Une France rurale, à 80 km/h

C’est fait, depuis ce jour, même si la mesure n’entrera vraiment en vigueur que le 1er juillet : la vitesse est abaissée à 80 km/h au lieu de 90 sur les routes à deux voies sans séparateur central. Autrement dit les 400.000 km de routes départementales, appelé aussi « réseau secondaire ». Objectif du gouvernement : faire baisser la mortalité sur les routes, repartie à la hausse depuis 2014. Une mesure qui divise, et dont personne aujourd’hui ne sait si elle sera réellement efficace, les résultats des tests effectués sur 81 km de routes entre 2015 et 2017 n’ayant pas été rendus officiels…

Le CISR (Comité interministériel de Sécurité routière) a rendu son verdict, et le Premier ministre Édouard Philippe y était, personnellement, favorable : la vitesse sera donc abaissée à 80 km/h sur 400.000 km de routes secondaires, au lieu de 90 km/h actuellement, à compter du 1er juillet. Partir en vacances pied au plancher sur les petites routes de campagne ? N’y pensez plus… même si, à 90 km/h on allait déjà pas bien vite, eut égard aux nombreux changements de limitations de vitesse (30, 50 et 70 km/h) : la vitesse moyenne constatée sur les routes départementales est de 84 km/h. Ces routes à deux voies, sans séparateur central, sont majoritairement les routes départementales, et quelques rares tronçons de routes dites « nationales » non équipées. Une mesure que le Premier ministre sait « impopulaire », mais dont il prend le risque, pour « sauver des vies ». 200 à 400 vies par an seraient ainsi « sauvées », mais comment en être sûr, quand les résultats des tests effectués entre 2015 et juillet 2017 sur 81 km de voies seulement ne sont pas rendus publics ? À ce sujet, le président du Sénat Gérard Larcher, a solennellement demandé dimanche 7 janvier sur RTL que ces résultats lui soient livrés, appuyant une demande faite officiellement trois jours plus tôt par une cinquantaine de sénateurs ; sans succès pour l’heure. Que cachent les résultats de ces tests ? De là à imaginer qu’ils n’ont pas été très concluants… Édouard Philippe a cependant prévenu que « Si les résultats ne sont pas à la hauteur de nos espérances au 1er juillet 2020, le gouvernement prendra ses responsabilités ». La facture liée au changement des panneaux sera « intégralement prise en charge par l’État ».

Prévention ? Répression ?

Les partisans de cette baisse de la vitesse avancent les chiffres de la mortalité routière, repartis à la hausse depuis 2015. En 2016 notamment c’est sur une partie des 400.000 km de routes « départementales » qu’on eu lieu 55 % des accidents mortels : 1.911 tués sur les 3.477. 32 % de ces accidents l’ont été à cause de vitesses excessives. Elles aggravent les premières causes d’accidents qui demeurent comportementales : conduite sous l’emprise d’alcool, de stupéfiants, et distractions au volant à savoir usage du smartphone… Est-ce d’abaisser à 80 km/h la vitesse sur les routes qui va changer ces comportements-là ? Beaucoup en doute, à commencer par les associations d’automobilistes qui sont vent debout contre cette décision. La plus connue, 40 millions d’automobilistes regrette franchement qu’on « s’accroche à la vitesse, sans s’attaquer aux vraies causes de la mortalité sur les routes, en premier lieu les conduites sous alcool et stupéfiants, et l’usage du téléphone mobile ou tout autre objet occasionnant une distraction ». Dans le collimateur également : la fatigue. Fait-on suffisamment de prévention avec ce tout répressif ? Probablement pas.

La présence des radars automatiques n’a pas changé grand chose

Les partisans de cette baisse de vitesse – notamment la Ligue contre la violence routière – sont eux plutôt satisfaits de ces mesures. Jean-Luc Carl, correspondant local de Loir-et-Cher, estime que « c’est une très bonne nouvelle. Ça correspond aussi à une demande sociale, notamment des riverains des routes départementales, qui demandent un abaissement de la vitesse ». Il reconnaît aussi que « pour que ça soit crédible, il faudra que ça soit suivi d’effets et de contrôles ».

