Orléans : George-V, un pont entre deux rives, un maire entre deux chaises

Un pont sur la Loire. Un tramway sur deux voies. Des voitures sur deux voies aussi. Des cyclistes en portion congrue en bordure de tout ça. Et des piétons serrés sur un petit trottoir. C’est l’équation en vogue à Orléans. Qui la résoudra ? Le maire métropolitain Olivier Carré étudie la possibilité de faire circuler le tramway sur une voie pour dégager de la place pour une grande voie cyclable, sans pour autant réduire celles des voitures. Mais d’autres alternatives sont peut-être possibles ?


« À Tours, depuis 2013, ils ont trouvé la solution sur le pont Wilson. Une voie pour le tramway, un sens unique pour les voitures. Le reste pour les piétons et les cyclistes ». Philippe Rabier, du collectif citoyen CiTLab (prononcez « cité-lab »), co-signe avec 32 personnes une tribune le 22 janvier, « Pour un vrai débat citoyen autour du Pont George-V ».

Une seule voie pour les voitures ? Pour le tramway ?

Lors du dernier festival de Loire : ça bouchonnait sur le Pont George-V !

Autour de lui se cristallisent des enjeux de circulation à Orléans. Rien que de très banal, on retrouve ces problématiques dès qu’il s’agit de franchir un fleuve dans les grandes agglomérations. La particularité de la Loire, c’est d’être difficilement franchissable, les bâtisseurs médiévaux et modernes s’en sont bien aperçus. À Orléans, quatre ponts l’enjambent : Joffre, Thinat, Europe et George-V donc. S’ajoute le pont de l’autoroute A10, un peu hors sujet. Mais celui qui concentre un flot non négligeable de circulation, c’est le vieux pont George-V. Dans l’axe de la rue Royale, il déverse quotidiennement tout ce qu’il est possible de concentrer comme moyens de déplacements contemporains : voitures, tramway, piétons et cyclistes. Ces deux dernières catégories sont le moins à l’aise : les piétons sont confinés sur un trottoir étroit en amont ; les cyclistes doivent la jouer très serré dans l’étroite bande cyclable qui leur est impartie. Aux heures de pointes, ça bouchonne à la sortie du pont, que ce soit rive droite (côté rue Royale) ou rive gauche (côté avenue Dauphine). Lors du dernier festival de Loire, en septembre dernier, il a fallu jouer des coudes pour s’extraire de l’endroit. Il n’en fallait pas moins pour que soit posé franchement la question à Olivier Carré maire d’Orléans-Métropole sur un aménagement de la circulation sur le pont. Tout piéton ? Sens unique de voitures ? Une seule voie de tramway pour gagner de la place ? C’est cette dernière solution qu’il aimerait bien expérimenter, ce qui n’est pas du goût de tout le monde à Orléans. « Notre première recommandation est de mettre ce choix du maire d’Orléans en cohérence avec la révision du plan de déplacement urbain (PDU). En effet, l’étape actuellement en cours est la phase de concertation avec les partenaires (associations, collectifs) et les habitants », estime Philippe Rabier et les signataires de la tribune de CiTLab. « Notre deuxième recommandation est de respecter les objectifs légaux des PDU. Ces derniers sont clairement définis : il s’agit d’améliorer la santé et la sécurité des habitants, de diminuer le trafic automobile et de développer les transports en commun, le vélo et la marche ». Enfin, la troisième recommandation concerne « la durée de l’expérimentation. C’est en fonction des conclusions de l’atelier public que les essais devraient être engagés. À l’issue des tests, nous appelons à des aménagements réversibles et à coûts réduits ».

L’important, selon ce collectif citoyen, est dans la « réversibilité » de l’opération. Une seule voie pour le tramway, c’est bien, mais qu’en serait-il dans quelques années en cas de montée en fréquences de ce transport en commun que beaucoup aimeraient voir mieux valorisé et emprunté.

Enlever une voie de tram : coûteux et irréversible

Olivier Carré est probablement assis entre deux chaises, celle qui favoriserait les modes de déplacements doux – vélos, marche à pied, tramway – et le tout voiture, poussé par une partie des commerçants – mais non pas tous ! – accrochés au sacro-saint « no parking, no business ». « Les gens qui viennent faire des courses en centre-ville plébiscitent le vélo, dans un style bo-bo urbains, c’est comme ça, c’est une demande forte », ajoute Philippe Rabier, assumant pour sa part en faire aussi partie. « Favorisons ce mode de déplacement. Pour cela, il faut une volonté politique forte ».

Parmi les autres solutions évoquées parfois : une coursive fixée le long du pont lui-même, où cohabiteraient vélos et piétons. On imagine déjà le temps nécessaire aux débats électriques et hystériques de part et d’autre, aux études de faisabilité, les allers-retours avec les services patrimoniaux, et… le coût ! Un autre collectif bien connu, Vélorution, appelle au sens unique sur le pont George-V, en sécurisant le plus possible les parcours piétons et vélos. Selon ce collectif de cyclistes, le coût financier du chantier de mise à une voie du tramway est « estimé à 1,5 M€ et une augmentation du coût d’exploitation de 230.000 € », avec une « augmentation des temps de parcours » et une mise en œuvre qui « impactera définitivement le fonctionnement du tram ; le retour en arrière est impossible ».

Gageons que de l’eau de Loire va encore passer sous les ponts, y compris le George-V, avant qu’une solution convenable soit trouvée, et mise en œuvre…

F.Sabourin.

 

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