Deux fois 24 heures au Mans

Finis les clichés « rillettes et vavavroum» !  L’ancienne cité Plantagenêt est une métropole régionale moderne où il fait bon vivre et se promener dans les 20 hectares de la ville ancienne parfaitement préservée. Un bijou à ne rater sous aucun prétexte.

Rue de la cite? © Pierre Poirrier-ville du Mans

Jour 1

10 heures, balade dans les rues étroites et pavées du vieux Mans, rebaptisé par le maire « cité Plantagenêt », sur les traces de Sabine, la jeune héroïne de Rohmer.

La rue immortalise?e par Doisneau

En 1982, Eric Rohmer décide d’installer sa caméra au Mans -notamment-pour tourner son fameux film « Le beau mariage », un road movie, où les transports sont moins amoureux que charnels. Pourquoi au Mans? Pour la beauté des paysages urbains de la vieille ville, construite sur un oppidum et ceinte sur 9 hectares d’une épaisse enceinte décorée de grès roussard, de mortier et de briques et rythmée de 11 tours (contre 40 autrefois), construite par les romains à la fin du 3e siècle, qui finissent par devenir l’enjeu principal du film.

Aujourd’hui les 20 hectares de l’antique cité, paupérisée à la fin du 17e siècle et restaurés à partir des années 1960, grâce à la volonté visionnaire de l’ancien maire communiste Robert Jarry, sont devenus une ville dans la ville, où règne un joyeux esprit de clocher. Un patrimoine exceptionnel (XI au XVe siècle), en parfait état, plein de passages mystérieux et de maisons classiques, Renaissance ou à pans de bois richement décorées, dont on peut parfois deviner l’activité de ses habitants comme cette maison « du pilier aux clés », une ancienne serrurerie. Le tout est en parfait état et on a du mal à imaginer le quartier quand il servait de refuge aux dames de mauvaise vie. Seul le charme subsiste et il fait bon faire un voyage dans le temps, le nez en l’air dans les étroites rues pavées, où chaque maison vaudrait en soit une visite.

Sculpture du Maine © Pierre Poirrier ville du Mans

C’est possible en septembre lors de la manifestation « Entre cours et jardins » durant laquelle les propriétaires ouvrent leurs portes aux visiteurs. Mais voilà la cathédrale, réputée notamment pour la qualité de ses vitraux, du XIe siècle au XXe siècle, dont « l’Annonciation » est l’un des plus anciens connus dans le monde chrétien. Au passage, il faut aussi admirer l’exceptionnelle collection de sculptures du Maine en terre cuite polychromes à figures humaines du XVIe et XVIIe siècle, dont on trouve également de beaux exemples au musée de Tessé, les anges musiciens peints au plafond de la chapelle de la Vierge au XIVe par Jean de Bruges et le grand menhir du néolithique, posé contre un mur à l’extérieur. Et vous tomberez peut-être aussi au coin d’une rue sur une maison suspendue, à côté d’un jardin partagé, avec à la fenêtre un ours. C’est un hommage à Doisneau qui a immortalisé la rue où habitait son ami  . Juste un dernier conseil : évitez  de venir ici à la période des 24 heures, durant lesquels les prix des hôtels grimpent à des hauteurs stratosphériques. A moins bien sûr que vous ne soyez fan de courses automobiles.     

13h

Masatoshi Takayanagi (a? gauche) et Chisa Ogawa @BDV

Direction « la ville nouvelle » en bas de l’oppidum, qui s’est installée au XIXe siècle, au pied des murailles sur les terres des monastères. Nous déjeunons chez Chisa Ogawa et Masatoshi Takayanagi. A l’entrée les gâteaux, joliment présentés donnent le ton, Masatoshi Takayanagi, est un pâtissier japonais. Mais petit détail amusant, ce qui l’intéresse c’est la pâtisserie française, à laquelle il s’est formé chez les plus grands, quitte cependant à ajouter ici et là, quelques ingrédients asiatiques, comme le thé vert ou la pâte de haricot. Il a également racheté une fabrique de soja artisanal, qui fournit des grandes tables parisiennes et la boutique Kioko, rue des petits champs à Paris. Au menu ce midi : soja et délicieux beignets de poisson, accompagnés de riz, avant d’aller visiter le musée de Tessé, où se tient une rétrospective sur le mouvement de peinture Cobra.

