Blois : les rythmes scolaires vont-ils changer de rythme ?

­Depuis le décret relatif aux dérogations à l’organisation du temps scolaire paru au Journal officiel du 28 juin dernier, chaque municipalité a le choix, ou non, de revenir à la semaine de quatre jours ou de rester à 4,5 jours. La ville de Blois a lancé une enquête à l’automne dernier, auprès des enseignants, parents d’élèves et enfants des écoles. Le temps de la restitution est venu, mardi 16 janvier à l’Espace Jorge-Semprun, et début février le temps du vote, pour savoir quel scénario sera choisi. Une concertation pas si évidente que cela, en fonction de la question posée et des attentes des professionnels et parents d’élèves.


L’intérêt de l’enfant prime-t-il sur les intérêts économiques d’une municipalité, et aussi sur ceux des parents, confrontés à des difficultés d’organisation dès lors que leurs enfants ne sont plus en classe ? On peut se poser la question, à l’issue de la soirée d’échanges du 16 janvier entre la municipalité de Blois, les enseignants et parents d’élèves, sur l’éventuel retour à la semaine de quatre jours.

(de g. à d.) Benjamin Vételé, Marc Gricourt, Damien Bertrand.

En octobre et novembre dernier, une enquête a été menée dans les écoles, par l’Observatoire de l’économie et des territoires de Loir-et-Cher. Un succès selon le maire Marc Gricourt, son adjoint délégué à l’éducation Benjamin Vételé, et le directeur général adjoint en charge du sujet Damien Bertrand. 1.350 questionnaires ont été exploitables, représentant 640 familles et 430 enfants, soit 16 % des élèves des écoles élémentaires. 135 enseignants (48 %) ont également répondu à l’enquête ; 40 Atsem (Agent territorial spécialisé des écoles maternelles), 30 agents d’entretien et de restauration ainsi que 70 animateurs des fameux temps d’accueil périscolaires ont également répondu. Est constatée une surreprésentation de certains quartiers (Centre, sud et est) ; une sous-représentation des familles monoparentales ; une surreprésentation des cadres et professions intellectuelles supérieures et des employés. Il a donc fallu pondérer les résultats de cette enquête.

Enfants fatigués

Ce qui en ressort cependant n’est pas, à proprement parler, une surprise : une fatigue accrue en fin de semaine est constatée chez les enfants ; la régularité des heures de coucher est plus propice que l’heure elle-même (comprendre : il vaut mieux coucher les enfants tous les soirs de la semaine à la même heure y compris le week-end – tôt si possible – que de les faire veiller plus tard pendant le week-end). Du côté des professionnels, on constate que la pause méridienne (l’heure du déjeuner) est trop longue : actuellement deux heures ; les demi-pensionnaires retournent en classe surexcités, alors que les externes bénéficient d’un vrai temps de pause hors collectif, et sont plus calmes. Enfin, les apprentissages sont plus favorables en début de matinée et en début de semaine. Les journées sont également trop longues – en moyenne un enfant passe 9h03 à l’école – « il passe plus de temps à l’école que moi au travail ! » soulignera cette maman d’élève. Mais « en même temps » que sont sollicitées par tous des journées de moins de six heures (enseignants, parents et enfants), pour trois familles sur dix les nouveaux rythmes scolaires de 4,5 jours ont eu une incidence financière difficile, car il faut bien faire garder les enfants hors des temps de classe. Et donc ils restent plus longtemps à l’école… « Il y a 1.200 enfants inscrits en ALP (Accueil de loisirs périscolaire) le soir, 400 de plus qu’en 2013. 300 enfants sont en outre inscrits au dispositif d’aide aux leçons lancé en 2017 dans 17 écoles du blésois » indique Benjamin Vételé.

Trois scenarii possibles. Un vote début février

Alors que va donc faire la majorité municipale ? Revenir aux quatre jours par semaine ? Réduire le temps scolaire quotidien (que la réforme Peillon en 2014 était censée faire en passant de quatre à quatre jours et demi mais finalement non) ? Trois scenarii sont proposés (voir l’infographie ci-dessous) mais celui qui a les faveurs du maire et ses adjoints est sans conteste le scénario aux 4,5 jours, en modifiant l’heure de rentrée le matin (9h au lieu de 8h45), en réduisant la pause méridienne d’un quart d’heure (1h45 au lieu de 2h) et en maintenant les ALP jusqu’à 18h30. Les deux autres scenarii prévoient une semaine de quatre jours, mais avec une fin des ALP à 18h au lieu de 18h30, voire dans le troisième scénario un grignotage de la dernière semaine de grandes vacances d’été.

