Région : budget voté, apprentissage en suspens

Malgré une perte de 19 millions d’euros (-33%) décidée par le gouvernement (450 millions pour l’ensemble des régions), le budget du Conseil régional a été adopté jeudi 21 décembre. 1,431 milliard d’euros au total, dont 320 millions d’investissements. Le FN a voté contre, l’UDC (Union de la droite du centre) s’est abstenue. Mais des nuages sombres planent aussi à l’horizon, concernant l’apprentissage, compétence des régions depuis 1983. Il pourrait être versé au patronat et aux branches professionnelles. L’enjeu n’est pas que politique, il est aussi financier : les régions perçoivent 51 % de la taxe d’apprentissage, soit 1,6 milliard d’euros par an.

François Bonneau (au centre) entouré de son 1er vice-président Marc Gricourt (économie et finances), et de Cathy Münsch-Masset, vice-présidente déléguée à l’Éducation et l’apprentissage.

En Région Centre-Val de Loire la formation initiale, lycées et apprentissage représente 29 % du budget annuel. 41 CFA répartis en 139 sites proposent 809 formations, rassemblant 18.290 apprentis et représentant 500 M€ d’engagement financier par la région entre 2013 et 2017. La région abonde à hauteur de 62 M€, au-delà des ressources liées à la taxe du même nom. « Faire de l’apprentissage une voie d’excellence », indique l’exécutif régional, souhait partagé aussi par le patronat. Dans les faits, ce beau slogan peine toujours à entrer dans les mœurs des Français, les filières d’apprentissages étant, la plupart du temps, présentées par l’Éducation nationale comme des voies annexes, faute de mieux.

Un apprentissage âprement disputé donc, et le futur projet de loi, actuellement sur le bureau de la ministre du Travail Muriel Pénicaud pourrait contenir un coup de massue pour les régions : la prise en main des apprentis par les branches professionnelles. De là à ressortir l’image d’Épinal des « tacherons » exploités par les méchants métallurgistes, il n’y a qu’un pas que certains franchissent allègrement, leurs manuels d’histoire s’arrêtant probablement un peu avant l’été 1936. Sur le sujet, François Bonneau suit la ligne du président des Régions de France Hervé Morin : « Nous ne sommes pas prêts à ne supporter que la logistique, le ravalement des façades des CFA ». Lors d’une conférence de presse le 19 décembre, les présidents de régions ont affirmé que « l’apprentissage ne doit pas devenir l’otage de la campagne du MEDEF. L’apprentissage et nos jeunes méritent mieux que cela ». Dans la soirée du 21 décembre, chez nos confrères de France Info, il ajoutait même : « Nous sommes confrontés à des normes absurdes pour l’embauche d’apprentis. L’État en a tellement mis que pour ouvrir une filière d’apprentissage, il faut souvent 10 mois. Le sujet central, c’est l’orientation. Tout est fait pour que les jeunes aillent dans l’enseignement général. Les régions ont la main sur la formation et le développement économique, l’apprentissage est dans la logique ».

Une “position idéologique” sur l’apprentissage

478 nouvelles places dans les lycées et CFA sur les métiers d’avenir et en tension sont inscrits au budget primitif 2018, dont 376 nouvelles places dans les CFA et l’ouverture de 32 nouvelles formations. Une décision qui a fait réagir un collectif de syndicats (CGT, Fnec-FP FO, FSU, Sud éducation) qui estime cette carte des formations en région « inégalitaire et discriminant, les ex-apprentis ont moins de possibilité d’évolution de carrière et sont ensuite moins mobiles ». Ils préfèreraient que soient « créées des places en lycées professionnels », regrettant la création de 23.000 apprentis d’ici 2022 (+25 %), « alors qu’il n’y a que 360.000 élèves en lycées pro dans toute la France », s’inscrivant résolument dans un combat idéologique, « pour former un citoyen il faut d’abord qu’il fasse le tour de la culture commune de la République », que « seule l’école républicaine peut apporter ».

Pour François Bonneau et Cathy Münsch-Masset, interrogés sur le sujet, « certains ont une vision de l’apprentissage de la première moitié du XXe siècle ; c’est une position idéologique de certains syndicats en lycées professionnels », regrette-t-il, avant de préciser qu’il y a « une place d’apprenti pour quatre en lycées pro » dans la région. La hache de guerre n’est pas complètement déterrée, mais le climat est tendu sur le sujet. Après la trêve des confiseurs, la rentrée sera chaude sur le sujet, les tensions ayant été vives depuis l’élection du Président Macron entre « Paris » et les « territoires »…

F.Sabourin.

Des portiques dans les gares de la région pour lutter contre la fraude ?

12 %. Ça n’est pas le degré d’un bon vin du Val de Loire, mais le pourcentage de fraude dans les TER (Trains express régionaux). Et, selon François Bonneau, « le double sur les grandes lignes », soit un voyageur sur quatre ou cinq qui monte à bord sans billet.

À partir du 1er janvier prochain, les « TET », Trains d’équilibre du territoire (Paris-Nevers ; Paris-Tours et Paris-Montluçon) seront dans l’escarcelle de la Région Centre-Val de Loire. Il est donc nécessaire, selon les conseillers régionaux de lutter efficacement contre la fraude. La parade – si tenté qu’on puisse la nommer ainsi – réside dans des portiques d’accès aux quais. À Paris gare Saint-Lazare ces équipements ont été installés récemment, occasionnant au passage – quand ils sont en fonctionnement – de belles pagailles au moment du départ de certains trains. Résultat : des trains qui partent en retard et des usagers stressés. Deux autorisations de programme ont été votées lors du budget de la région le 21 décembre, de 9 et 6 M€, pour mettre en place sur les lignes Paris-Tours et Paris-Chartres de tels dispositifs de contrôle d’accès.

 

Commentaires

Toutes les réactions sous forme de commentaires sont soumises à validation de la rédaction de Magcentre avant leur publication sur le site. Conformément à l'article 10 du décret du 29 octobre 2009, les internautes peuvent signaler tout contenu illicite à l'adresse redaction@magcentre.fr qui s'engage à mettre en oeuvre les moyens nécessaires à la suppression des dits contenus.