Gérard Collomb dans le Loiret prône une “ubérisation” des forces de sécurité

Emmanuel Macron poursuit ses réformes à un train d’enfer. Ce mardi son Premier ministre Edouard Philippe détaille son ordonnance pour guérir notre système de santé. Pendant ce temps-là, frais comme un gardon, le doyen d’âge du gouvernement continue d’assurer le SAV (Service après vente) de sa PSQ (Police de Sécurité du Quotidien). Mardi, lors d’une opération de communication réglée comme du papier à musique, l’ancien maire de Lyon avait planté sa vitrine à Orléans, puis en zone rurale à Meung-sur-Loire. 

Le ministre au coeur de l’Argonne.

“Nous ne serons plus dans une politique du chiffre” , avait lancé Gérard Collomb dans une interview au Monde le 9 février. Allusion à peine voilée à l’ère Sarkozy: “je préfère les policiers qui prennent le temps d’enquêter pour arrêter les délinquants plutôt que de consacrer une grande partie de leur journée à faire remonter les chiffres”.  Petite entorse à la règle du “no-chiffre”, Gérard Collomb s’est quand même esbaudi mardi aux côté d’Olivier Carré le maire, des -76% d’Orléans sur la délinquance de proximité. D’ailleurs, il ne l’a pas dit comme ça, mais c’était l’idée, si Orléans ne fait pas partie des 30 quartiers choisis, c’est parce que, à l’exception notable du trafic de stupéfiant, l’insécurité y est de fait en chute libre., “c’est parce que vous avez beaucoup fait”, a t-il dit en se tournant vers le maire qui le tutoie en retour ostensiblement. 

“La PSQ ce ne sont pas seulement les quartiers de reconquête républicaine mais c’est un changement de doctrine”. Smartphone, tablettes, caméras piéton, “c’est aussi une police qui passe du 19 ème au 21 ème siècle“, a encore expliqué Gérard Collomb. Et puis une police “en partenariat”, qui travaille avec les maires, “partout sur le territoire”, et avec tout le tissu social. La sécurité selon Gérard Collomb c’est certes la police, nationale et municipale, la gendarmerie, les forces de sécurité privé, mais c’est aussi, “agir sur l’éducation, agir sur la                                                                                           culture, sur le sport”. 

Un commissariat dans une salle de sport

Réunion sur le thème de la sécurité à l’Argonne.

Illustration à Orléans avec ce poste de police nationale décentralisé de l’Argonne, niché dans la belle salle de sport et de culture de l’Argonaute, dont le ministre de l’Intérieur a coupé symboliquement le ruban mardi matin par un froid glacial. Rien  à voir avec l’ancien commissariat, protégé par des barreaux dans ce quartier de 19 000 habitants réputé “sensible” dont le coeur, place Mozart n’a plus grand chose à voir avec l’Argonne d’il y a quinze ans. Ensuite, le ministre a animé au sein du commissariat, une réunion avec les acteurs de la police, nationale et municipale, du procureur de la République fraîchement arrivé de Corse, Nicolas Bessone, des intervenants de quartiers socio-culturels, autour du maire et en présence des parlementaires, Caroline Janvier, Richard Ramos et Hugues Saury. 

Avec Olivier Carré, Anne Leclercq, et Hugues Saury.

Pour les syndicats, une meilleure police au contact de la population, passe aussi par un transfert des taches administratives chronophages. Et par une augmentation des effectifs qui avaient baissé. Gérard Collomb l’a souligné, 29 policiers sortis de l’école ont été affectés à Orléans en 2017, l’effectif total revenant au chiffre de 2012, ils étaient 509, alors qu’en 2016 le chiffre était tombé à 478, ils sont aujourd’hui 505. 

 

Une police citoyenne

Que ce soit les bénévoles des associations sportives, les éducateurs de l’Aselqo (animation, Maison de quartier), les volontaires de la réserve citoyenne, un ancien commissaire à la retraite, les parents qui ont bénéficié des dispositifs mis en place par la mairie, les enseignants, le monde économique, les acteurs de la prévention, c’est toute une communauté de quartier qui concourt à la sécurité. C’est cette police “citoyenne” que Gérard Collomb a voulu mettre en exergue mardi.