Derrière ce que certains qualifient de mesurette, qui pourrait encore aggraver le fossé grandissant entre une France plutôt métropolitaine bien équipée (aux routes munies de séparateurs centraux) et une France rurale aux routes à 80 km/h, l’autre étage de la fusée sera celui de l’arrivée progressive en 2018 des radars embarqués à bord de véhicules conduits par des société privées. Quasiment indétectables, pouvant attraper des contrevenants dans les deux sens, ces véhicules radars suscitent bien des interrogations, dont il est pour le moment bien difficile d’obtenir des réponses auprès des autorités compétentes – notamment les préfectures de Loir-et-Cher et du Loiret – qui ne savent encore rien sur l’arrivée de ces fameuses société privées de radars embarqués. Magcentre.fr espère pouvoir en dire plus dans une enquête en cours à paraître prochainement.

En attendant, les automobilistes des routes de campagne ont six mois pour se préparer à devoir jongler entre la 5e vitesse (où ils seront en sous régime) et la 4e (où ils seront en surrégime, et donc en surconsommation, pas très écologique) pour tenter de se maintenir à 80 km/h. Et surtout se souvenir que depuis 2014, le nombre de radars automatiques a été augmenté en France… sans que rien ne change (1). Répression, vous avez dit répression ?

F.Sabourin.

(1) Le nombre de radars automatiques fixes est actuellement de 4.600 en France ; 100 de plus sont annoncés en 2018. Il était de 2.200 en 2012. En 2016 ils ont rapporté 920 M€. Leur coût de fonctionnement s’établirait autour de 220 M€ par an pour la totalité des radars.

NB : plus d’informations et de réactions sur ces mesures en lisant Magcentre.fr dans les prochains jours.

18 mesures prises pour « agir sur les comportements des conducteurs »

Parmi elles, la lutte contre l’alcoolémie au volant. Tout conducteur dont le permis aura été retiré pour la deuxième fois pour alcoolémie ne pourra le récupérer qu’en équipant son véhicule d’un éthylotest anti-démarrage et en se soumettant à un suivi médical. L’usage du téléphone au volant devrait aussi être plus sévèrement réprimé : il sera possible de se faire confisquer son permis de conduire en cas de flagrant délit d’utilisation du téléphone en conduisant, si celle-ci s’ajoute à une autre infraction, comme l’oubli du clignotant par exemple. Tout conducteur contrôlé positivement à des stupéfiants ou à un taux d’alcool dans le sang supérieur à 0,8 gramme verra son véhicule placé immédiatement en fourrière immédiatement pour une durée de sept jours.

 

Commentaires

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  1. les 220 millions vont à des sociétés privées et il sera de même pour les voitures banalisées.
    La traque du contribuable solvable est plus aisée que celle des fraudeurs du fisc, des allocations, du RSA , du chomage et surtout très rentable!!!!

    • Mais que pèsent ces 220 millions à côté des 20 000 vies sauvées par les radars depuis 2002 et du coût des accidents de la route évalués à 20 Milliards d’Euros par an payés par la collectivité !

  2. Je vous suggère de faire une enquête auprès des professionnels.Artisans, livreurs, transport en autocar, taxis etc; Quelles modifications de tarifs et d’horaires cela va-t-il entraîner? Je pense notamment au transport scolaire qui utilise beaucoup le type de routes concernées. La mesure étant effective au premier juillet, doit-on s’attendre à des modifications de tarifs et d’horaire à la rentrée de septembre 2018?

  3. A moins d’être insensibles aux véritables enjeux de sécurité routière et de bien mal défendre les automobilistes, les opposants à la nouvelle limitation de vitesse mise en place par le Gouvernement (80Km/h sur une partie du réseau routier) semblent étrangement frappés d’amnésie, et oublient juste que la diminution du nombre des victimes de la route a toujours été étroitement corrélée au balisage législatif mis en place au fil du temps : ceintures de sécurité avant obligatoires en 1973, limitations de vitesse plus sévères en 1974 et 1983, répression de l’alcoolisme au volant en 1984, contrôles techniques obligatoires en 1985, ceinture de sécurité arrière en 1990, sièges spécifiques pour enfant et permis à points en 1992 etc. Et pourtant combien chacune de ces décisions fut en son temps décriée.

