Paris : les expositions parisiennes de fin d’année à ne rater sous aucun prétexte

par Bénédicte de Valicourt

« Malick Sidibé, Mali Twist »

Au Mali, Malick Sidibé, décédé en 2016, avait été surnommé « l’œil de Bamako ». Normal au vu de ses charmants portraits qui nous font replonger dans toute une époque : celle où le Mali vivait encore dans une légèreté de bon aloi.

Curieuse destinée que celle de Malick Sidibé : dans les années 60, formé par le français Gérard Gillat, il s’improvise photographe de toute la jeunesse de Bamako. Dopée par l’indépendance du Mali (en juin 1960), elle s’organise en clubs et prend le nom des stars de l’époque. Il y a là les Chats sauvages, les Beatles, James Brown, qui posent visiblement avec grand plaisir devant l’objectif de Malick Sidibé, en mini jupes ou en pattes d’éléphant  quand ils ne vont pas s’ébattre, au son des musiques occidentales, au bord du fleuve. Malick Sidibé toujours un appareil à la main fait le tour des soirées, toujours à l’affut des derniers trucs inventés par cette jeunesse débridée. Dans son studio, il réalise aussi les portraits des Bamakois et commence à réparer des appareils photos. C’est là que la photographe Françoise Huguier, cofondatrice en 1994 de la biennale de la photo de Bamako, entre en jeu. En 1991, elle lui apporte son appareil photo et découvre avec stupeur des piles de planches contact et de négatifs. Elle lui propose aussitôt de les faire nettoyer à Paris et organise une expo de ses tirages lors de la première biennale de la capitale malienne. En 1996, elle prête la collection de tirage que lui a donné Malick Sidibé au Guggenheim de New-York, puis passe la main à André Magnin qui propulse Malick Sidibé sur la scène internationale. Depuis,  cet homme modeste est devenu célèbre, comme on le découvre avec plaisir, dans le film qui a été tourné sur lui et est présenté au sous-sol de l’exposition. Rafraichissant en ces temps de djihadisme forcené.

Fondation Cartier pour l’art contemporain – Paris 14e. Jusqu’au 20 février 2018 www.fondationcartier.com

« Etre moderne : le MoMA à Paris »

La fondation privée Vuitton nous en met encore plein la vue avec une sélection de plus de 200 œuvres d’art, issues d’un prêt exceptionnel du MoMA de New-York

C’est devenu une habitude : aujourd’hui les fondations privées arrivent à rassembler beaucoup plus d’œuvres d’importance que les musées publics. Magritte, Pollock, De Kooning, Evans, Calder, Cézanne, Duchamp, Klimt, Kusama, Magritte, Picasso, Mies van der Rohe, Stella, Signac… Ils sont tous là en majesté dans les vastes salles de la Fondation Louis Vuitton. Une fantastique collection de peintures, sculptures, dessins, estampes, photographies, films, œuvres numériques, performances, objets d’architecture et de design, qui esquisse au passage le portrait des mouvements artistiques de l’art moderne occidental au fil des décennies. Jusqu’au 5 mars 2018, à la Fondation Louis Vuitton. www.fondationlouisvuitton.fr

« Etranger résident, la collection Marin Karmitz »

Plus connu pour les films qu’il a produit et les salles de cinéma MK2 dont il est le fondateur, Marin Karmitz est aussi un très grand collectionneur

Profusion d’œuvre pour la collection de Marin Karmitz, parfaitement mise en scène à la Maison Rouge, dont il a complètement réaménagée l’espace pour l’occasion. Sa première acquisition, c’est le mineur de Gotthard Schuh, symbole de révolte et de résistance. Une image essentielle pour cet ancien militant, placée en amorce d’une vaste salle où les trajectoires personnelles et dramatiques dont l’étonnant « Kibboutz en Europe de l’Est » du lituanien Moïr Ver, se juxtaposent. Puis on passe de salles en salles par un grand couloir dans la pénombre, comme au cinéma, avec à gauche une niche abritant une œuvre, ce qui ménage à chaque fois un effet de surprise bienvenue. Il y a là beaucoup de grands de la photographie comme Josef Koudelka ou Anders Petersen et sa série « café Lehmitz », prises à Hambourg. Mais aussi un peu plus loin dans des salles plus vastes ou les œuvres d’époques différentes se confrontent, beaucoup de peintures, des dessins, de la sculpture et plusieurs installations de grande ampleur, comme celle remarquable de Christian Boltanski, grand ami de Marin Karmitz ou d’Abbas Kiarostami, le grand cinéaste iranien décédé récemment. Avec toujours comme trait commun entre ces œuvres qui balaient l’histoire du XXe siècle, une exigence et un engagement qui forme comme une toile de fond pour cette collection résolument personnelle et passionnante, dominée par le noir et blanc et où la figure humaine est majoritairement présente. A ne rater sous aucun prétexte.

