Une journée à Acre

Sur la côté israélienne, Acre, construite sur une étroite avancée de terre sur la mer, est mondialement connue pour sa citadelle croisée, qui lui a valu un classement au patrimoine culturel de l‘UNESCO en 2001. Mais ce n’est pas, loin de là, le seul charme de cette cité, à 98 kilomètres de Tel Aviv, devenue rapidement, après sa conquête par les Croisés en 1104, une ville prospère et le port principal de Terre Sainte, où les pèlerins débarquaient en masse. 

Il ne reste pas grand-chose visible de cette époque, la ville croisée ayant été détruite par les assauts des Mamelouks en 1291, puis reconstruite 450 ans plus tard sur les ruines de la cité des Croisés par Ahmed Pacha, dit el-Jazzar (le boucher), un mercenaire albanais qui remit le port en activité.

C’est cette ville, aux solides maisons de pierre et aux nombreux minarets, longtemps symbole des échanges entre les cultures d’Orient et d’Occident, que l’on découvre en grimpant les escaliers -situés à côté du Burj al-Kommander- jusqu’à la promenade des remparts. De là, la vue sur la vieille cité, peuplée encore aujourd’hui à 95% par des arabes est superbe. Contrairement à la ville nouvelle qui s’est étendue au-delà des murailles, elle a peu changée depuis l’époque Ottomane, dont il reste d’imposants remparts, de profondes douves, une mosquée (El Jazzar), la plus grande du pays après Jérusalem, surmontée d’un vaste dôme vert et un hammam (1780). Il a été utilisé jusque dans les années 40 et été depuis transformé en musée. 

Souk ©BDV

Il fait bon également se promener dans les étroites ruelles et le souk qui relie le nord au sud de la vieille ville. Un havre très oriental, dont les vastes étals regorgent de fruits, légumes, poissons, herbes et épices. Au passage, on visite également -à côté de la marina-, le Khan al-Oumdan, l’un des 4 caravansérails de la ville, reconnaissable à sa grande tour d’horloge ottomane carrée et à sa cour entourée de réserves à colonnades surmontées de chambres, où s’abritaient hommes et dromadaires qui apportaient des produits de l’intérieur, avant de repartir chargés de produits locaux. On peut aussi pousser jusqu’au Salah ad-Din street dans le Khan a-Shawarda, un caravansérail restauré où se sont installés plusieurs restaurants. 

Tunnel des templiers

Ou se laisser tenter par un tour en bateau de 30 à 40 minutes d’où l’on voit bien la ville, avant de pénétrer dans l’impressionnant tunnel des Templiers, ordre de moines soldats, qui avaient pour mission de soigner les malades de Terre Sainte. Ce passage souterrain de 350 mètres reliait la forteresse des Templiers, aujourd’hui disparue et la marina actuelle. Il permettait d’amener les trésors arrivés du port en toute discrétion. C’est, un peu le clou du spectacle à Acre, avec la gigantesque citadelle des Hospitaliers, longtemps enfouie sous la ville historique actuelle. Au début des années 60, ce fut l’un des plus grands chantiers de fouilles d’Israël, qui a permis de mettre au jour un vrai dédale dans lequel il parait assez simple de se perdre.

Le jardin enchanté à Acre ©BDV

On traverse le « jardin enchanté » au pied de la citadelle actuelle construite par El-Jazzar, sur les vestiges de l’enceinte des Hospitaliers, avant d’emprunter les escaliers qui immédiatement nous propulsent quelques siècles en arrière, pour pénétrer dans l’enceinte des Hospitaliers. Tout n’a pas encore été fouillé, mais il subsiste tout le premier étage, une succession de larges et très hautes pièces voutées, construites autour d’une cour centrale de 1200 mètres carrés qui servait de lieu d’entraînement au combat, flanquée à l’est d’un escalier aux marches basses de 4,5 mètres de large emprunté par les chevaliers avec leurs montures.

Salle des colonnes

On peut aisément imaginer la scène surtout quand on est dans l’immense réfectoire ou salle des colonnes, de 5 mètres de long sur 30 mètres de large et 8 mètres de haut, soutenue par quinze énormes piliers. C’est la première pièce, mise au jour mais qui a dû être reconstruite à l’identique à l’aide des plans d’époque retrouvés dans les archives du Vatican, son plafond s’étant écroulé sous le poids des constructions supérieures. Au passage on nous fait admirer les fleurs de lys qui ornent deux chapiteaux, témoin du rôle que joua celle qui s’appelait alors St Jean d’Acre, capitale politique et administrative du Royaume Latin, pendant près de 100 ans.

Mais il est temps de repartir vers l’antique Césarée, l’un des grands ports antiques, construit par Hérode en 22 avant JC, capitale de la province romaine de Judée, qui a abrité jusqu’à 50 000 habitants. Le coin est devenu « le « Beverly Hills » d’Israël » nous explique le guide, alors que l’on s’approche du site antique et que l’on ne voit que les hautes cheminées d’une centrale électrique au charbon.

« Il y a ici, dit-il, les plus belles villas du pays et un golf, le seul et unique ». En y arrivant, on a du mal à s’en rendre compte tellement l’antique Cesarée, passé des mains des Arabes aux Croisés, qui y construisirent des fortifications visibles encore de nos jours, est peu mise en valeur par les barrières qui l’entourent, le centre des visiteurs, les boutiques et cafés construits à côté du port romain, d’où on aperçoit à 200 mètres environ du bord et si le temps le permet, les vestiges de l’énorme digue d’Hérode. Il reste cependant çà et là quelques traces du charme de l’endroit dont les vestiges de l’amphithéâtre d’Hérode, des thermes, un palais promontoire et un théâtre romain de 4000 places, sérieusement reconstruit et surmonté de barrières. Normal, car « C’est un peu devenu l’Olympia local, où se produisent les grandes stars locales ou internationales de la musique », nous explique le guide.

Un peu plus loin, au Kibboutz Nahsholim, une ancienne verrerie construite par le baron Edmond de Rotschild, transformée en musée (Mizgaga) nous sommes propulsé à un autre siècle, ce qui est décidément fréquent dans ce pays : celle qui retrace la saga de l’arrivée des premiers juifs en Israël, ainsi que, dans d’autres salles, des vestiges antiques trouvés dans les environs, par les kibboutzim.

On n’est pas loin de Ein Hod, une poignée de maisons nichées au flan du mont Carmel, à l’ombre d’une forêt ébouriffée. Le village s’est vidé de ses 700 habitants arabes en 1948, et une soixantaine d’artistes israéliens et leur famille à la suite du peintre dadaïste roumain Marcel Janco s’y sont installés. Juste à côté, la famille Abu al-Hija déchue de ses terres mais restée sur place a fondé dans les années 60 Ain Haoud, un village longtemps resté illégal. Deux villages côte à côte, qui nous racontent en filigrane, l’étrange destin de ce pays. Mais c’est une autre histoire.

Bénédicte de Valicourt.

Pratique

Dormir :
Efendi hôtel. Digne d’un  palais de pacha, l’hôtel aux immenses chambres a été aménagé dans deux demeures ottomanes avec bain turc et terrasse sur la mer. http://www.efendi-hotel.com

Manger :
Le Doniana: à l’extrémité Est du port pisan avec vu sur la mer, excellents mezzés et poissons. Port Pisan. Tél. : 04 991 0001

Commentaires

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  1. Hein Hod “s’est vidé de ses habitants” !
    Il s’est vidé de ses habitants ou on a viré ses habitants ?

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