Transports : à Orléans, « frauder n’est pas une option »

La Métropole d’Orléans et l’opérateur Keolis ont enregistré en 2017 un taux de fraude de 8,5 % sur l’ensemble du réseau bus et tram de l’agglomération, une baisse de près de cinq points en 5 ans. Le résultat d’une politique de lutte contre la fraude qui continuent de s’intensifier.

Crédit : Orléans Métropole

Les usagers de la TAO, le réseau de transport en commun de l’agglomération d’Orléans, l’ont sûrement déjà remarqué : les controles se font de plus en plus fréquents dans le bus ou le tram. Une politique qui s’avère efficace pour la métropole d’Orléans et l’opérateur Keolis : ces derniers observent une baisse significative du taux de fraudes sur leur réseau, passant de 13,1 % en 2013 à 8,5 % en 2017, soit un recul de près de cinq points, d’après une enquête réalisée en novembre dernier.

La fraude : dans le tram, en heure creuse, sur des trajets courts

L’enquête nous en apprend également davantage sur les habitudes de fraudes. Ainsi, ce sont les jeunes qui fraudent le plus, le taux de fraude chez les 15 – 25 ans s’élevant à 10 %. Les fraudes ont surtout lieu durant les heures creuses, en particulier le week-end, et principalement sur des trajets généralement inférieurs à trois arrêts. De plus, le tram reste le moyen de transport le plus concerné par la fraude, concentrant deux tiers des infractions enregistrées. Un rappel du « rôle dissuasif des conducteurs de bus » souligne Eric Heymes, chargé relation clientèle pour Keolis.

Bien que les fraudes soient en baisse, il s’agit pour David Thiberge, vice-président d’Orléans Métropole en charge des transports et des déplacements, « d’un nombre encore trop élevé ». Selon ce dernier, la fraude reste un geste « insupportable pour ceux qui proposent le service, pour les autres usagers qui payent, ainsi que pour des raisons économiques ». Le message de David Thiberge et de la métropole est clair : « frauder n’est pas une option ».

Des méthodes diverses contre la fraude

Crédit : Orléans Métropole

Alors comment Kéolis lutte contre la fraude ? « En modernisant toujours plus » les actions de lutte contre la fraude explique le directeur régional de Kéolis Fabrice Mayer. Depuis 2013, de nombreux modes opératoires sont venus s’ajouter aux controles classiques, comme le controle en civil, l’agglomération compte 19 « vérificateurs » habilités à controler en civil (sur un total de 32). Le controleur peut ainsi discrètement verbaliser l’usager en infraction, une méthode « très efficace et peu perturbante » selon l’opérateur. Autre mesure, la mise en place de controle renforcé, sur un site et à une heure stratégique, au cours duquel l’ensemble des passagers sont contrôlés.

Enfin, la création en 2015 d’une équipe véhiculée, capable de se déplacer rapidement entre les sites de controle. De plus, cette dernière est équipée depuis octobre d’une tablette recevant les signalements des conducteurs. Grâce à une application spécialement développée par une start-up locale, les conducteurs qui remarquent une fraude peuvent directement prévenir l’équipe véhiculée, qui peut alors intercepter le fraudeur en moins de 10 minutes. « Ce mois-ci, on était à 90 % de réussite » estime Bruno Feuillet, chef de groupe au service controle de Kériolis, « plus le temps passe, plus on sera performant ».

Eric Heymes insiste sur cette diversité d’action qui permet de toucher les différents types de fraudeurs, qu’ils soient occasionnels ou fréquents. L’objectif est de « gêner la personne en situation de fraude » afin que la prochaine fois elle achète un ticket.

La gratuité des transports : pas pour tout de suite

Face à cette intense politique de lutte contre les fraudes, la question de la gratuité des transports en commun, comme le fait depuis 2001 Châteauroux, se pose alors. Une gratuité ambiguë pour David Thiberge. Il déclare : « Il y a toujours quelqu’un qui paye, soit le contribuable, soit l’usager. Actuellement on est à 75 %-25 %. La question est de savoir si on veut que le contribuable paye pour l’ensemble du service ». Pour le moment, la réponse est non.

Crédit : Orléans Métropole

Le vice-président de la métropole justifie cette décision par le manque à gagner que représente la contribution des usagers (18 millions d’euros l’année passée), difficile à compenser quand une hausse des impôts n’est pas à l’ordre du jour. Il avance également une raison plus éthique : « C’est important que le coût des transports reste minime. Mais la réalité, c’est que si les services n’ont pas de coût, alors ils n’ont pas de valeur ». En attendant un changement de ce statu quo, les usagers devront continuer à payer, et les fraudeurs, d’ouvrir l’œil.

Nam Phan Van Song.

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