Franc?oise Froger devant la Vanite? de Philippe de Champaigne @BDV

Mais avant tout, Françoise Froger, la dynamique conservatrice, tient à nous montrer quelques fleurons du musée et surtout ses préférés: quelques tableaux de primitifs italiens exceptionnels, une vanité de Philippe de Champaigne et des terres cuites du Maine. Puis en haut des escaliers, la couleur des peintres Cobra éclate de tous ses feux. Le mouvement, dont le nom est l’acronyme des premières lettres de Copenhague, Bruxelles et Amsterdam d’où sont originaires ses membres fondateurs a été créé à Paris en novembre 1948. Leur crédo ? Se détacher des conventions passées et « faire un art expérimental et spontané”, en se tournant vers les cultures dites « primitives », préhistoriques et populaires. La calligraphie, les totems, les peintures rupestres mais aussi les dessins d’enfants et de « fous », sont pour eux une source inépuisable d’inspiration. En tout 7O œuvres sont exposées. C’est beau et gaie et visiblement, cela parle immédiatement aux quelques enfants présents dans les salles d’exposition. Comme à nous d’ailleurs. Par contre, pour la galerie égyptienne, autre fleuron du musée avec notamment deux ensembles uniques de sarcorphages, il faudra attendre la réouverture le 16 décembre, car elle est en rénovation. 

16h30

Vianney Bellanger @BDV

Petit tour dans la ville 19e siècle, noire de monde en ce samedi après-midi. Vianney Bellanger nous accueille dans sa nouvelle boutique de chocolats, ouverte depuis le 23 novembre. C’est son père meilleur ouvrier de France en 1982 qui a lancé l’enseigne et visiblement tout le Mans s’est donné rendez-vous ici, pour voir ce qui s’y passe et acheter au passage quelques chocolats pour noël. Sur une étagère une boite de chocolats siglés avec le logo des 24 H du Mans. A l’intérieur les voitures emblématiques des 24 heures, dont a célèbre Bugatti, disposées dans un ordre chronologique, fourrées à la praline, aux cacahouètes et à la fleur de sel. 

Samuel Chauveau, librairie Bulle

On passe aussi à la librairie Bulle, l’une des 5 librairies indépendantes de la ville, véritable temple de la BD sur plus de deux cent mètres carrés, sur deux niveaux avec Bilal, Tardi, Schuiten, Juillard  et bien d’autres, qui patientent sous forme de figurines, livres, BD, mangas, affiches, sérigraphies et estampes… Samuel Chauveau,  connue comme le loup blanc dans la ville, y organise des séances de dédicace et des rencontres que nul au Mans ne peut ignorer, à moins d’être sourd et aveugle. Pour annoncer la dernière qui s’est tenu

Bus des Vieux Fourneaux ©BDV

du 10 au 12 novembre au cinéma Pathé Quinconces, à la librairie Ephémère et au marché des Jacobins le dimanche, il a fait tourner dans la ville 9 comédiens dans un G8 équipé de hauts parleurs, parfaite réplique du fameux bus rouge des « Vieux Fourneaux ».  Cette BD fait la part belle à des baby-boomers anarchistes qui préfèrent « foutre le boxon », que d’obéir aux injonctions de notre époque moralisatrice. Un vrai succès de librairie vendu à 750 000 exemplaires en 3 tomes. Le quatrième tome devrait suivre le même chemin. En tout cas Samuel Chauveau s’y emploie. Et, en attendant, le bus est bien sagement garé dans la cour de la librairie au pied d’une affiche géante de Black et Mortimer et des Vieux Fourneaux.

