La sherpa de François Hollande à la COP 21 de retour aux affaires ligériennes

 

La boucle est bouclée.  Sa carrière politique avait décollé en 1997 parce que le président de région d’alors, Maurice Dousset (UDF) rêvait d’un aéroport dans le Dunois, à Beauvilliers.  Marie-Hélène Aubert la Verte, décrochait contre lui et contre toute attente au cœur de Beauce, un siège à l’Assemblée nationale. Vingt ans plus tard, alors que la saga Notre-Dame-des-Landes touche à sa fin, la native de Nantes qui fut de tous les combats écolo  au conseil régional à Orléans, revient à la Loire. Nommée présidente du conseil d’administration de l’Agence de l’eau Loire-Bretagne.  Entre temps, excusez du peu, elle fut à l’Elysée la sherpa de François Hollande pour la COP21.

Marie-Hélène Aubert, nouvelle présidente de l’Agence de l’eau Loire-Bretagne.

L’histoire a de ces télescopages ! Son premier conseil d’administration, elle l’a tenu le jour  où à Paris, Emmanuel Macron en remettait une couche sur le climat avec son « On planet summit ».  Le lendemain était attendu le nouveau rapport des trois experts sur Notre-Dame-des-Landes.  « D’emblée, j’ai prévenu le conseil d’administration de l’Agence : je n’ai plus aucun mandat, ni aucun engagement dans un parti politique…Ce qui ne m’empêche pas de garder mes convictions ». En son temps, la Nantaise a fait la manif contre le nouvel aéroport du grand ouest.  « Je ne vais pas dire le contraire, il y a des photos qui le prouvent ». En même temps, elle n’admet aussi que Nantes Atlantique freine le développement de la métropole qui étouffe.

Marie-Hélène Aubert.@wikipédia

Trump c’est catastrophique

Si vous la lancez sur les financements censés accompagner le changement climatique décidés lors de  de la COP 21, elle  est intarissable et vous détaille le mécanisme, les 100 milliards pour accompagner les pays en voie de développement, mais aussi l’espace « génération climat » qui avait été installé au Bourget, l’agenda de l’action qui tendait à sensibiliser « le monde industriel, agricole, la banque, la finance… . Cette « COP 21 qui n’aurait pas pu se faire sans les Chinois et Barack Obama », parce que ce sont « les deux pays les plus pollueurs », et si vous l’interrogez sur  le lâchage de Trump, elle vous dira que « c’est catastrophique », avec un bémol de fatalisme, « mais après tout il ne durera pas plus de cinq ans ».

 « On s’est défoncé avec passion » durant trois ans

Cette COP 21 ce fut son morceau de bravoure : « le Président a décidé que la France l’accueillerait en septembre 2012. Ce furent ensuite trois ans de boulot, plus qu’intense, “on s’est défoncé avec passion ». Des deux têtes qui firent la COP, Ségolène Royal et Laurent Fabius, elle dit, « deux animaux politiques, deux poids lourds de ce calibre qui ont permis la réussite du sommet ».  Deux grands fauves qui ne pouvaient pas s’encaisser. « Fabius a été impressionnant de professionnalisme, d’efficacité, il a une telle notoriété à l’étranger qu’il lui suffisait de décrocher son téléphone pour faire venir les chefs d’Etat ». Ségolène Royal n’a pas été en reste, “mobilisant l’Europe, les acteurs de la société civile ». François Hollande a tout fait “pour qu’ils se supportent jusqu’au bout…“, l’art de la synthèse une fois de plus.

Comment une professeure, documentaliste à l’origine, militante verte se retrouve t-elle un jour sherpa de François Hollande pour la COP 21 ? Après son quinquennat à l’Assemblée nationale dont elle fut vice-présidente, de 1997 à 2002, et au passage un bouquin sur « les OGM pourquoi faire ? », Mme Aubert conduit aux Européennes la liste des Verts sur le grand ouest et se retrouve au Parlement européen.  C’est là qu’elle côtoie des éléphants du PS et un certain Stéphane le Foll la sollicite pour rejoindre l’équipe de campagne de François Hollande.  « Chez les Verts j’étouffais, j’avais besoin de respirer… .  J’ai dit d’accord, cela m’intéressait de conseiller quelqu’un dont l’écologie n’était pas la culture ». Elle se retrouve durant la campagne, responsable du pôle énergie et développement durable. Une fois à l’Elysée, François Hollande, lui a demandé d’intégrer le cabinet, dans la cellule diplo,”j’étais chargée des dossiers internationaux ». Le genre de poste qui ne se refuse pas.

Elle ne cache pas toujours aujourd’hui son affection et son admiration pour François Hollande qui a été « injustement maltraité, c’est une anti star, quelqu’un qui n’a jamais fonctionné à l’esbroufe à la com. ».

Quant au fonctionnement de l’ancien Président au quotidien, « c’est un roc physiquement et mentalement, je ne l’ai jamais vu énervé, fatigué, malgré tout ce qu’il a vécu, surtout au moment de Charlie, du  Bataclan », souligne t-elle.

