plus dangereuse pour les vélos ?

    • Commentaire stupide, sous prétexte qu’il y a pire ailleurs il ne faut pas faire d’efforts supplémentaires…
      Si vous êtes partisan du nivellement par le bas, c’est votre affaire, mais merci de ne pas en faire “profiter” les autres.

      Cordialement

  2. Ce ne sont pas les autos et les bus qui sont dangereux , ce sont leurs conducteurs ! Vous savez , ceux qui estiment que , nous , cyclistes n ‘ avons pas à nous trouver sur ‘ leur ” route ! D ‘ ailleurs , pour eux les rues sont des routes ; ” leurs ” routes ! CQFD .

  3. Mon rêve de cycliste : parcourir les pistes cyclables en compagnie d’un élu et du responsable de la voirie (de Blois ou Orléans), pour qu’il vive en réel le parcours tous-terrains que représentent ces voies, avec les décrochements des trottoirs aux carrefours les gymkhanas d’une rive à l’autre, etc

    • Bravo ! Très bonne idée : pour Orléans ce sera donc avec le vice – président d ‘ Orléans Métropole en charge ( responsable ) de ce dossier . ” Petite souris ” j ‘ aimerais tellement être avec vous lors de cette sortie .

  4. serte cela ne concerne pas le centre de Blois mais habitant à Cellettes, il est impossible de rejoindre Blois en vélo sans difficultés et dans danger. On nous parle des nombreuses pistes cyclables permettant de relier plusieurs chateaux (chambord, cheverny, etc…) mais dès que l’on veut rejoindre le rond-point de la patte d’oie pour aller à Blois, il n’y a que des grands axes à 90 ou 110km/h (que ce soit par la route de
    Mont-Près-Chambord, Cour-Cheverny ou Cellettes. Et passer par les bois n’est pas idéal par temps de pluie. A travailler !

  5. Merci pour cet article
    Il faudrait ajouter les contre sens cyclables où il n’y a pas suffisamment de place pour une voiture et un vélo à la fois, parfois sur des rues sans visibilité par ex rue Dessaignes… Il vaut mieux rester sur le trottoir si on veut rester en vie…

  6. Il faudrait ajouter les contre sens cyclables sur des voies qui ne sont pas suffisamment larges pour permettre à une voiture et un vélo de se croiser (rue du Prêche…) parfois sans visibilité en plus (Rue Dessaignes). Choisissez le trottoir pour rester en vie!

  7. Cycliste assidu à Blois (2000km/an) je peux effectivement affirmer que l’adrénaline est malheureusement notre pain quotidien.

    Entre aménagements cyclistes pas ou mal réfléchis (je ne rentrerai pas dans le détail concernant le nouvel aménagement devant le jeu de paume, je risque de me fâcher tout rouge), automobilistes, bus ou autres cars pas décidés à cohabiter avec les vélos, limitations de vitesse pas respectées, feux rouges grillés à tout va, distances de sécurité pour doubler les vélo pas respectées( c’est 1metre pas 20cm????)…et j’en passe
    Et la police dans tout ça ? abonnée absente…

    Bref aucune volonté de la ville pour améliorer la sécurité de mon point de vue…à mon grand regret.

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