Blois : Les Springbok « parkour » la ville

Ils se donnent rendez-vous entre « traceurs » sur des « parkours » au gré des éléments urbains : des jeunes de 15 à 20 ans sautent, font des saltos, courent, escaladent murets, escaliers, murs, parcs et jardins. Rencontre avec les Springbok Parkour Centre, adeptes d’un sport extrême encore peu connu, mais qui pourrait le devenir.

(c) Sophie Mourrat.

C’est un sport. De l’extrême, mais c’est un sport. Les « traceurs », comme ils se nomment, se retrouvent pour escalader, sauter, bondir, faire des saltos, des acrobaties réclamant une souplesse de chats de gouttières. Tout élément urbain peut devenir un terrain de jeu, alliant, calcul, force mentale, souplesse, courage, prise de risque et… adrénaline. Les Springbok Parkour Centre se réunissent entre 7 et 10 jeunes de 15 à 20 ans, selon les envies et les affinités, et se structurent actuellement en association. Le jour où nous les rencontrons, il pleut à verse : pas d’acrobaties, trop risqué, trop glissant. C’est donc dans un bar qu’on leur demande si ça n’est quand même un peu fou tout ça ? « On utilise surtout notre corps, on ne salit pas et on n’abîme pas les éléments urbains. On n’utilise pas non plus d’accessoires type skate ou vélo : moins de risques de se blesser avec. Un parkour fait travailler la souplesse, les réflexes, il est en lien avec d’autres disciplines parallèles : gym, athlétisme, escalade… C’est très polyvalent », explique Thibault, étudiant à Blois et traceur depuis plusieurs années, qui possède sa propre chaîne Youtube.

Petit entraînement à Blois

Publié par Springbok Parkour Centre sur jeudi 2 novembre 2017

Car naturellement, le plaisir est décuplé si on filme les exploits, pour les mettre en ligne : ces jeunes acrobates-là sont aussi à l’aide avec leurs pouces sur leurs smartphones dans les réseaux sociaux que pour sauter de murettes en murettes. « Il faut adapter l’exercice à ses compétences. Et si on ne sent pas un saut : on ne le fait pas », explique Thibault. « C’est très visuel, spectaculaire, on peut commencer très tôt, mais il faut bien être conscient qu’on ne peut pas tout réussir non plus » ajoute Gauthier, qui partage sa vie entre Mer, Blois et Tours, en étant à l’origine de la future association des Springbok Parkour Centre.

Le “coin coin”, une blessure classique

Le phénomène n’est pas à proprement parler nouveau, mais contrairement à ce qu’on pourrait penser, il ne vient pas, pour une fois, d’outre-Atlantique. C’est le Français David Belle, au début des années 90 en région parisienne, qui crée le concept. Il sera popularisé par le film Yamakasi d’Ariel Zeitoun en 2001. On a vu après ça des jeunes gens se prendre pour les héros du film et certains s’en mordent encore les doigts. « On peut se blesser, mais il n’y a pas tant d’accidents que ça » estime Younès, traceur depuis deux ans, attiré par un copain qui traçait lui aussi. « Ce sont surtout des blessures aux genoux, ligaments, ménisque ; mais aussi de possibles claquages ou le coin-coin, une blessure classique quand on saute d’un muret à un autre, le pied peut se plier en deux et on peut se blesser au talon d’Achille », explique doctement Gauthier. « Les blessures proviennent surtout à cause de la fatigue, l’absence d’étirements, la malchance aussi » précise Aurélien.

L’objectif de ces traceurs sur leurs parkours est bien d’aller d’un point A à un point B de manière la plus efficace et rapide possible. « Il y a deux classes : les traceurs, qui font des parkours repérés d’avance ; et les free runners qui ont une plus grande recherche esthétique, avec beaucoup de saltos, plein de déclinaisons possibles ». Côté équipement, le plus simple et efficace est encore le mieux : baskets type running et pantalons souples et amples, permettant une grande liberté de mouvements. Un casque, aussi ? Sur ce point, nos Springbok sont plutôt évasifs : « Mouais… On ne va pas très vite, le plus important ce sont les chaussures : un bon amorti et de l’adhérence », disent-ils.

Pas d’esprit de compétition, mais la liberté

(c) Sophie Mourrat.

On s’en doutait, les adultes et particulièrement les autorités ne voient pas forcément ces néo-acrobates avec un œil attendrissant. Pour autant, les relations avec la police ou la gendarmerie ne sont pas tendues : « Ils nous demandent en général de quitter les lieux, une fois ils m’ont demandé mon identité mais ça ne va pas plus loin. Nous on ne cherche pas, on s’en va plus loin ». Blois est plutôt une bonne ville pour les parkours, « il y a plein de bons spots : du côté de la place du château, square Valin, les jardins de l’évêché… ».

 

(c) Sophie Mourrat.

Même s’il n’y a pas encore à proprement parler de compétitions, le free run en organise, mais aux dires des Springbok, « ça n’est pas encore très médiatisé ». Ce qui plaît, « c’est l’esprit collectif, être un traceur seul c’est pas marrant, être en groupe donne de la force, ça donne envie de s’améliorer. Il y a beaucoup de facteurs qui jouent, notamment la force mentale », ajoute encore Thibault. Chacun à sa manière a testé le sport en club, « mais il y a trop d’esprit de compétition, nous ce qu’on aime, c’est être libre, on se sent vivant ». Comme des chats, on dirait qu’ils volent, retombant sur leurs pattes. Pourvu que ça dure…

F.Sabourin.

Facebook des Springbok Parkour Centre : ici.

Commentaires

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  1. Bravo les jeunes. C’est bon pour la santé de sortir comme ça 🙂
    Et… prenez soin de vous !

  2. Article qui a le mérite de parler de la discipline mais qui montre que le cliché est ancré dans la forme et dans le fond. Loin d’être un ‘sport’ de kamikaze, il s’agit surtout d’une discipline qui requiert de la maîtrise, une préparation physique exigeante et une lecture intelligente des éléments urbains ou naturels. Cette pratique n’est pas réservée aux jeunes, pas plus qu’elle ne serait méprisée des adultes. Le propos est ici binaire, il tend à opposer les jeunes ‘irresponsables’ aux adultes ‘responsables’. Les pratiquants de la première génération sont aujourd’hui des adultes de 40 ans et plus qui transmettent leur savoir à d’autres générations de traceurs: le parkour est donc transgénérationnel et porte en lui une histoire centenaire (voir au-delà) puisqu’il tire ses origines de la méthode naturelle développée par George Hébert au début du XXème siècle. Le parkour est un retour aux sources: le mouvement et l’appréhension pleine et entière de son environnement comme moteur de vie!

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