Reste le gros point noir de la drogue. Tout le monde en convient, Orléans est une plaque tournante dans la consommation intérieure à la Métropole. Mais aussi dans l’approvisionnement de l’île-de-France. Carrefour logistique dans le domaine économique, Orléans l’est aussi en économie souterraine. De récentes saisis de cannabis et d’héroïne l’ont encore montré. A La Source, où le taux de délinquance est par ailleurs le plus faible  de toute la ville, le trafic se fait au grand jour avec occupation de l’espace public, place Renan, comme l’a encore souligné le conseiller municipal Michel Ricoud (PC) lundi. Mais qui réaliste a estimé aussi que les acheteurs de cannabis -car pour qu’il y ait trafic il faut des clients- “se plaignent des dealers mais sont les premiers à savoir s’approvisionner a bon endroit”.

Le Procureur en pointe sur la drogue

Le ministre de l’Intérieur avec les jeunes de l’Argonne.

C’est pourquoi le nouveau procureur plutôt que de cibler un quartier vient d’installer un GLTD, un Groupe Local de Traitement de la Délinquance, consacré aux trafics de stupéfiants sur la Métropole. Animé par le procureur de la République, un GLTD est composé de représentants de plusieurs administrations : police, justice, éducation nationale, fisc, bailleurs sociaux. “La première réunion aura lieu courant mars” ,a t-il indiqué mardi. Premier objectif, établir un diagnostic sans concession. 

Après cette réunion de travail et malgré la température, Gérard Collomb s’est ensuite livré au classique show médiatico-popuplaire à l’heure du selfie, en visitant derechef quelques commerces, après un bref passage sur les marches de la MST (Maison de Santé pluridisciplinaire). Boulangerie, pâtisserie, tabac, pharmacie, l’élu local qu’il est resté est comme un poisson dans l’eau dans l’exercice, mais il a soigneusement “oublié” de faire un saut à la poste pourtant le seul service public en dehors de la mairie de quartier et du commissariat.

Les gendarmes en train de gagner la bataille du scepticisme

Avec la gendarmerie et Mme la maire de Meung-sur-Loire.

“Il faut apporter des réponses adaptées aux territoires”, sitôt dit, sitôt fait, le Ministre de l’Intérieur en début d’après-midi a fait une visite aux gendarmes du Loiret à Meung-sur-Loire. Pascal Segura, le général qui commande la région Centre avait déployé pour la réunion ministérielle un dispositif représentant les forces de sécurité -y compris un représentant de la Réserve citoyenne- qui agissent en zone rurale. “Nous sommes en train de gagner la bataille du scepticisme“, a t-il estimé “et d’abord en interne“. Autrement dit, les gendarmes retrouvent le rôle qu’ils n’auraient jamais du quitter, au coeur de la

Un petit tour chez les commerçants de Meung-sur-Loire.

population.

“Les gens apprécient un retour aux sources de la gendarmerie” a encore constaté un  intervenant. Des sources qui vont du boulanger au bureau de poste en passant par le collège, mais surtout qui passe par une entente indispensable avec le élus et en particulier avec le maire. Pauline Martin, chargé de ce volet sécurité avec François Rebsamen au sein de l’AMF (Association des maires de France), parle d’un premier magistrat  avec ses “mains dans le cambouis”, à l’écoute des palpitations de sa cité, qui est l’indissociable partenaire des forces de sécurité sur un territoire. “Cela passe aussi par de bons rapports humains”, précise encore Pauline Martin.

La sécurité affaire de tous? Gérard Collomb n’a pas hésité à faire la comparaison: “nous avons une ubérisation de la délinquance, il faut répondre par une ubérisation de nos forces”.

Ch.B

 

 

 

Commentaires

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    • Là est la question en effet. En voyant le titre, je pensais découvrir la création de forces de sécurité faites d’auto-entrepreneurs. Le ministre a mal utilisé ce mot. Un petit ajout à l’article pour le dire peut-être ?

  1. Donc c’est le trafic de stups qui fait baisser la délinquance et oeuvre pour la sureté de nos quartiers ! … Une petite descente du fisc ferait du bien pour que certains puissent justifier leur train de vie !
    Capone est “tombé” sur contrôle fiscal!
    Mais c’est une économie disons …très libérale , et il ne faut pas contrarier l’esprit entrepreunarial !

  2. Bonsoir, Oui le fisc, “la gendarmerie de la finance” c’est en frappant aux portefeuille d’argent sale que l’on fera le plus de mal aux trafiquants.

  3. GLTD, ça rappelle les GIR, créés par Sarko, un ensemble de services qui ne s’articulaient pas entre eux et qui sont restés impuissants, en fait de karcheriser ” la racaille ” la racaille est restée et à multipliée.

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