Vente directe de blé à un éleveur, un interdit vachement bravé par un céréalier du Loiret

À Quiers-sur-Bézonde (Loiret), mercredi 21 février, un céréalier a commis un « acte de désobéissance civile » comme l’indique le syndicat agricole la Coordination rurale. Il a livré directement chez un éleveur de vaches des céréales. Or, c’est interdit. Explications.

Marc Hautefeuille (à d.), avec N. Jaquet (au centre) et L. Lheure. Pour une poignée de blé…

Vendre en direct du fromage de chèvre au marché d’à côté, ou du vin directement depuis la propriété, c’est possible. Mais pour un céréalier du blé à un éleveur à côté de chez lui, non. C’est pourtant ce que vient de faire Marc Hautefeuille, céréalier de La Neuville-sur-Essonne, chez François Potteau, éleveur de vaches-mères à Quiers-sur-Bézonde, à 30 kilomètre de distance, dans le Loiret. « Nous devons d’abord vendre à des organismes stockeurs, des coopératives qui prennent des marges : 20 à 25 € la tonne. C’est ce qu’on appelle la CVO, Contribution volontaire obligatoire », explique Laurent Lheure, secrétaire général de la Coordination rurale du Loiret. « Le coût de production d’une tonne de blé c’est actuellement 200 €. Le prix à la vente, c’est 130 €. Cherchez l’erreur… » ajoute-t-il, dans le froid glacial qui s’est abattu sur l’exploitation de François Potteau, mercredi 21 février au matin.

Dénoncer tout cela

Une remorque attelée à un tracteur entre dans la cour de la ferme. Deux bottes sautent de la cabine dans la boue sans hésiter. Marc Hautefeuille, exploitant de 137 hectares à La Neuville-sur-Essonne apporte 5,9 tonnes de grains de blé pour la cinquantaine de vaches-mères de François Potteau. Il y a là également Catherine Laillé, éleveuse de truies en Loire-Atlantique, membre de la Coordination rurale, et Nicolas Jaquet président de l’OPG (Organisation des producteurs de grains). Tout le monde prend la pose pour les photos et les films. La remorque s’ouvre, le grain tombe, sous l’œil gourmand des vaches-mères. « Les règlements ont plus de 80 ans, ils ont été dictés dans les années 30, à une époque de crise où pourtant la production augmentait, en baissant le prix du blé par deux. En 1936 était crée l’Office national du blé, le prix du blé a alors doublé ». Nicolas Jaquet fait l’historique d’un siècle de tentative de régulation des cours du précieux grain. « On est dans une période descendante des prix. Aujourd’hui, la crise est en proportion plus importante que dans les années 30. Éleveurs et céréaliers sont en train de crever. Nos productions sont payées à un prix inférieur au cours mondial », poursuit-il. « Notre action aujourd’hui c’est pour dénoncer tout cela » renchérit Laurent Lheure.

Jusqu’à 15.000 € par an

Il est pourtant possible pour un producteur de vendre librement son blé, mais à condition que cela ne dépasse pas 500 kg par an. « Insuffisant naturellement », raillent éleveurs et céréaliers. « Sauf pour un particulier qui aurait besoin pour trois-quatre poules… ». Sarrazin, quinoa, fourrage : c’est possible aussi. Le mélange blé plus pois protéiformes aussi, considéré comme un produit alimentaire transformé. Mais le blé seul, non. Derrière tout cela, des histoires de gros sous, on s’en doute. « On nous dit : c’est pour pas payer les taxes. Elles sont au nombre de trois : la taxe fiscale affectée (TFA), et deux CVO. Aujourd’hui, pour un peu moins de six tonnes, ça représente un peu moins de dix euros. Pour des centaines de tonnes, annuellement, pour un éleveur ça peut représenter 15.000 € par an. Quand on voit les faibles revenus des éleveurs actuellement, c’est un sacré manque à gagner ! », soupire Nicolas Jaquet. Symboliquement, ils ont confectionné des chèques pour bien illustrer l’exemple. Et pour la photo, aussi.

F.Sabourin.

La Coordination rurale pas très chaude pour nommer « Xavier-Beulin » la Cité de l’agriculture à Orléans…

La Cité de l’agriculture du Loiret devrait prochainement changer de nom. C’est en tout cas ce qu’a annoncé Michel Masson, président de la Chambre d’agriculture le 19 février dernier. Elle pourrait s’appeler « Cité Xavier-Beulin », nom de l’ancien président de la FNSEA qui a présidé la Chambre d’agriculture du Loiret pendant 18 ans et décédé il y a un an d’une brutale crise cardiaque. Un choix que ne goûte guère la Coordination rurale du Loiret :

« La Coordination Rurale du Loiret admet que le désir de lui rendre hommage soit une préoccupation importante de la part de la FDSEA du Loiret. Elle respecte par ailleurs tout à fait l’homme et sa mémoire. Elle trouve simplement déplacé et provocateur de baptiser de son nom un bâtiment dédié à l’agriculture et aux agriculteurs. Comment considérer celui qui prônait sans vergogne le « Produire toujours plus et à moins cher » comme un défenseur de la cause agricole ?
Lui qui a affirmé « Un produit brut agricole, c’est quoi sa valeur sur le marché ? Ça n’a plus de valeur. Ça n’a de la valeur qu’à partir du moment où nous lui apportons de la transformation » peut-il encore être considéré comme un défenseur des agriculteurs ? La Coordination Rurale du Loiret estime très malvenu de la part de la FDSEA du département de proposer que son nom devienne un symbole du soutien aux agriculteurs, lui qui a fait bien plus pour l’agro-industrie que pour les agriculteurs.
Cette proposition est pour le moins maladroite, sauf à considérer que la voie prônée par Xavier Beulin de produire toujours davantage, pour gagner toujours moins soit celle que la FDSEA du Loiret ait décidé de promouvoir pour les agriculteurs ».

 

 

 

Commentaires

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  1. Qui peut donner tort à cet agriculteur de vendre directement le fruit de son travail ? Je souhaite que cette règle soit bientôt abolie. Elle ouvre les yeux sur la collusion des syndicats agricoles d’avec le monde des finances : ne rêvons pas la généralisation des circuits courts n’est pas pour demain…

  2. Cette règle devrait être abolie depuis longtemps , on est au 21° siècle , on nous la liberté commerciale et on reste en céréales sur une certaine forme de cuissage ( balance ta coop ) !

  3. QUAND VA T ON FAIRE TOMBER TOUTES CES REGLEMENTATIONS ABSURDES ET RETROUVER NOTRE LIBERTE.LES SYNDICATS AGRICOLES CLASSIQUES SONT LES COMPLICES DE TOUT CELA .PLUS D HOMMAGE A MR BEULIN SVP
    PAYSANS REVOLUTION!!!!!!!!!!!!!!!!!

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