Pierre Lemaitre revient avec Couleurs de l’incendie

Ecrire un autre grand livre après le sacre du Goncourt l’écrire en grand écrivain, quel challenge ! Nombreux s’y sont cassés les dents. Pas Pierre Lemaitre qui nous revient en ce début 2018 avec un superbe roman, deuxième volet d’une saga qui en comprendra trois. « Couleur de l’incendie » se dévore,  devant un bon feu lové dans un confortable canapé. Avec une musique douce, du Chopin qui séjourna longuement à Nohant par exemple.

Pierre Lemaitre

Le décor est campé comme sait si bien le  dresser Pierre Lemaitre. Si le nôtre est banal, le sien est singulier, protocolaire à souhait, rempli de chausse-trappes, de revirements inattendus, de surprises à venir, spectaculaire exactement comme celui du premier tome.  A ce panorama  l’auteur consacre un chapitre entier. Le récit s’ouvre sur les obsèques grandioses du banquier Péricourt en présence du président de la République, tout ce qu’il y a de plus protocolaire et solennel. Pourtant la première phrase résonne comme une mise en garde : « Si les obsèques de Marcel Péricourt furent perturbées et s’achevèrent de façon franchement chaotique, du moins commencèrent-elles à l’heure. » Le ton est donné. L’auteur manie l’ironie avec légèreté et précision. C’est une des facettes de son immense talent nourri   à la fréquentation des romans policiers, et d’Alexandre Dumas dont il adore la littérature.

Lire un extrait 

Nous voilà transportés dans la France qui s’achemine vers la crise de 29 avec ses difficultés, ses envies, ses pensées et ses arrières-pensées. Le frère du défunt, politicien véreux, pense se refaire avec sa part d’héritage, le banquier manipulateur, tel est pris qui croyait prendre, un mode interlope qui grenouille comme il peut, un enfant estropié qui fraye son chemin entre une mère excessive une castafiore surprenante et une garde malade polonaise. Les journalistes ne sont pas épargnés avec leur ambition et leur opportunisme. Les personnages sont présentés de façon habile comme surgis d’un ruban déroulé et se faisant l’auteur montre de quel côté penche sa philosophie de la vie et sa vision du monde qu’il aimerait meilleur et plus propre.

Ni trop ni pas assez, pas de temps morts. Le récit court au rythme qui lui convient. Parce que l’auteur a pris du plaisir à écrire son roman, le lecteur en prend aussi à le lire. « La couleur de l’incendie est une réussite ».

Françoise Cariès.

 « Couleurs de l’incendie », Pierre Lemaitre, Albin Michel 530 pages 22,90 €

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