C’est sur ces temps d’accueil périscolaires (les fameux ALP) que le débat avec la salle a été le plus intéressant, et intéressé. Composée d’un nombre non négligeable de parents d’élèves, l’assistance a soulevé plusieurs interrogations sur leur sort, leur durée, leur coût. « Dites que vous vous arrêterez à 18 heures, mais ne dites pas que l’ALP pourrait aller jusqu’à 18h30 dans les scenarii deux et trois » a interpellé un des parents dans la salle. Pour trouver réponse à cette épineuse question des temps scolaires et périscolaires, il faut creuser l’enjeu financier : « quel est le scénario le plus économique ? Le scénario 2, en pariant sur une baisse des enfants à l’ALP », insiste Benjamin Vételé. « Le scénario 1 permet lui de maintenir le fonds de soutien de 410.000 € », ajoute-t-il encore. Ce fonds est en effet d’un enjeu crucial pour les municipalités, et permet de faire face aux dépenses en ressources humaines, notamment les animateurs nécessaires pour ces temps de garderie améliorés où les enfants peuvent faire des activités créatives, sportives ou d’apprentissage du spectacle (entre autres). À Blois, 410.000 €, c’est 410.000 €, soit par exemple quasiment le montant de la subvention à la caisse des écoles, pour l’achat de matériel pédagogique, (440.000 €).

Le scénario 1 visiblement privilégié

Avec tout ça, on est à la fois très proche et très loin du fameux « intérêt de l’enfant », dont tout le monde aimerait qu’il passe moins de temps à l’école, mais dont la réalité sociétale fait qu’il doit quand même y passer beaucoup de temps, si l’on veut que ses deux parents travaillent pour faire bouillir la marmite… En marge de la soirée, une directrice et deux enseignantes d’une école maternelle du centre-ville se disaient elles plus favorables à un mercredi chômé et une demi-journée scolaire le samedi matin, ce qui génèrerait entre autres des problèmes du côté des familles divorcées avec gardes ou week-end alternés. « Les temps d’ALP pourraient aussi être des temps où les enfants ne font rien, encadrés mais sans rien faire. Ils sont demandeurs de temps calmes » expliquait cette professionnelle d’un centre social de la ZUP. Comme si la peur du vide et de l’ennui obligeait notre société à tout remplir tout le temps…

L’enquête est faite, sa restitution aussi. Le débat est lancé, et il y a fort à parier qu’il va se poursuivre jusqu’en début février où enseignants et parents seront appelés au vote pour choisir le rythme scolaire de la rentrée 2018, mais tout le monde a compris que le scénario 1 était privilégié par la municipalité. D’ici là, les enfants continueront d’être fatigués, et fatigants : malgré les « seulement » 144 jours scolaires travaillés en France, alors que la moyenne des pays de l’OCDE est de… 187 jours. Mais moins chargés. Question de rythme, et sans doute aussi de choix politiques.

F.Sabourin.

Les résultats de l’enquête elle-même sont consultables sur www.blois.fr .

Commentaires

Toutes les réactions sous forme de commentaires sont soumises à validation de la rédaction de Magcentre avant leur publication sur le site. Conformément à l'article 10 du décret du 29 octobre 2009, les internautes peuvent signaler tout contenu illicite à l'adresse redaction@magcentre.fr qui s'engage à mettre en oeuvre les moyens nécessaires à la suppression des dits contenus.

  1. Les enfants sont trop fatigue mou ma fille va au lit à 19 h 30 et le temps pour mange est 11 h45 à 13 h 35

  2. Et bien… Tout cet article pour apprendre ? Que la décision n’est pas prise ! Beau travail bien inutile.

  3. Je ne comprends pas pourquoi la fin de la matinée est portée à 12h15 sur TOUS les scénarios proposés ! 11h45, c’était très bien. Pour les externes, ça veut dire, repas pas avant 12h30, ça fait tard ! Surtout que la classe de mon fils ne sort JAMAIS à l’heure, toujours 5 à 10 min de retard. Soit, il va falloir courir, soit il va falloir qu’il mange à la cantine, super ! Un coût financier à prévoir !!!

Comments are closed.






Recevez chaque jour les nouveaux articles par e-mail

Votre e-mail ne sera communiqué à aucun tiers et servira uniquement à vous envoyer les titres chaque jour par e-mail