Les vins de Loire invitent au voyage

Voyager avec le vin, grâce au vin, n’est-il pas un bon programme pour ces fêtes de fin d’année ? Voyager avec le vin n’inclut pas l’ivresse mais la modération qui permet d’en savourer l’esprit.  Alors imaginons  autour de la table familiale en fête, un de ces breuvages merveilleux qui jalonnent la Loire et ses affluents sujet d’une conversation animée, fraternelle et constructive. Ne sommes-nous pas en région Centre-Val-de-Loire !

 

Nos vins ont une histoire  qui est aussi la nôtre car point de vin sans vignerons, sans fabricants de barriques, sans consommateurs et « par chez nous », point de vin   sans fleuve  pour le véhiculer depuis des temps immémoriaux. Des fouilles ont révélé que les Eduens, des Gaulois bourguignons, faisaient déjà voyager leurs productions  viticoles jusqu’à Orléans et Tours.

Dès le haut Moyen-Age, les abbayes,  les évêques et les chanoines multiplient les parcelles de vignes  dont les produits  obtiennent une  belle notoriété. En 1148, Louis VII offre à  l’évêque de Lisieux une barrique  de vin issu du vignoble d’Orléans. Cadeau royal ! Au temps de Jeanne d’Arc, Charles VII déclare à qui veut l’entendre que les  vins de la région  sont « les plus propres pour le corps humain que l’on puisse trouver ». A partir du XVIème siècle, par Nantes, port maritime qui concentre  tout le trafic sur la Loire, les  vins de Loire  gagnent l’Angleterre, les Pays-Bas et les pays nordiques. Sous Napoléon Ier de  grandes quantités de barriques sont aussi acheminées au cœur de l’Europe et jusqu’en Russie  pour soutenir la Grande Armée qui réclame d’énormes quantités de vin afin de se donner  du cœur à la bataille et tenir face au froid moscovite.

Dans nos verres, dans nos mots   le passé revient  avec son lustre d’épopée. La table  s’enrichit de rêves et les vins de Loire exultent. Les rouges d’abord, légers et agréables en bouche, les blancs ensuite avec leur vivacité,  chenin sec, demi-sec, moelleux ou brut, il n’y a que l’embarras du choix, folle  blanche, pineau de Loire, chardonnay, chasselas, romorantin… Quelle diversité et quelle richesse pour les palais, pour les langues qui se délient et abordent la vinification à la source du fruité qui participe au renom  des vins de Loire !

Que de talents, que de savoir- faire ancestraux auxquels il faut ajouter le savoir-boire qui possède  aussi ses règles : ne pas déboucher un flacon dans les trois mois qui suivent l’embouteillage.  Il faut laisser au vin le temps de s’habituer  au verre qui l’emprisonne.

Vins de nos terroirs

Plaisirs du Cœur de France mais aussi  du reste de l’hexagone. Dans chaque région ou presque des liens indestructibles se sont tissés entre  la populations et le vin. Alsace, Bordeaux, Bourgogne, Champagne, Côte du Rhône, Languedoc-Roussillon, Charentes et Gascogne, Corse, Jura… Partout le vignoble a contribué à nous révéler  nos terroirs et à écrire leur histoire. Un très beau livre « Histoire des vins de France » publié aux éditions De Borée en  donne le panorama. Il retrace l’histoire de ces vignes accrochées à leur sol qui ont façonné tant de vies, une génération après l’autre, qui ont dessiné des paysages et pesé sur l’architecture des maisons. Une histoire mais aussi une actualité avec sa diversité et ses splendeurs. Les textes de Serge Pacaud et de Pascal Goubert  coulent devant le regard, précis, émaillés  d’explications et de conseils bons à enregistrer. S’il n’y avait qu’eux ce serait déjà beaucoup mais il y a aussi les illustrations comme autant de fenêtres sur  un univers de verdure et de soleil, de labeur et de passion. A ces deux atouts il faut ajouter une mise en page élégante et astucieuse qui facilite l’abord de chaque région.  Ainsi, en Centre-Val-de-Loire, la Touraine  nous conduit dans ses caves avant que le Chever, le Sancerre et le Saint-Pourçain nous invite aux vendanges avant que l’ensemble nous invite à une dégustation accompagné des commentaires éclairés d’un vigneron.

Pour nous mettre en bouche Périco Légasse, le célèbre critique gastronomique, préface ce bel ouvrage et conclut : « N’y allons pas par quatre rangs de vigne, l’Histoire des vins de France se confond avec l’Histoire de la France. Puisse cette confusion éternellement demeurer ».

F.C.

Histoire des vins de FranceSerge Pacaud, Pascal Goubert
Editions De Borée, 222 pages, 34 euros

Recevez chaque jour les nouveaux articles par e-mail

Votre e-mail ne sera communiqué à aucun tiers et servira uniquement à vous envoyer les titres chaque jour par e-mail