17h30

La nuit tombe et il est temps de quitter la librairie Bulle pour retourner vers la cathédrale, à la recherche des chimères, un dispositif de projections signé Skertzo, discret et bien conçu, qui fonctionne en été et sur trois sites pour les fêtes de fin d’année. Le plus spectaculaire peut-être : le porche royal, percé 40 ans après l’édification de la cathédrale dans la première moitié du 12e siècle, qui vient d’être restaurée et dont le Christ en gloire, entouré de symboles des quatre évangélistes, d’anges thuréfaires et de rois de l’ancien testament, semblent renaître.

Nous sommes juste à côté du Saint-Flaceau, un bar à cocktail un peu caché dans la rue où nous attend sous les lambris d’un hôtel particulier du 17e siècle, un cocktail bien mérité. L’ambiance est feutrée, chaude et accueillante. Juste ce qu’il nous fallait, avant un dîner-spectacle de music-hall au cabaret le Pâtis, une institution locale, partenaire de l’institut National des arts du Music-Hall, une école unique en France, qui forme au métier d’artiste interprète du Music-Hall, et dont elle accueille chaque année des élèves.

Jour 2

10 heures, tous au marché

Marche? des Jacobins @BDV

 

Rendez-vous au marché des Jacobins, au pied de la cathédrale. Le dimanche matin, c’est le spot incontournable avec les cafés alentours de tous les Manceaux et Mancelles. A deux pas, mais totalement invisibles : des fouilles qui vont durer encore 8 mois sont en cours, avant la mise à jour dans 3 ans d’une tour enfouie, à côté du jet d’eau et la création d’un jardin archéologique qui fera le tour de la cathédrale, une fois les 3 mètres de terre retirés. Apparaitra alors l’histoire de la mise en défense de la ville, le mur romain et le mur médiéval, ce qui changera certainement complètement la physionomie des lieux actuels. Comme si chaque époque voulait absolument laisser sa trace…. Mais il est temps de reprendre l’escalier au-dessus du jet d’eau pour rejoindre le musée de la reine Bérangère, à deux pas de la cathédrale. C’est un peu le musée Carnavalet  local, intéressant  pour les 3 maisons à pans de bois sculptés dans lequel il est installé et réputé pour ses poteries d’art populaire de Louis Léopold Thuiland (1862-1916). 

11h30 Sur les traces de la reine Bérangère à l’abbaye de l’Epau

Concerts de Barbara Hendrix, expositions de renom, comme celle remarquable de Jacques Tardi sur la Première guerre mondiale qui se tient actuellement : l’abbaye cistercienne de L’Epau, fondée par la reine Bérangère en 1229, sur un ancien marécage, à deux pas de la ville moderne, est devenue un lieu culturel à part entière. Ce qui n’empêche pas de visiter ce bel endroit très dépouillé, qui illustre parfaitement  les valeurs de pauvreté et de simplicité de l’ordre, écrite par Saint Benoit au 6e siècle. Elle accueillait jusqu’à 40 moines et 100 convers, qui priaient huit fois par jour, dormaient tous ensemble dans un dortoir à la magnifique charpente en bateau renversé qui sert aujourd’hui de salle de concert comme la sobre et grande église de style gothique mixte. Il y aussi des ruches, des chèvres, un verger qui vient d’être replanté, avant le potager et le jardin de plantes médicinales qui verront le jour bientôt.

