Blois conseil municipal : le doute m’habite

Fébrilité du maire de Blois lors du conseil municipal du 19 février au sujet de la décision n°158 concernant la demande de subvention et l’appel au mécénat pour la fameuse Fondation du doute. Suite à un article un peu à charge de nos confrères de la NR (La Fondation du doute s’essoufle-t-elle ?, 17 février dernier), Marc Gricourt a contre-attaqué et ne s’interdit pas une « intervention » dans le dit journal face à « des informations erronées ». En jeu : la fréquentation du lieu, et ses faibles recettes, après cinq ans d’exercice.

Œuvre de Wolf Vostelle.

Pierre Desproges avait raison quand il disait : « la seule certitude que j’ai, c’est d’être dans le doute ». Quand, en avril 2013, est inaugurée la Fondation du doute en lieu et place du musée de l’objet, dans l’enceinte du conservatoire de musique de la rue Franciade, certains crièrent à l’imposture et l’escroquerie intellectuelle, aussi forts que ceux qui se pâmèrent d’admiration avant de se ruer sur le buffet des vanités. 600.000 € ont été nécessaires, à l’époque, pour rénover les bâtiments et abriter les œuvres et collections de ce lieu majeur d’art contemporain, dont une majorité de Ben Vautier, grand ami de Jack Lang (entre autres) et déjà auteur du « mur des mots » sur la façade du conservatoire. La Ville de Blois en a pris un peu plus de 100.000 € à sa charge, l’agglomération 500.000 €. Et puis… la Fondation du doute a pris la mer. Le moins qu’on puisse dire, au regard des chiffres de fréquentation fournis par la mairie, c’est que c’est plutôt calme. Un pot au noir maritime, en quelque sorte. En dehors du « pic » de fréquentation de 2016 (21.788 visiteurs officiels), le nombre d’amateurs d’art contemporain et aficionados du mouvement « Fluxus » ont plutôt tourné autour des 19.469 (année d’ouverture) à 20.852 (en 2017). Les recettes d’entrées, en 2017, s’élevaient à 39.800 €. La vente des produits dérivés « plafonne » à 10.500 €. Le café / restauration rapporte 30.000 €. La part versée par la Ville de Blois est de 259.610 €, à 10.000 € près ce que coûtent les dépenses en personnels (269.810 €). Est comprise dans cette perspective de dépense les résidences d’artistes, dont celle de Ben Vautier en personne, en juin prochain ; c’est en tout cas ce que certifie en conseil municipal lundi 19 février dernier le directeur général adjoint de la culture et du tourisme Frédéric Durin.

“C’est une bonne année pour la Fondation du doute”

Marc Gricourt, sans aucun doute.

Attaquer la Fondation du doute – discutée sans discussion puisque le choix fut fait d’être une décision du maire et non une délibération sujette à débat lors du dernier conseil municipal le 19 février – c’est comme attaquer la danseuse de la majorité municipale. Pas de doutes sur le doute, pourrait-on dire. Et tant pis si, dans les chiffres de fréquentation, le tourniquet d’entrée tourne souvent grâce aux enfants des écoles maternelles et élémentaires du Blaisois, enfants très sensibles au mouvement Fluxus comme chacun sait mais qu’à cela ne tienne car l’essentiel est de faire des entrées tout en éduquant les marmots.

Michel Chassier et Hubert de Pirey (FN).

Le Front national, par la bouche d’Hubert de Pirey, s’est interrogé sur ce budget, où « les frais de communication (43.000 €) dépassent ceux des recettes d’entrées (39.800 €) ». Suggérant d’y organiser plus d’expositions temporaires, plus à même selon lui à faire venir et revenir un nouveau public, il a sans surprise été remis à sa place par Marc Gricourt qui estime quant à lui que « oui, la culture a un coût. On peut s’enorgueillir d’un lieu unique en France, à vocation pédagogique, dont collectivement nous devrions plutôt être fiers. La Ville de Blois a une vocation touristique forte, mais il n’a jamais été question d’avoir une ambition aussi forte pour la Fondation du Doute que pour la Maison de la Magie ». Et le maire de Blois, également premier vice-président du Conseil régional, de comparer les chiffres de fréquentation de la Fondation de Ben avec le FRAC d’Orléans, autre succès régional. 30.000 visiteurs en 2016 pour plus de 10 M€ de dépenses, dont celles nécessaires aux… 10 emplois équivalent temps pleins. « Les recettes sont en hausse de 2 % en 2017. Baisse de fréquentation, hausse des recettes : on peut dire que c’est une bonne année pour la Fondation du Doute », s’auto-félicite l’édile blésois. Mais l’estocade contre la presse locale a tout de même été portée dans l’arène de l’ancien évêché de l’Abbé Grégoire : « article regrettable ; source de nombreux messages de soutien reçus par des artistes, des élus… » ; ne s’interdisant pas – après un sms envoyé au directeur départemental du journal local pour manifester son étonnement à la lecture de cet article de nos confrères – « une intervention contre ce que je considère comme des informations erronées et une analyse assez curieuse des chiffres ». À Blois, c’est désormais une certitude : on ne met pas en doute impunément l’utilité de la Fondation du doute. Jusqu’à preuve du contraire.

F.Sabourin.

21.000 visiteurs, autant que pour les Playmobil…

En 2017 la Fondation du doute a reçu très exactement 20.852 visiteurs (21.788 en 2016). C’est peu, mais apparemment suffisant pour Marc Gricourt qui s’enorgueillit d’un tel équipement culturel dans le Blaisois, allant jusqu’à parler de « stabilité dans la durée ». À titre de comparaison – et sans paraître désobligeant – l’exposition Playmobil au château royal de Blois a accueilli en 15 jours (16 décembre 2017 – 7 janvier 2018) 21.000 visiteurs. Les célèbres figurines à l’indémodable coupe au bol face au Fluxus de Ben à la Fondation du doute ? Les Blésois et visiteurs extérieurs n’ont visiblement pas eu l’ombre d’un doute.

Commentaires

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  1. Bon article, qui résume bien les problématiques et la position des élus municipaux (comme d’habitude, je devrais dire !), qu’on aime ou pas ce lieu. On voit à quel point ils ne tolèrent aucune critique !

    Le téléphone risque de sonner, aujourd’hui, Fredéric Sabourin !

    Je regrette qu’on ne puisse plus toucher les oeuvres, comme c’était le cas au début. C’est ce que Ben souhaitait. Il ne fallait pas que ce soit un musée.
    Après on peut dire que ce n’est pas de l’art, que ce lieu est une farce. Il ne faut pas que élus s’insurgent. C’est ce que Ben voulait, et c’est l’essence même du mouvement fluxus (interroger, être dans la provocation,..), mais cela montre encore une fois qu’ils n’ont rien compris…. Dommage…

    Vous auriez pu commencer cet article par une célèbre citation de Michel Audiard. Je vous laisse deviner laquelle…!

  2. Très Bon article qui illustre l’absence de discussion autour de certaines certitudes du maire. Circulez, on ne s’interroge pas, on ne discute pas …

  3. C’est partout pareil, dieu et maître dans sa ville et tous ceux de sa majorité sont priés de filer droit sinon gare au coup de règle sur les doigts et la presse également apparemment, mais pour la presse , cela ne marche pas forcément…

  4. Arrêtons de dilapider l’argent des contribuables. Revenons à une gestion rigoureuse des dépenses publiques

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