Deux ans après la COP 21, elle est donc nommée présidente de  L’Agence de l’eau, retour à la case Loire donc, dont elle fit son miel à l’assemblée régionale du temps des fameux plans Barnier, Loire grandeur nature ».

Rompue à la diplomatie

Aujourd’hui, elle n’a plus de mandat ni d’activité politique, mais elle ne met pas ses convictions sous son mouchoir. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’hériter de la présidence d’une agence de l’eau en 2017 n’est pas une promesse de sinécure. C’est en effet le moment choisi  par le ministère alors qu’il faut accélérer la transition écologique,  pour diminuer le budget de 30% et transférer 50 millions des caisses de l’Agence vers la biodiversité, l’ONC (Office national de la chasse), et les parcs naturels. Bercy a décidé, la mise en place d’un “plafond mordant” sur le produit des redevances sur l’eau, qui réduira les moyens dont disposent les agences de l’eau. Mais aussi l’augmentation de 150 à 200 millions d’euros du prélèvement en faveur de l’Agence française pour la biodiversité (AFB), ainsi qu’un nouveau prélèvement en faveur de l’Office national de la chasse et de la faune sauvage.

Au moins son passage dans les sphères des affaires étrangères aura rompu Marie-Hélène Aubert à la diplomatie. « Ce nouveau cadre budgétaire doit susciter un effort d’évaluation de ce que font les Agences et estimer quelle priorités nous nous donnons afin d’être plus efficaces ».  Elle la veut plus « communicantes » aussi, vers le grand public qui après tout, finance les agences à travers sa facture d’eau.  

Les pistes existent pour faire mieux avec moins, comme la fin « des logiques de guichet » et la sortie de l’égoïsme communal, « chacun son adduction d’eau »,  pour aller vers une approche inter co

Les  grands chantiers sont derrière

A l’aube du onzième programme de l’Agence, les grandes infrastructures comme les stations d’épuration, les adductions d’eau, sont derrière nous. « Aux agences de repenser le cadre de leurs interventions en les adaptant aux  enjeux de l’époque en particulier le réchauffement climatique ».

Michel Barnier aujourd’hui négociateur du brexit pour l’UE.

La Loire à Châtillon-sur-Loire (Loiret).

Au cours de sa carrière dédiée à la défense de l’environnement, Marie-Hélène Aubert a appris à naviguer, parfois à nager à contre-courant.. Dans le civil inspectrice de l’environnement au CGEDD  (Conseil général de l’environnement et du développement durable) depuis 2016, elle a créé avec Michel Griffon et Bruno Parmentier l’association internationale pour une agriculture écologiquement intensive lorsqu’elle enseignait à l’ESA d’Angers. (Ecole Supérieure d’Agricuture), « J’ai  pris des tombereaux d’insultes » de ses anciens amis  écolos.  Présidente de l’Agence de l’eau, même à temps très partiel, une charge bénévole qui ne lui rapporte pas un euros de plus, elle s’en réjouit d’avance. « C’est à la croisée de tous les enjeux sur lesquels j’ai travaillé”, dit cette ligérienne pure sucre. « J’ai beaucoup circulé, j’ai fait plein de choses en Bretagne, j’ai vécu à Nantes, à la Flèche, à Tours, huit ans à Châteaudun puis à Chartres, à Angers…Paris ce n’est pas chez moi, la Loire c’est chez moi ».  Pour autant, hormis quelques conseils d’administration et des travaux en commission à Orléans, Marie-Hélène Aubert continuera à vivre à Paris pour exercer son métier au ministère de la Transition écologique. «J’ai une expérience et je m’estime légitime pour dire certaines vérités et essayer de mobiliser des ligériens et être efficace, trouver des solutions innovantes ».  Autre atout sa bonne entente avec le président du Comité de bassin, nouveau lui aussi, Thierry Burlot Thierry Burlot un breton proche de Jean-Yves Le Drian, qui a succédé à Joël Pélicot, lui aussi ancien conseiller régional. 

En novembre le CA de l’agence avait reporté son vote sur le budget 2018 en attendant confirmation des mesures du gouvernement. Les ponctions ont été confirmées et Loire-Bretagne votera le 11 janvier sur ce dispositif qui a fait hurler les Comités de bassin (les parlements de l’eau).  Nommée par le conseil des ministres, représentante de facto du ministère de la transition écologique, Marie-Hélène Aubert en bonne ligérienne, sait bien qu’à l’Agence non plus, la Loire n’est  toujours pas un long fleuve tranquille.

Ch.B

 

Commentaires

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  1. Cela vaut la peine de lire et relire l’article du Point consacré à son exfiltration vers un poste d’inspectrice bénéficiant d’une rémunération miraculeuse. Merci qui ? Merci François (Hollande).

    • Il convient , ici , de ne rien lui retirer de ses qualités , et encore moins de son parcours . L ‘ environnement , l ‘ écologie de terrain , voici ses domaines de prédilection , d ‘ action . Diriger l ‘ Agence de l ‘ Eau Loire – Bretagne ; ” Elle le vaut bien ” .

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