Arnaud Brian dans son restaurant au Domaine de l’Epau

13h30

Déjeuner à côté de l’abbaye, au Domaine de l’Epau, sept hectares rachetés par Arnaud Brian, un jeune mancéen, en mal de changement de vie, après des années passées à travailler avec son père concessionnaire Mercedes. Le restaurant, dont les grandes baies vitrées donnent sur la nature environnante a ouvert en juin. Suivront en 2019, des éco lodges, cabanes et gites sur pilotis, espace de bien-être et espace de séminaires pouvant accueillir 250 personnes. Un énorme projet dont vous parlera avec passion Arnaud Brian, si vous le sollicitez avant d’aller faire une balade dans la nature environnante.

Bénédicte de Valicourt.

Carnet de route

Y aller : en train Le Mans est à trois heures d’Orléans et à une heure de Tours et de Paris. 

Se loger :

Chambres d’hôtes de charme dans le vieux Mans:
-Maison Saint Pierre, 25 rue des Chanoines. Tél. : 02 43 87 25 39
-Logis du Saint Flaceau : 3 Rue Saint-Flaceau, Tél. : : 06 08 51 66 10
www.logissaintflaceau.com

A l’extérieur de la ville :

-Domaine de Chatenay à Saint-Saturnin, hôtel de charme dans une maison de famille et accueil idoine du propriétaire Benoit Desbans.www.domainedechatenay.com
-La Catinière, chambre, table d’hôtes et spa, près du circuit des 24 Heures dans un corps de ferme rénové.  Chemin de la Catinière, La Catinière, Arnage. Tél. : 09 86 75 44 44

Déjeuner, diner :

-Le Nez rouge, produits de saison. 7 grande Rue. Tél. : 02 43 24 27 26 
-L’Epi curieux, François Ricordeau vient d’être primé jeune talent de « l’Ouest » par le Gault & Millau et c’est la nouvelle table branchée du Mans. Résa obligatoire. 4 rue de la Vieille Porte. Tél. : 02 43 77 15 63
-Le Beaulieu, restaurant une étoile au Michelin. De 29  à 88 euros. 34 bis Place de la République. Tél. : 02 43 87 78 37
Takayanagi : cuisine et pâtisseries japono-française. 12 rue du Tertre Tél. : 09 52 45 07 47. www.takayanagi.fr
-Domaine de l’Epau à Yvré l’Evêque. www.domainedelepau.com

Boire un verre

Le Saint-Flaceau, 9, rue Saint-Flaceau. Tél. : 02 43 23 24 93.

A rapporter

– Des BD de chez Bulle, 13 rue de la Barillerie. Tél. : 0243280623
– Des chocolats de Bellanger,  5 place St Nicolas.www.chocolats-bellanger.com

A voir :

– « Plurielles » le nouveau spectacle de Music-hall du cabaret Le Patis, qui mêle étudiants et professionnels. Accueil dîner à 19 h 30, spectacle à 22 h 30 ; formules à 77, 88 et 105 €. 38/40, rue d’Eichthal. Tél. : 02 43 87 75 72. www.cabaretlepatis.com.
– Exposition Cobra, « La couleur spontanée », jusqu’au 18 février, Musée de Tessé. Tél. : 02 43 47 38 51
– Exposition « Tardi. Le Dernier Assaut » jusqu’au 14 mars, abbaye royale de l’Epau, (accessible par le tram). http://epau.sarthe.fr
– L’Arche de la Nature : 450 hectares de nature voulus par la métropole pour conserver un poumon vert juste à côté des Sablons, un quartier d’immeubles des années 60 et de l’abbaye de l’Epau. On y arpente les bois, la ferme conservatoire, le grand jardin potager et on fait un stop à la Maison de la forêt. Accessible en tram
– Entre cours et jardins : www.entrecoursetjardins.com

Se renseigner :

Office de tourisme du Mans métropole, 16, rue de l’Étoile. Tél. : 02 43 28 17 22. www.lemans-tourisme.com.
Maison du Pilier-Rouge, 41/43, Grande-Rue. Tél. : 02 43 47 40 30. www.lemans.fr
Pays du Mans, 40, rue de la Galère. Tél. : 02 43 51 23 23. www.paysdumans.fr

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