    Ce résultat sans appel (18 034 morts et 386 874 blessés sur les routes Françaises en 1972 contre 3 477 tués et 72 645 blessés en 2016), démontre combien les arguments développés à l’encontre de ces mesures, ont toujours été balayés par les améliorations obtenues et le seront encore face à l’impérieuse nécessité d’enrayer la hausse de la mortalité routière enregistrée depuis 2013.

    • Finalement, il aurait été plus honnête de reconnaître que la voiture n’aurait jamais du recevoir d’autorisation de mise sur le marché. En quelques décennies elle aura fait autant presque autant de morts que les guerres. Les législations de plus en plus contraignantes vont accompagner un changement de technologie en douceur. Nous allons vers les véhicules autonomes en accès partagés: plus de conducteurs amateurs, plus de défaut d’entretien, un parc de véhicules homogène. Le nouveau contrôle technique va faire des ravages sur les voitures de plus de 10 ans Et ceux qui seront obligés d’en acheter des neuves achèteront au prix fort des véhicules déjà obsolètes afin de financer la transition technologique. On nous parle du passage au tout électrique mais en réalité c’est la fin de la voiture “individuelle” qui est programmée en même temps d’ici 2030.

  4. Je souhaiterais simplement que toutes les routes secondaires, et beaucoup de rues de villages, soient séparées en leur milieu par une bande jaune visible. Efficacité garantie pour une conduite sereine et respectueuse des limitations de vitesse. Les chicanes qui se multiplient me paraissent plus dangereuse qu’utiles.

  5. 80 KM/H ! Avons nous le choix, qui gouverne ? Pas moi !
    Mais j’irai plus loin, 80 km/h ce n’est pas assez comme mesure.
    – ZERO gramme pour l’alcoolémie et les stupéfiants et annulation du permis de conduire pour ces zozos tueurs + de lourdes amendes + la taule (en fonction des paliers) et pas de cadeau !
    – Abaissement de 10 km/h de la vitesse de tous les camions et transports en communs sur les routes à 80 km/h !
    – Etc, la liste peut-être longue.
    Pas de mesurettes, comme je viens de lire ci-dessus, pour les alcoolos/poivrots et les drogués/dopés. Pas de pitié, tolérance zéro, ce sont des TUEURS en puissance !
    J’en ai rien à foutre de ces gens là, qui eux ne respecteront pas le 80, comme ils ne respectent rien d’ailleurs !

    • Tout à fait d’accord. D’ailleurs, ce type de tueurs devrait être passible de la cour d’Assise. Il est intolérable que des familles soient décimées sur la route à cause d’alcooliques et de drogués. Le transport routier de marchandise doit aussi être surveillé de très près, car on sait très bien que sa pseudo compétitivité est en grande partie due au contournement des règles.

  6. La modulation en fonction du profil de la route doit être privilégiée. Dans un monde idéal, cette modulation serait appliquée spontanément par les conducteurs .
    Malheureusement, nous vivons dans un pays où la régulation par le découragement est toujours préférée à l’incitation et l’éducation.
    Il faudrait aussi inciter à la courtoisie au volant aussi bien pour les excités qui ne respectent pas les distances de sécurité que pour les “justiciers” qui vont vous empêcher de rouler plus vite que la vitesse qu’ils estiment adaptée. J’ai roulé très vite, je n’ai jamais “collé” qui que ce soit et je me suis toujours rabattu pour laisser passer ceux qui roulaient plus vite que moi, et pas un seul accident en 40 ans de conduite en appliquant un principe: de vitesse adaptée à la route et pas d’ agressivité vis-à-vis des autres usagers. La bonne vitesse dépend de la configuration de la route. Certaines routes de campagne sinueuses et étroites ne permettent de rouler en sécurité qu’à 50 ou 60 km/h, tandis que de longue et large routes permette le 100 Km/h sans danger.

    Mais nos brillants énarques n’en ont cure : ils préfèrent une règle administrative uniforme et idiote..

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