“Pentagon Papers”: alerte sur la presse

Le film commence par un mensonge d’état en direct: alors que Robert McNamara, secrétaire d’état américain à la défense, de retour d’inspection au Viet-Nam où il a constaté l’enlisement total des troupes américaines dans cette sale guerre, déclare tout de go devant les journalistes qui tendent leurs micros que tout va bien là-bas et que les GI’s qui ont alors déjà perdu plus de cinquante mille hommes, approchent de la victoire… Ecœuré par ce mensonge au plus haut niveau, un jeune et brillant conseiller militaire qui accompagne le secrétaire d’état, décide de communiquer à la presse les 7000 pages du rapport secret United States-Vietnam Relations, 1945-1967: A Study Prepared by the Department of Defense, les “Pentagon Papers” qui dévoileront à la nation américaine l’énormité des mensonges répétés qui ont servi à justifier l’intervention américaine au sud-est asiatique.

Tom Hanks (à gauche) Meryl Streep (au centre)

Le film de Stephen Spielberg ne revient que brièvement sur le contenu aujourd’hui irréfutable de ces documents, pour s’attacher à la description de l’incroyable courage qui a permis leur publication: Pentagon Papers est d’abord un film de défense de la liberté de la presse que Spielberg considère, dans une récente interview au Monde (20/01/18), comme “jamais aussi gravement menacée”. Et ce ne sont pas tant les rodomontades du président Trump qui menacent cette liberté essentielle à toute démocratie, mais bien ces pressions financières ou “amicales” qui tendent à réduire l’indépendance de la presse. 

Génie du cinéaste, il confie le rôle de cette patronne de presse, héritière inexpérimentée du Washington Post, à une Merryl Streep qui transcende le personnage dans une interprétation brillantissime. Bien sûr, elle a les banquiers et son conseil d’administration (que des hommes !) à ses basques qui voit tantôt la faillite de l’entreprise, mais aussi celui qui est devenu un ami de la famille avec l’habitude de fréquenter les couloirs du pouvoir, Robert McNamara, jusqu’à l’avocat qui prédit la prison à cette femme aux abois si elle ose défier l’injonction émanant du président Nixon… Mais rien n’y fait, dans un acte totalement réfléchi, cette femme décide de publier ces fameux documents dans son journal, après l’interdiction faite au puissant New-York Times, car elle ne peut imaginer le déshonneur de se plier  à cette dissimulation de l’engrenage mensonger qui couta la vie à des milliers de jeunes américains et à des millions de vietnamiens.

Kay Graham (Meryl Streep) et Robert McNamara (Bruce Greenwood)

Manifeste pour la presse et la démocratie, doublé d’un thriller époustouflant et d’une réflexion nécessaire sur la place des femmes dans la société, Spielberg signe avec ces Pentagon Papers une magnifique et argumentée défense et illustration du quatrième pouvoir par le cinéma qui vole ainsi au secours de cette liberté menacée, car si dans son rapport annuel 2017, Reporters sans Frontière épingle la concentration galopante des médias entre les mains de quelques oligarques, combien de média, quelque soit leur taille, font de la rentabilité publicitaire le critère du traitement de l’information, quand ce n’est pas la recherche servile de ces “amitiés” du pouvoir politique qui tient la plume des journalistes…

Le courage n’est malheureusement pas la chose du monde la mieux partagée !

GP

“Pentagone Papers”  un film de Steven Spielberg   (1 h 55 mn)

avec Meryl Streep, Tom Hanks, Sarah Paulson, Bob Odenkirk

 

 

 

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