Macron : « On est en train de perdre la bataille contre le réchauffement climatique »

« On est en train de perdre la bataille contre le réchauffement et le changement climatique. On ne va pas assez vite et c’est ça le drame. On doit tous bouger car on aura tous à rendre compte»,  Emmanuel Macron a lancé un cri d’alarme devant les représentants de 127 Etats, des institutions internationales comme l’ONU, de la banque mondiale et de personnalités du privé dont l’actrice Marion Cotillard assumant avec talent le second rôle dans une table ronde aux côtés de Nicolas Hulot. «Ce que nous entamons aujourd’hui, c’est le temps de l’action car l’urgence est devenue permanente. On ne pourra pas dire qu’on ne savait pas», a insisté le chef de l’Etat.

©Emmanuel Macron

Deux ans après la signature de l’Accord de Paris sur le climat, lors de la COP 21, Emmanuel Macron avait organisé à Boulogne-Billancourt un sommet international afin d’inciter les grandes banques et les entreprises à réorienter leurs capitaux dans une économie verte, en un mot de mettre le climat au centre des marchés financiers. En effet, il y a urgence car pour l’heure, l’engagement des états étant toujours trop faible, notre planète demeure sur une trajectoire de 4 degrés de réchauffement d’ici la fin du XXI ème siècle alors qu’il était prévu de ne pas dépasser 2 degrés. Pour l’instant seuls 170 pays sur 190 ont ratifié l’accord de Paris et Donald Trump vient d’en retirer son pays.

Au « One Planet Summit », si cinquante chefs d’Etats et de gouvernements étaient présents, il manquait ceux de Chine et d’Inde, deux pays très pollueurs, ceux de Russie, du Chili et des USA. Une Amérique  qui n’était cependant pas  totalement absente car avec les représentants de plusieurs grandes villes et états, John Kerry qui avait joué un grand rôle au côté d’Obama dans l’adoption de l’accord de Paris était présent et fut très applaudi lorsqu’il annonça à la tribune, « Donald Trump s’est peut-être retiré de Paris, une décision autodestructrice prise dans un but politique, mais pas le peuple américain ».

Nicolas Hulot et l’actrice Marion Cotillard ©Nicolas Hulot

« One Planet Summit », pourquoi ce titre anglais quand le français tente de demeurer la langue diplomatique ? C’est justement parce que Donald Trump  a jeté l’accord de Paris dans la poubelle des Amériques. Avec le sens de la communication qui est le sien en choisissant cet anglicisme qui nous écorche les oreilles Emmanuel Macron se pose en rival de l’hôte de la Maison Blanche et tente de prendre la tête de la bataille pour le climat. Cette déclaration d’intention  s’est accompagnée d’une mise en scène soignée avec arrivée  en bateau par la Seine depuis l’Elysée jusqu’à le Scène Musicale de Boulogne-Billancourt   se  déroulaient les débats.

Le nerf financier du monde vert

Emmanuel Macron veut faire bouger le monde de la finance, son univers pour qu’elle investisse dans la transition énergétique et  devienne le nerf moteur du monde vert. C’est le premier sommet d’Emmanuel Macron. Il est à l’initiative et veut qu’on le sache. En 2015, les pays signataires de l’accord de Paris s’étaient mis d’accord pour rassembler 100 milliards  de dollars  par an d’ici 2020  pour financer la transition énergétique et aider les pays pauvres à s’adapter au réchauffement climatique. Or en 2017, malgré des initiatives positives, les émissions à effets de serre sont reparties à la hausse et les 100 milliards apparaissent comme un objectif  bien difficile à atteindre.  On en est loin et 2020 c’est demain. L’engagement de la COP 21 était un engagement non contraignant, donc un vœu pieu. Le sommet d’aujourd’hui, c’est le contraire, donc en principe,  du concret. Des projets, des dons, la finance mondiale au service du sud devraient être mis sur la table. 

600 millions de dollars pour la recherche en agriculture

En fin de journée des annonces sont tombées. Plus de 600 millions de dollars (525 millions d’euros) vont être consacrés sur trois ans à la recherche en agriculture par la Commission européenne et la Fondation  Bill et Melinda Gates pour lutter contre les effets du réchauffement climatique. Entre 2018 et 2020, 300 millions de dollars seront investis pour travailler sur la stimulation de la photo synthèse afin d’améliorer les récoltes  et la réintroduction de l’azote de l’air  dans le sol tout en utilisant moins de ressources, telles que l’eau ou l’engrais. Des recherches seront soutenues sur les mégadonnées et la robotique destinées à analyser finement les surfaces agricoles afin de mieux les gérer. Alors qu’il existe déjà des variétés de riz et de maïs résistants à la sécheresse et des haricots adaptés aux fortes chaleurs, les spécialistes espèrent empêcher la propagation des maladies virales qui touchent le manioc, les patates douces et les ignames.

Par ailleurs, en association avec les fondations françaises BNP Paribas et Agropolis, la fondation Bill et Melinda Gates a annoncé le lancement séparé d’un programme de soutien de 15 millions de dollars supplémentaires sur cinq ans destinés à 600 chercheurs africains et européens travaillant sur l’agriculture africaine et le changement climatique. Chaque bourse portera sur 3 ans et visera à mettre en place des équipes intergénérationnelles de chercheurs  africains et européens pour avancer sur les besoins alimentaires de l’Afrique. Des projets qu’il va falloir faire entrer dans la réalité si l’on veut que « One  Planet Summit » se résume à un coup de com.

F.C.

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