Stéphanie Rist ne votera pas la proposition de loi sur l’installation des médecins

Jeudi 18 janvier sera débattue à l’Assemblée nationale une proposition de loi du groupe Nouvelle gauche qui propose de déconventionner les médecins qui s’installeraient dans des zones « sur-dotées ». Stéphanie Rist, députée de la 1ère circonscription du Loiret ne la votera pas, et s’en explique dans une tribune :

Stéphanie Rist.

“En tant que médecin, en tant que députée engagée depuis longtemps contre la désertification médicale et pour l’accès aux soins, je ne voterai pas cette proposition de loi. Elle part de constats justes pour proposer de mauvaises solutions.

C’est vrai, la désertification médicale est une réalité. C’est vrai, elle ne concerne plus simplement les zones rurales, mais un nombre croissant de villes. Médecin hospitalier à Orléans pendant plus de 15 ans, j’ai été aux premières loges pour le constater. Mais il ne suffit pas de dénoncer le mal pour lui apporter un remède.

C’est vrai, la demande est forte, partout en France, pour contraindre les médecins à s’implanter, notamment par le biais du conventionnement. Mais il ne suffit pas de reprendre à son compte une demande qui prétend gommer les symptômes pour guérir les causes.

Le cœur de la proposition de loi vise à limiter l’implantation de nouveaux médecins conventionnés dans des zones déjà bien dotées en praticiens libéraux. Cela suppose qu’il existe dans notre pays un temps médical suffisant, mais mal réparti. Ce n’est pas le cas aujourd’hui.

Dans ces zones prétendument sur-dotées, le dé-conventionnement n’est pas un outil efficace. Son effet désincitatif ne compense pas les avantages objectifs du lieu de vie et des conditions de pratique offerts par ces zones à un médecin non conventionné.

D’ailleurs, cette proposition a été formulée sans concertation avec les praticiens. Après des années de rapports très tendus entre le monde politique et le monde médical elle risque de détériorer la situation alors que la démarche de concertation privilégiée depuis juin par le gouvernement et la majorité a permis d’améliorer la confiance des professionnels de santé.

Cette proposition ne réglerait donc ni le problème apparent, ni ses causes profondes, et sans impliquer ceux qui en assumeront les premières conséquences.
Nous devons penser plus grand, pour ne pas poser des pansements sur des plaies de plus en plus béantes, en se donnant bonne conscience par des mesures populaires, mais simplistes. Force est aussi de constater que notre politique territoriale de santé manque de cohérence.

Enfin, en ce qui concerne la formation, les problèmes sont nombreux. A l’heure actuelle, le taux d’échec au terme de la première année de médecine est considérable – de l’ordre de 75% à 80%. Cette situation entraîne de réels problèmes, tant pour les étudiants et leurs familles que pour notre système de santé et l’attractivité des études de santé en France, confrontées à une concurrence européenne.

En Automne dernier, le gouvernement a annoncé une série de propositions pour faciliter l’accès aux soins, dont l’amélioration passe évidemment par une promotion de la télémédecine, une incitation
aux pratiques avancées, un doublement du nombre de maisons de santé pluriprofessionnelles entre autres. Ces mesures sont essentielles, nécessaires. Elles se heurtent pourtant, encore une fois, au manque de temps médical disponible. Les enjeux sont gigantesques. Nous devons agir vite.

Mais nous ne pouvons pas nous précipiter, en laissant passer l’occasion d’inventer les moyens d’y répondre de manière sérieuse, responsable, à long terme ; au risque sinon d’en payer le prix – ou, le plus souvent, de laisser les plus faibles le payer.

C’est pourquoi je travaillerai sans relâche pour construire un système de santé juste et efficace. Pour repenser l’accès aux études de médecine, développer et évaluer la coopération hospitalière dans les territoires, assurer un suivi des mesures déjà annoncées pour qu’elles tiennent toutes leurs promesses. C’est pourquoi je ne voterai pas cette proposition de loi inefficace et court-termiste”.

Commentaires

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  1. Les 75 à 80 % d ‘ échecs en 1ère année de médecine : pourquoi ? Là notre députée ne répond pas et ne propose aucune solution .
    Sur la problématique globale , pour l ‘ instant , elle n’ annonce pas assez de solutions ; elle a encore beaucoup a travailler sur le sujet ; nous les patents restons devant le problème .

    • Le résultat des ” moyennes ” en usage depuis le scolaire qui finit par ne faire que des ” moyens “, voire des ” crétins prétentieux “.

  2. Encore quelqu’un qui trouve les idées autres que les siennes simpliste.
    Cependant,
    Ce n’est pas une contrainte stricte sur le choix du lieu d’installation.
    C’est la possibilité pour les systèmes sociaux de ne pas financer comportement non souhaitable.
    Défavoriser l’installation de soignant dans les zones sur-représentée favorise l’equiponderalite entre soignants et soignés.
    Même si ça ne résout pas le défaut du potentiel de soins nécessaire.

  3. Une position que l’on comprend sans mal. S. Rist est liée, tout Orléans le sait, à un certain nombre de lobbys médicaux et pharmaceutiques. Elle préfère faire payer les pouvoirs publics pour des aides à l’installation ou construire des MSP là où une seule loi aurait déjà tout réglé. Combien d’argent public englouti au profit du lobby médical ? Qu’elle sorte d’Orléans et tienne ce genre de discours, elle sera bien reçue.

  4. Je suis plutôt favorable à la médecine libérale. Toutefois, cela n’interdit pas de mettre certaines bornes.
    Je ne me prononcerai pas sur cette proposition de loi connaissant mal le sujet.
    Par contre, il semblerait que de plus en plus de médecins femmes, pour des raisons familiales tout à fait légitimes, et sur lesquelles (les raisons) je ne porterai aucun jugement, semblent n’exercer la profession qu’a temps partiel.
    Je ne vois pas ce sujet évoqué dans les articles que j’ai pu lire sur la désertification médicale.
    Si cela est exact, et en bonne logique, il faudrait augment le numerus clausus: 1/2 + 1/2 pour faire 1…
    et, en complément, dans quelle régions s’installent ces médecins à temps partiel?
    Quelles mesures prendre pour régler ce problème?

  5. Cela fait 60 ans que cela existe pour les Pharmaciens sans que ça pose problème.
    Le médecins soi-disant “libéraux” ne doivent pas oublier qu’ils sont rémunérés par la collectivité (sécu) et que leurs longues études sont financées de même !
    Alors un peu de coercition fera du bien à tout le pays.

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