La grogne aux portes du salon de l’Agriculture

Chaque année le Salon de l’Agriculture est une fête, un rendez-vous national. En 2018, comme à son habitude, la plus grande ferme de France va prendre ses quartiers promotionnels au Parc des Expositions de la Porte de Versailles pour neuf jours.  Du  24 février au  4 mars, les territoires dont la région Centre-Val de Loire vont présenter le meilleur de leurs productions, leur diversité, leur richesse environnementale et paysagère, tout ce qui nous vient du sol, fait notre richesse ancestrale et une bonne part de notre renommée mondiale. 

Cette édition placée sous le signe de l’agro écologie et de la high-tech s’ouvre dans un  contexte de forte inquiétude. Répondant aux questions d’actualité devant le Parlement la ministre du travail, Muriel Pénicaud a reconnu qu’il avait eu en 2017, 1281 disparitions  d’agriculteurs actifs soit 6,7% de plus qu’en 2016.

Ce n’est pas la première fois que les agriculteurs crient leur malaise, mais en cet hiver de pluie et de froidure la grogne du monde agricole risque d’envahir les halls d’exposition et frappe déjà aux portes de l’événement. Entre autres sujets de contestation la réduction des zones agricoles défavorisées et les négociations en cours entre l’Union européenne et les quatre pays du Mercosur (Argentine, Brésil, Paraguay, Uruguay) qui pourraient amener une augmentation  du contingent  de viande bovine en provenance de ces pays.

Tous les départements sont touchés par les changements de critères imposés par Bruxelles. Ils bouleversent le classement des villages en zone défavorisée simple. « Un jeune qui vient de s’installer m’a dit en pleurant qu’il n’y arriverait pas  avec ce nouveau manque à gagner. Partout c’est l’élevage qui est touché et les gens sont très dignes dans cette situation »,  nous a déclaré  François Pillet, sénateur LR du Cher.

Se rassurer sur son avenir

Ce mercredi, à l’appel de la FNSEA, leur principal syndicat, les agriculteurs et les jeunes agriculteurs vont manifester partout en France pour faire entendre  leurs préoccupations au gouvernement et  surtout  au président de la République. « Nous allons leur dire sur le Mercosur, que se passe-t-il si vous ouvrez les frontières à l’infini, si sur les zones défavorisées vous virez les agriculteurs qui n’auront plus d’aides, que se passe-t-il ? », interroge Christiane Lambert, présidente de la FNSEA avant d’ajouter, «  Il y a quelques incohérences que nous allons pointer ».

Le gouvernement s’emploie certes à désamorcer cette colère aux racines multiples. Jeudi Emmanuel Macron recevra à l’Elysée lors d’une « réception de la nouvelle génération agricole » un millier d’agriculteurs de tous les départements, de moins de 35 ans et installés depuis un an.  Christiane Lambert  salue l’invitation  avec quelques réserves « Je pense qu’il va leur dire qu’il les aime puisqu’il aime bien dire aux gens qu’il les aime. Ils attendent un peu autre chose quand même ! ».

A la croisée des chemins

C’est peu dire « que ça ne va pas bien ».  Une des grandes questions est celle de la  pertinence du modèle agricole français toujours largement fondé sur des exploitations familiales de dimension modeste. Bien que la France soit parvenue à rester parmi les meilleurs dans ce secteur en Europe tout en préservant sa diversité, les production de ses terroirs, ses appellations d’origine, la qualité de ses vins, de ses fromages  et de ses spécialités, les échéances européennes sont en train de pousser les producteurs à changer de braquet, à aller de l’avant, à augmenter leur surface de production, à mutualiser le matériel  de plus en plus performant. C’est en cour mais cela doit s’intensifier, s’accélérer. C’est ce message que  le président de la République devra faire passer jeudi auprès des jeunes agriculteurs après avoir apaisé leurs inquiétudes.

De grands espoirs sont nés chez les paysans de  la tenue des Etats généraux de l’alimentation au second semestre 2017.  La première conséquence  issue de ces discussions  est un projet de loi qui doit permettre aux agriculteurs d’être rémunérés sur la base de leurs coûts de production et impose à la grande distribution un encadrement des promotions et des ventes à perte. En attendant qu’il soit effectif et si la rencontre de  jeudi à l’Elysée n’est pas parvenue, ce qui est probable, à apaiser  les inquiétudes, lors de l’inauguration du Salon, samedi,  Emmanuel Macron qui compte «y battre le record de présence » des présidents de la République, sera contraint, stand  après stand, d’aborder tous les sujets qui fâchent  et de les entendre.

Françoise Cariès

  

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  1. C EST LE COMBLE .C EST LA FNSEA LE 1 ER RESPONSABLE DU MAL ETRE DES AGRICULTEURS ET ELEVEURS EN POUSSANT SANS CESSE AU PRODUCTIVISME FORCENE QUI MENE A LA DESTRUCTION DE LA BIODIVERSITE ET A LA MALTRAITANCE ANIMALE DANS LES ELEVAGES INTENSIFS.on continue a ouvrir des elevages de poules en cage alors que cette filiere est condamnee et heureusement;

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