Notre-Dame-des-Landes : le jour d’après

Il n’y aura pas d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes. Hier le gouvernement a pris sa décision. Malgré des arrêts de justice et une consultation locale (et non un referendum comme on l’entend trop souvent), favorables, après une dernière étude, il a décidé de trancher dans ce dossier  ouvert il y a plus de cinquante ans. Cofinancé par le groupe Vinci  à hauteur de 56,1%,  par l’Etat et six collectivités territoriales pour le reste, le coût de Notre-Dame-des-Landes avait été évalué en 2010 à 561 millions d’euros, pour accueillir environ cinq millions de passagers par an, avec  pour objectif  neuf millions en 2040.

Décision gouvernementale saluée par 76% de Français exaspérés par les tergiversations passées. Localement il y a eu des gagnants et des perdants  qui tous ont  se sont manifestés dans la soirée sur la  Zad, à Nantes, à Rennes, sur les media. Joie, désappointement, colère, inquiétude se sont exprimées. Réactions immédiates, spontanées. Le jour d’après inaugure le temps de la réflexion et celui de l’application de la décision. Cinq questions au moins se posent dont  le gouvernement sortira grandi ou affaibli suivant les réponsesdonnées et les résultats obtenus.

Départ des zadistes

©FB Non à l’aéroport à Notre Dame des Landes

Le gouvernement a dit l’exiger. Dans un premier temps, les routes d’accès à Notre-Dame-des Landes  doivent être libérées  « d’ici la fin de la semaine prochaine », a déclaré  le ministre de l’Intérieur sur CNews. Gérard Colomb souhaite que les opérations se déroulent « par la discussion et la négociation »  sans écarter  si nécessaire la force   en dernier recours. Des opposants ont promis de rouvrir  eux-mêmes les voies d’accès, dont la D281, la « route des chicanes » difficilement particable. Mais déjà ils demandent qu’elle soit une voie à 30km/heure et non 80 comme n’importe quelle départementale.

Ensuite, le gouvernement a donné deux mois, le temps de la trève hivernale, aux 200 à 400  zadistes pour quitter les lieux. « Nous positionnons un certain nombre de forces dans le temps, de manière à pouvoir contrôler ces lieux sur deux mois, trois mois, quatre mois, le temps qu’il faudra pour pouvoir arriver à le  pacifier », a prévenu Gérard Collomb.

Des voix s’élèvent demandant que les zadistes puissent continuer à vivre s sur ces terres agricoles, comme au Larzac. ,En effet, une grande partie d’entre eux ne comptent pas partir. Ils  disent qu’ils ont gagné contre les avions et qu’ils gagneront contre les expulsions. La Chambre régionale de l’Agriculture a fait savoir qu’elle souhaitait que ces terres soient traitées comme les autres.

Les agriculteurs expulsés

L’Etat ne veut pas garder les 1 650 hectares  qui constituent la zone. La déclaration d’utilité publique sera  abrogée  le 8 février  afin que la zone retrouve son usage agricole. Les cinq propriétaires présents sur le site pourront y rester, et, s’ils le désirent, les propriétaires expropriés pourront y revenir. « Après il faudra regarder comment nous pourront accueillir d’autres agriculteurs qui souhaitent porter un projet. Mais en aucun cas il ne peut y avoir d’occupation illégale du terrain. », a bien précisé le ministre de l’Agriculture., Stéphane Travert  qui plaide pour la  réservation d’une partie des terres à la production de produits bio  destinés à  la restauration collective régionale.

L’aéroport de Nantes

L’aérogare sera modernisé et les abords de piste seront aménagés pour permettre à l’aéroport de Nantes Atlantique d’accueillir davantage de passagers, a annoncé Edouard Philippe. Une procédure sera lancée pour allonger la piste, et tenter de réduire les nuisances sonores. Si  la modernisation de l’aérogare est possible  sans bouleversement majeur, l’allongement de la piste se heurte à l’opposition des riverains de Saint-Aignan-de-Grandlieu, qui seront directement touchés.  Son maire Jean-Claude Lemasson. va déposer un recours au Conseil d’Etat, afin de faire respecter le droit européen sur la protection des riverains dans les zones aéroportuaires.

Le Premier ministre a évoqué  « des délais rapides ». Mais le Syndicat mixte aéroportuaire regroupant les collectivités qui ont commencé à financer le transfert de l’aéroport, estime que la procédure repart à zéro pour dix ou quinze ans.. 

Indemnités versées à Vinci

Le groupe Vinci doit bénéficier d’une indemnisation pour les frais  déjà engagés sur le projet, en vertu de l’article 81 du contrat de concession, mais aussi pour le manque à gagner sur les bénéfices escomptés jusqu’en 2065. Le montant pourrait atteindre 350 millions d’euros, Mais la ministre des transports, Elisabeth Borne  devrait ouvrir des négociations  sans tarder afin que  l’indemnisation coûte le moins cher possible, l’Etat étant un des gros clients de Vinci, ce qui est un argument de poids.

Prévisions  financières

Le  ministre de l’Intérieur, estime que « sur l’ensemble du projet, c’est environ 400 millions d’euros en moins par rapport à ce qu’on aurait dû engager si on avait fait  Notre-Dame-des-Landes ».

Elisabeth Borne évalue le coût de l’aménagement de Nantes-Atlantique à 450 millions d’euros (avec l’amélioration des dessertes). Cette dépense incombera d’abord aux compagnies aériennes.Le Grand-Ouest aura “des dessertes aériennes avec l’ensemble de l’Europe dans les plateformes du Grand-Ouest” et une connexion avec les hubs parisiens pour les vols lointains, dit-elle.

F.C.

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