Jusqu’au 21 janvier à la Maison Rouge.www.lamaisonrouge.org

« Paysages français-
Une aventure photographique (1984-2017) »

167 photographes sont partis à la recherche des paysages français en mutation. Loin des clichés de notre « douce » France.

A l’image de leurs 29 confrères photographes qui avaient été chargés par la Datar (1984) d’arpenter pendant 4 ans chacun un morceau du territoire national, pour en capter les caractéristiques, et y exercer leur regard d’artiste, sans idée de promotion ou d’inventaire, 167 photographes ont tenté à leur tour de photographier les mutations du pays. Cela donne plus de 1000 photos rassemblées par la BNf, chacune étant comme un reflet de son époque. Loin bien loin de la France éternelle et de son clocher dominant un village entouré de prés. L’ordinaire et le banal sont réhabilités, aux dépens du sublime et de l’exceptionnel.

« Paysages français. Une aventure photographique, 1984-2017 » Bibliothèque nationale de France, site François-Mitterrand, quai François-Mauriac, Paris,13e. Jusqu’au 4 février 2018. www.bnf.fr

« Dada Africa »

Taeuber Arp Motifs-abstraits @Stiftung Arp e.V, Berlin expo

« A bas l’art bourgeois occidental ». Ce manifeste pourrait appartenir au mouvement Dada, qui s’est volontiers jeté dans les bras de l’art des autres continents.   

Les dadas étaient-ils « gagas » d’art africain ? Oui, si l’on en croit les relations étroites de ce groupe cosmopolite et à composition variable, né au cœur de la tourmente de la Grande Guerre avec les arts africains amérindiens et asiatiques. Ils rejettent en bloc le monde de l’art du début du XXe siècle, ses conventions bourgeoises et l’ethnocentrisme de ses standards européens. On retrouve les masques de Marcel Janco, les tableaux colorés de la peintre suisse Sophie Taeuber-Arp, les collages d’Hannah Höch, associées à des œuvres moins célèbres, dans un accrochage qui conjugue explication et contemplation. Tout à fait intéressant. Jusqu’au 19 février. Musée de l’orangerie. www.musee-orangerie.fr

 

« Barbara »

En ce moment Barbara revient hanter Paris

Tous ceux qui ont toujours voulu tout savoir sur cette grande artiste,  se précipiteront à la Philharmonie qui lui consacre une exposition complète. Costumes, instruments, photographies, objets évoquent le souvenir de l’inoubliable interprète morte le 24 novembre 1997. Jusqu’au 28 janvier 2018 à la Philharmonie. https://philharmoniedeparis.fr

Dernière minute

« Christian Dior, couturier du rêve »

Pour célébrer son 70e anniversaire, la maison Dior expose ses plus belles créations aux Arts décoratifs. Plus de 300 robes , accessoires iconiques et croquis imaginés par les sept directeurs artistiques qui se sont succédé à la tête de la maison de couture parisienne depuis 1947 : Christian Dior,  Yves Saint Laurent, Marc Bohan, Gianfranco ferré, John Galliano, Raf Simons et  Maria Grazia Chiurri. Jusqu’au 7 janvier aux Arts décoratifs. www.lesartsdecoratifs.fr 

« Pascal Maitre, quand l’Afrique s’éclairera »

En Afrique, plus de 600 millions de personnes n’ont pas l’électricité.

Une réalité encore plus parlante, quand on regarde la photographie du continent comme « éteint », exposée à l’entrée de l’exposition consacrée à un grand reportage de Pascal Maitre, excellent connaisseur de l’Afrique et lauréat du prix Agence française de développement en 2016 (AFD). Au coucher du soleil, montre Pascal Maitre dans de grands formats en couleur, presque tout un continent plonge dans le noir : travaux domestiques, révisions des écoliers, accouchement, tout se fait à la lumière d’une lampe à pétrole, de panneaux solaires ou de l’écran d’un téléphone portable. Impressionnant. 
Jusqu’au 7 janvier, Maison européenne de la photographie. www.mep-fr.org

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